‹ Les pilules du diable, féerie, en trois actes et vingt tableauxChapitre 68 sur 94 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ALBERT, puis LA FOLIE.

ALBERT

C'est bien ici que la Folie m'a donné rendez-

vous, mais je ne la vois pas... Comment saurai-je si elle est venue déjà?... qui demanderai-je?... sais-je seulement quelle nouvelle forme il aura pris fantaisie à ma protectrice d'adopter?... [Al' tant s'asseoir. ) Ah ! je commence à douter de l'infaillibilité de sa puissance.

UN GARÇON, sortant de l'auberge.

Que demande monsieur ?

ALBERT, brusquement.

Rien!

LE GARÇON

Mais...

ALBERT, se fâchant.

Mais. ..

LA FOLIE, en costume d'étudiant, venant s* asseoir à la table en face d' Albert.

Mais ce garçon a raison ; apporte-nous des cigarrettes et du feu. [A Albert. )lo\xi en fumant, camarade, nous causerons.

ALBERT

D'abord, je ne suis pas votre camarade, et je ne veux pas causer.

Il lui tourne le dos.

LE GARÇON

Voilà ce que monsieur a demandé.

1\ dépose une lumière et des cigarrettes sur la table, et s'en va.

LA FOLIE, tendant une cigarrette à Albert. Vous fumerez toujours, et moi, je causerai pour deux:. Je vous dirai, mon cher, que je suis sorti de chez moi pour le service d'un mien ami, auquel, par la plus inconcevable imprudence, j'ai laissé souffler sa maîtresse.

ALBERT, se retournant.

Qii'entcnds-jc?

LA FOLIE

Furieux d'avoir été pris pour dupe, j'ai juré de me venger... n'ai-je pas raison? qu'en pensezvous?

ALBERT

Je ne me trompe pas, c'est... c'est vous.

LA FOLIE

Allons donc! tu me reconnais enfin, pauvre amoureu.v! et maintenant, tu veux bien être mon camarade, tu veux bien causer avec moi, n'est-ce pas?

Oui, car vous allez me parler d'Isabelle.

LA FOLIE

Comme si l'on pouvait te parler d'autre chose I Aussitôt que Sara, profitant d'un manque de précaution de ma part, nous eut enlevé ton Isabelle, je te quittai pour courir consulter le grand livre du destin; j'appris que Sara avait conduit Isabelle dans un magnifique château qu'elle a fait construire à Santa-Cruz, tout exprès pour la célébration de son mariage, car c'est aujourd'hui même que Sara épouse Sottinez; tu we dois donc rien craindre de ce dernier, car la vieille jalouse veille à présent sur ta maîtresse, aussi bien et mieux que toi-même.

ALBERT

Pourquoi cet enlèvement, alors?

LA FOLIE

Sara l'avait promis à Sottinez, et celui-ci ne se marie qu'à la condition qu'Isabelle, qui ne peut plus être à lui, ne sera du moins à personne.

ALBERT

Que comptes-tu faire ?

LA FOLIE

Ce costume t'annonce assez que j'ai conçu un nouveau projet ; j'ai trouvé le moyen infaillible

de faire perdre à Sara ce pouvoir maudit qu'elle n'emploie plus qu'à te persécuter; mais je ne puis agir que lorsque Sara sera la femme de Sottinez; alors il lui sera impossible de ne pas tomber dans le piège que je lui tendrai. Jusque là, je ne puis que la lutiner, la ridiculiser, et je n'y manquerai pas... je veux qu'on se souvienne longtemps des noces de dame Sotlincz. C'est à Santa- Cruz que doit avoir lieu la cérémonie , c'est à Santa-Cruz que nous allons nous rendre; mais j'y veux aller en nombreuse et bruvante compagnie. {Â ce moinent on voit entrer en courant et en dés^ ordre une troupe de jeunes écoliers. ) Justement, voilà des auxiliaires qui m'arrivenl.

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