Le Jeune, Relation, 1836. Cramoisv
t un vaisseau de gagner le harles Huault ivi d'un cor-
lorsque Montns le senticr, icré, et à son usemen!.
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ndu, et Montte du nouveau Ishommes aux ndigènes cons Français, le ym de Joseph, ierge, protec-
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QUÉBEC ET SES HABITANTS. 401 gnes de fortifications qu'il était en train de tracer, ct prenant, ainsi que de Lisle, son lieutenant, une torche en main, accompagné de MM. de Repentigny ct de Saint-Jean, avec 'eurs soldats, il suivit la cérémonie funèbre jusqu’au ciamp des morts; les bons Pères ne se sentaient pas de joie : Champlain luimême n'avait Jamais donné d'exemples plus édifiants.
Un renfort de colons était également arrivé avec M. de Montmagny, et parmi ceux-ci, quelques personnes de condition avec leurs familles et leurs serviteurs. Nous laissons parler le père Le Jeune, qui dit que « c’étoit un spectacle digne de rendre grâces à Dieu que celui de ces jeunes dames si délicates ct de ces fragiles enfants, surgissant de leur prison de bois comme le jour apparoît au bout des ombres de la nuit. » L’élan poétique du bon Père est justifié, si l’on se rappelle que depuis des années il n'avait vu que d’affreuses squaws, portant de grotesques maillots, ficelés comme des momies et maintenus entre deux planches.
Une consolation plus réelle lui était réservée en ouvrant le contenu d’un gros paquet de correspondances qu’on lui apportait; ces lettres, signées par des prêtres, des religieuses, des gentilshommes, des
#02 LA NOUVELLE-FRANCE, princesses et des soldats, témoignaient de l'intérêt excité en France par les missions.
Les Relations du P. Le Jeune avaient été imprimécs et lues avec avidité; les jésuites qui, comme professeurs, confesseurs et prédicateurs, avaient accès partout, échauffaient avec succès cette flamme naissante. Le père supérieur s’écrie dans sa Joie : « C’est Dieu qui conduit cette entreprise; la nature n’a pas de bras assez longs pour toucher tant de cœurs ! » Il voit que treize religieuses d’un seul couvent ont fait vœu de se consacrer au service des mis-
sions et comment, à l’église de Montmartre, une religieuse reste prosternée jour et nuit au pied des autels, priant pour la conversion des Indiens !, On
lui écrit que les carmélites, les ursulines et les sœurs de la Visitation n’ont pas de paroles pour affirmer leur ardeur; qu’une personne inconnue, mais inspirée du ciel, a l'intention de fonder une école pour les petits Hurons ; la duchesse d’Aiguillon envoie six ouvricrs pour élever un hôpital à Québec ; enfin, dans cacune des maisons des jésuites, tous les jeunes prêtres ont les yeux tournés vers le Canada, tandis que « l'Enfer, enrageant de nous voir aller en Ja Nouvelle-France pour convertir les infidèles et dimi- 1. Brébeuf, Relation des Hurons, 1636, TG.
nt de l'intérêt
ent été impris qui, comme eurs, avaient ; cette flamme dans sa joie :
rise; la nature ucher tant de d’un seul courvice des mislartre, une ret au pied des Indiens ‘, On es et les sœurs pour affirmer jue, mais insine école pour llon envoie six ec ; enfin, dans bus les jeunes
QUÉBEC ET SES HABITANTS. 103 puer sa puissance, par dépit il soulevoit tous les éléments contre les envahisseurs de son domaine d'outre-mer !, »
La plume de Le Jeune traduit par de mystérieuses allusions son intime satisfaction de la qualité des nobles protecteurs de l’entreprise ? ; aussi faut-il nous placer à son point de vue pour nous expliquer ses sentiments exaltés envers le triste monarque régnant a. rs en France, qu'il regarde comme le champion de la Foi, et son admiration pour Richelieu, dont l'ambition personnelle disparait pour lui devant la mission divine dont il le regarde comme revêtu. L'Église ct l'État, étroitement unis et tout-puissants, augmentaient de tout le prestige de la royautt et de son patronage cet enthousiasme dans lequel Le Jeune ne voit que l'inspiration de Dieu.
Mais, à côté de ces ferveurs mondaines, que ces faits dénotent, il en surgissait d’'admirablement réc!les, éveillant dans les cœurs une soif de sacrifice et de dévoucment.
Aucun apôtre nouveau pourtant n'apparaît; les jésuites ne désiraient partager avec personne le
4. « Divers sentiments » ajoutés à la Relation de 1635. 2. Parmi ces correspondants était le jeune duc d'Enghien, qui allait devenir le grand Condé, alors âgé de quinze ans.
champ de leurs labeurs et tendaient à faire du Canada un nouveau Paraguay. C'est des couvents de femmes que devait sortir l’ardeur durable et cfficace, et les efforts des jésuites se concentrèrent en conséquence de ce côté. « Si tous avoient leur pieuse volonté, écrivait Le Jeune, Québec déborderoit bientôt de religieuses !. »
De Lisle et de Montmagny étaient presque des ecclésiastiques, puisque tous deux faisaient partie de l’ordre de Malte. Bientôt l’Église et l'épée furent confondues dans les mêmes mains, et le gouvernement religieux devint celui de la colonie; l’autorité sans appel fut mise entre les mains d’un conseil formé du gouv ’neur, du P. supérieur et du syndic,
représentant municipal des intérêts de la cité naissante; il n'existait nul autre tribunal, et le gouverneur trauchait sommairement toutes les questions. L'église avoisinait le fort, et devant elle s'élevait un poteau portant sur une inscription les défenses contre l'ivrognerie, le Llasphème et la négligence aux offices religieux, Le poteau était orné aussi d’un collier de fer et de sa chaîne, et l’on voyait à côté le cheval de
1. « Que si celui qui à écrit cette lettre a leu la relation de ce qui se passe au Paraguay, il a vu ce qui se fera un jour en la Nouvelle- France, » Le Jeune, Relation, 1637, 304. — Chaulmer, /e Nouveuu Monde chrétien. A, est éloquent sur ce thème,
à faire du Caes couvents de ble et cfficace, rent en conséeur pieuse vorderoit bientôt
resque des ecaient partie de l'épée furent t le gouvernelonie ; l’auto- Is d’un conseil et du syndic, le la cité naïiset le gouverles questions.
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relation de ce qui en la Nouvellemer, le Nouveuu
QUÉBEC ET SES HABITANTS. 405 bois sur lequel on posait le délinquant en guise d'avertissement public.
Les offenses étaient rares, il faut le dire, dans une colonie restreinte et ainsi remise au pouvoir absolu ; aussi Québec passait-il pour un modèle de décence édifiant tous les chroniqueurs du temps, et dont l’enceinte sanctifiée n’était jamais troublée que par l’arrivée annuelle des bateaux de France, alors que des matelots indisciplinés couvraient les rives et les roches escarpées,
Dans l'année 1640, de nouveaux établissements religieux et hospitaliers s'élevèrent à Québec. On commença un collége pour les enfants Hurons, un hôpital, un couvent d'ursulines, et l’on fonda à Sillery, à quatre lieues de là, une nouvelle mission pour les Algonquins.
Montmagny rebâtissait en pierres, en l'augmentant, le fort de Champlain; il traçait également les rues de la future cité, bien qu'aucune maison ne s’élevât encore sur leur emplacement. Très-près du fort se trouvaient l’église et une maison pour les jé-
suites, toutes deux construites en bois de sapin, ct qu'un incendie détruisait en 1640. On les rebâtit en pierre, mais les religieux continuèrent à occuper
leur rude demeure de Notre-Dame-des-Anges, sur 24,
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le Saint-Charles, où nous les avons vus s'installer.
Tout le pays entourant Québec n'était que forêts impénétrables, à l'exception de quelques éclaircies faites par le sieur Giffard, sur sa seigneurie de Beaufort, par M. de Puiseaux, entre Québec et Sillery, et de quelques autres insuffisantes tentatives !. Le total de la population ne s'élevait pas au delà de deux cents âmes, hommes, femmes et enfants, et dans ce nombre les agents de la compagnie des pelleteries, connue sous le nom des Cent Associés, y entrait pour la plus forte part; les hommes que les agents employaient y avaient amené leurs familles; mais les prêtres, les religieuses et quelques autres colons farmaient le reste de la population.
La compagnie des Cent Associés était pourtant tenue, en vertu de ses statuts, d'envoyer au Canada quatre mille colons avant l’année 1643; mais les moyens et la bonne volonté faisaient également défaut, Chacun des membres différait dans son point de
vue; les uns étaient disposés à faire des sacrifices personnels pour soutenir les missions et fonder une
1, Pour Giffard, Puiseaux et autres colons, voyez Langevin, Notes sur les Archives de Notre-Dame d2 Beaufort, p. 5, 6, 7. — Parland, Notes sur les Archives de Notre-Dame de Québec, 22, 24 (1863), — Id., Cours d'histoire du Canada, 1, 266, — Le Jeune, Relation, 1636, 45, — Faillon, Histoire de la colonie française, 1, 1, 1v, 5,
vus s'installer.
tait que forêts ques éclaircies -urie de Beauc et Sillery, et ives !, Le total de deux cents dans ce nomleteries, conentrait pour la s agents em Îles; mais les es colons for-
t pourtant teer au Canada 43 ; mais les galement dés son point de des sacrifices t fonder une
Langevin, Notes 6,7. — Parland, 22, 24 (1863). — Jeune, Relation , se, I, 1, 1v, 5,
QUÉBEC ET SES HABITANTS, 107 colonie purement catholique ; quelques membres ne songeaient qu'aux profits commerciaux, et les affaires proprement dites de la compagnie restaient entièrement aux mains de ces derniers, qui cherchaient à éluder toutes les clauses de leurs engagements pouvant être nuisibles à leurs intérêts pécuniaires, Il s’ensuivait qu’au lieu d’expédier des colons, la compagnie donnait des concessions de terre à ia condition, par les concessionnaires, de fournir des colons agricoles qui les défrichéraient ct les cultiveraient, ct ceux-ci devaient être comptés à la décharge de l’obligation contractée par la compagnie, Les concessionnaires prenaient le terrain et ne remplissaient que rarement les conventions. Ajoutons de plus que la plupart de ces concessions étaient iniques ct l'objet d'un honteux trafic. C’est ainsi que Lauson, fils du président de la compagnie, reçut, au nom d’un tiers officieux, une étendue de terre sur la rive sud du Saint-Laurent, comprenant soixante licues de longueur! On y ajoutait toutes les îles de la rivière, sauf celles de Montréal et d'Orléans, ainsi que le droit de pêche exelusif sur tout ce parcours !, Il est avéré que
1. Archives du séminaire de Villemarie, citées par Faillon, 1, 350, Le père de Lauson s'était attribué Montréal; le don du fils s'étendait de la rivière Saint-François à un point au-dessus de Montréal, V. La Fontaine, Mémoire sur la famille de Lauson,
408 LA NOUVELLE-FRANCE, Lauson n’envoya pas un seul colon dans ces vastes concessions.
A tant de motifs de dépopulation se joignait le peu de disposition naturelle des Français à s’expatrier tant qu’un motif puissant, comme la persécution religieuse, telle que celle qui devait s'élever à la fin du siècle, ne chassait pas les habitants de leurs foyers. Puis les entraves de toute nature venaient peser sur la jeune colonie : nul n'était admis qui ne fût bon catholique; le colon ne pouvait trafiquer avec les Indiens que sous la condition de céder ses marchan-
dises à la compagnie moyennant un prix fixé. Il pouvait chasser, mais non pêcher, et il lui fallait
mendier ou acheter sa subsistance pendant des années, avant de l’obtenir, en quantité suffisante pour sa famille, du sol rebelle qu'il cultivait. La misère sur ce point était telle, que la compagnie était forcée de partager avec les colons affamés les provisions qu'elle importait tous les ans pour les besoins de ses employés. Pendant longtemps, à l’exception des anciens colons, les Iébert et Giffard, avec ses sept hommes sur son domaine de Beaufort, furent les seuls émigrants qui purent se suffire pendant tout le cours de l’année.
La rigueur du climat repoussait également les co-
ins ces vastes
oignait le peu à s’expatrier rsécution reer à la fin du leurs foyers.
nt peser sur ui ne fût bon " avec les Ines marchanprix fixé. Il il lui fallait dant des anfisante pour . La misère était forcée s provisions soins de ses eption des vec ses sept furent les dant tout le
nent les co-
QUÉBEC ET SES HABITANTS. 409 lons, et l'attrait, mis en avant par le père Le Jeune, de la piété, de la liberté et de l'indépendance, disparaissait devant la réalité d'une existence entravée par les réglementations de tout genre, soumise à l’autorité sans appel d’un prêtre et d’un soldat, avec la perspective, pour qui ne pouvait, même involontairement, aller entendre la messe, d'être attaché an Carcan avec chaîne et collier comme un chien.
L'existence entière de la colonie ne consistait donc, en dehors du commerce des fourrures, qu’en missions, couvents, écoles religieuses et visites d’hôpital. Les rochers de Québec fourmillaient de tous les établissements inhérents à la civilisation de l’ancien monde, sans habitants pour les occuper, et bien peu d'espoir de les voir rapidement s’augmenter ; le tout était soutenu par les efforts d’une charité précaire et intermittente ; les jésuites comptaient sur la compa- Snie qui, parmi ses conditions, avait celle de soutenir le service religieux !,
Québec offrait un aspect demi-militaire et demimonastique. Au lever du soleil et à son coucher, un escadron de soldats, payés par la com pagnie, faisaient
1. C'est un des principes des constitutions des jésuites, que chacun de leurs établissements fasse en sorte de se soutenir par lui-même, afin de ne pas être un fardeau pour le fonds commun, Aussi les Relations sont-elles remplies d'appels à Ja charité en faveur des missions,
l'exercice autour du fort, et, comme au temps de Champlain, les cloches de l’église sonnaient le matin, à midi et le soir. Les confessions, l'assistance à la messe se succédaient, et les jésuites avaient l'œil sur tous, depuis le gouverneur jusqu’au dernier des artisans,
L'atmosphère de la Nouvelle-Angleterre n'était guère plus étouffante dans son puritanisme que celle de Québec à cette époque; car, jour et nuit, à son foyer, à son labeur ou à l’église, l’émigrant se sentait observé avec un zèle souvent outré. Parfois les colons tentaient de s’insurger contre le joug, et en 4639, des députés furent subrepticement envoyés en France, afin de représenter « la gehenne où estoient les consciences de la colonie, de se voir tant gouverné par les mesmes personnes pour le spirituel que pour le temporel‘. »
En 1642, Richelieu encouragea des mesures partielles et inefficaces pour l'introduction dans la Nouvelle-France d’un autre ordre religieux moins dominant et moins mêlé à la politique que celui des jésuites ?. Mais aucun changement favorable ne s’en-
1. Déclaration de Pierre Bréant, par-devant les notaires du Roy. Mss.
2, L'ordre en question devait être celui des Capucins, branche,
comme les Récollets, du grand ordre des Franciscains, Ils ne purent se faire accueillir au Canada, mais ils s’établirent dans le Maine.
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QUÉBEC ET SES HABITANTS, ii suivit, et la colonie resta dans un misérable état de compression et de vasselage,
On pourrait m'objecter que cette appréciation est celle d'un protestant; je crois pourtant que tout esprit éclairé admettra que la fondation de la Nouvelle- France sur une base uniquement et exclusivement catholique fut une des nombreuses erreurs de l’époque, car aucun degré de mérite personnel ne garantit suffisamment contre les inconvénients attachés au gouvernement temporel et absolu exercé par des ecclésiastiques ; l'essence même du gouvernemen! théocratique, qui est de rendre tous les respects et toute obéissance à ses supérieurs, à ses yeux les représentants de la Divinité, force le prêtre à exiger de ceux qui lui sont confiés une chéissance absolue, implicite, et celle-ci, portée sur les actions temporelles, exclut toute liberté d'initiative; de nombreux exemples sont Ià dans l’histoire pour nous en démontrer les dangers.
On conçoit que pour les pères jésuites, l’atmosphère sanctifiante de Québec représentât l'élément céleste. Le Jeune écrit : « La Nouvelle-France est le vrai climat où l’on apprend parfaitement bien à ne chercher que Dieu, à ne désirer que Dieu seul, à avoir l'intention purement à Dieu, ete, Y vivre c’est,
à vrai dire, vivre dans le sein de Dieu et ne respirer que l’air de sa divine conduite; » et encore : « Si quelqu'un de ceux qui meurent en ces contrées se damne, je crois qu'il sera doublement coupable, » Tous les amusements de la congrégation étaient actes de religion. Ainsi, le jour de saint Joseph, protecteur de la Nouvelle-France, on tira un feu d’artifice en son honneur; les quarante volumes des Relations des jésuites ne contiennent qu'une seule illustration, et c’est celle de ce divertissement avec le portrait du gouverneur allumant le feu }.::-nême, Le 1‘* mai de l’année 1637, Montmagny planta un arbre de mai surmonté d’une triple couronne, sous laquelle trois cercles symboliques portaient les noms de Jésus, Maria, Joseph; les soldats portèrent les armes et saluèrent d’une volée de mousqueterie. Lors de l'anniversaire de la naissance du dauphin,
depuis Louis XIV, on donna une représentation dramatique dans laquelle l’infidèle, parlant algonquin pour l’entendement des Indiens présents, était pour-
chassé jusqu’en enfer par les démons.
Les processions étaient également fréquentes. Dans l’une d'elles, le gouverneur, en habit de cour, et un Indien, vêtu de peaux de castor, soutenaient ensemble le dais au-dessus du saint Sacrement:
et ne respirer encore : « Si cs contrées se coupable, »
gation étaient t Joseph, proun feu d’artimes des Relaqu'une seule issement avec feu }:::-nême, gny planta un uronne, sous ent les noms portèrent les squeterie.
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QUÉBEC ET SES HABITANTS. TE) pour une autre, on vit six Indiens marchant en avant, costumés tous d’habits écarlate et or, donnés par le roi. Puis venaient les nouveaux convertis, deux à deux; la fondatrice des ursulines suivait avec les enfants indiens habillés à la française, et les femmes et enfants indiens vêtus à l’indienne; enfin les prêtres, le gouverneur et la population européenne, à l'exception des canonniers qui, du fort, saluaient la croix et la bannière placées en tête de la procession ; la cérémonie terminée, le gouverneur et les jésuites régalèrent les Indiens par un beau festin.
Entrons un instant dans l’église de Notre-Damede-la-Recouvrance après les vêpres. Elle est pleine jusque sous le porche ; officiers en chapeaux à plumes, soldats, artisans, laboureurs, se pressent, Montmagny est là avec Repentigny et de la Poterie ; nous y voyons des femmes bien nées tristement dépaysées dans les forêts canadiennes, puis, mêlés à l'assemblée, des Indiens immobiles, enveloppés jusqu'au menton dans leurs gaînes de peau de daim brodée. Le P. Le Jeune se tient devant l’autel, de chaque côté duquel se trouve une rangée d’enfants à peau rouge, l'écoutant dans une attitude exemplaire, pendant qu'avec une physionomie gaie et souriante il leur enseigne à s’agenouiller, à joindre les mains et à
faire le signe dela croix. Tous les assistants écoutent ct regardent, animés ct touchés du bon maintien et des promptes réponses des netits catéchumènes, tandis que les parents se distinguent dans la foule par les grimaces joyeuses avec lesquelles ils accueillent les dons de perles et de bimbeloteries qui servent au père jésuite à récompenser les meilleurs de ses élèves. Les moyens employés à la conversion des Hurons étaient mis en pratique vis-à-vis des Algonquins ; naturellement, le plus usité était celui d’inspirer la terreur. « Vous faites du bien à vos amis, disait Le Jeune à un chef algonquin, et vous brülez vos ennemis ; Dicu agit de même. » Les images coloriées étaient de grand secours en ce cas, et voiei le résultat qu'en espérait le père supérieur : « Les hérétiques, dit-il, sont grandement blâmables de condamner et de briser les images qui ont de si bons effets, Ces figures sont la moitié de l'instruction qu’on peut donner aux sauvages. J’avois désiré quelques portraicts de l'enfer et de l’âme damnée ; on nous en a envoyé quelques-uns en papier, mais cela est trop confus. Les diables sont tellement meslez avec les lionnes, qu’on n’y peut rien reconnois{re qu'avec une particulière attention. Qui dépeindroit trois ou quatre démons tourmentant une âme de divers supplices, l’un
its écoutent ct aintien et des nônes, tandis foule par les ccueillent les rvent au père ses élèves, h des Hurons onquins ; naispirer la teris, disait Le ülez vos enges coloriées ici le résultat s hérétiques, ondamner et s effets, Ces on peut don- CS portraicts en à ENVOYÉ trop confus.
les lionnes, ec une partiju quatre dépplices, l’un
QUÉBEC ET SES HABITANTS. M5 lui appliquant des feux, l’autre des serpents, l’autre Ja tenaillant, l’autre la tenant liée avec des chaînes, cela auroit un bon effet, notamment si tout estoit bien distinct, et que la rage ct la tristesse parussent bien en la face de cette âme désespérée, »
La préparation pour le baptême était souvent assez superficielle, témoin un Algonquin mourant qui, réduit à la maigreur d'un squelette, s'était jeté, dans un accès de fureur expirante, sur un prisonnier iroquois, en lui arrachant l'oreille avec ses dents, ct qui, nonobstant ce beau fait de sauvagerie, fut baptisé presque aussitôt après !,
Il faut dire que pour les néophytes bien portants, la préparation était tout autre, mais ceux-ci apostasiaient fréquemment. Les divers points d'instruction qu'on cherchait à leur inculquer se résumaient pour-
4, « Ce serait une étrange cruauté de voir descendre une âme toute vivante dans les enfers, par le refus d'un bien que Jésus-Christ lui a acquis au prix de son sang. » Relation, 1637. « Considérez, d'autre côté, la grande apprthension que nous avions sujet de redouter la gutrison ; pour autant que bien souvent, étant guéris, il ne leur reste du saint baptème que le caractère. » Lettres de Garnier, mss.
IL n'était point aisé de faire entendre aux Indiens la nature du baptème. Un froquois de Montréal, devant lequel un missionnaire parlait de la purification opérée par l'eau sur l’âme souillée par le péché, interrompit en disant qu’il connaissait bien cet effet, car les Hollandais lui en avaient une fois tant fait prendre, qu'ils avaient dù ensuite l’at-
tacher pieds et poings liés, pour l'empêcher de commettre quelque méfait, Faillon, 11, 43.
tant tous dans le mot de soumission et d'abdication de leur volonté entre les mains du pouvoir supérieur, principes devenus presque des dogmes pour l’ordre de Jésus, qui, fondé au xvr° siècle, avec la mission principale de soutenir l'autorité pontificale menacée par l’hérésie, y avait mis toute l’ardeur des croyances du moyen âge; les missions canadiennes devaient donc en ressentir l'empreinte. Hâtons-nous de constater que l’incessant labeur des missionnaires amtliorait sensiblement la condition des Indiens. Arrachés par les efforts des Pères à leur vie errante, ils se
pliaient aisément à des habitudes d’inuustrie paisible,
et la soumission peut-être un peu enfantine qu’on leur demandait était, en tous cas, mille fois préférable à leur misérable et féroce indépendance; ils échappaient au moins par là à la destruction violente ou amenée par la famine, qui frappait la plupart des tribus successivement.
Si, politiquement parlant, les jésuites visaient à la domination exclusive de la Nouvelle-France, ils n’employèrent jamais que les moyens en rapport avec la grande charité chrétienne; le choix de leurs agents témoigne de leurs intentions, lorsque nous verrons Jogues et Garnier aux prises avec leur œuvre de dévouement. La société a des hommes aptes à la
et d'abdication voir supérieur, ès pour l'ordre ivec la mission ficale menacte des croyances nnes devaient -nous de consonnaires amé- Indiens. Arra- “errante, ils se ustrie paisible, fantine qu'on ille fois préfépendance; ils iction violente la plupart des
s visaient à la ince, ils n’emapport avec la e leurs agents ue nous verec leur œuvre nes aptes à la
QUÉBEC ET SES HABITANTS. ii diversité de leurs travaux, elle sait les bien choisir, exciter et entretenir leur ardeur apostolique, et faire recueillir à l'ordre entier l’auréole de leurs succès et souvent du martyre, rivalisant avec Joie dans un autre hémisphère avec le souvenir d’un saint et d’un héros, saint François Xavier, dont le nom restera impérissable !,
J'ai indiqué l’état de vasselage auquel, en fait, ctaient réduits les colons. Une classe d'hommes faisait exception à cette règle ; pour ceux-ci, la forêt et ses habitants étaient devenus leur ome. Ils suivaient les Indiens dans leurs excursions, vivaient avec eux, s’alliaient même avec les femmes indiennes, et devenaient les oracles des campements et leurs chefs pour la direction des entreprises guerrières.
Étienne Brulé, le hardi interprète de Champlain, dont nous avons raconté les aventures dans le cours de ce volume ?, peut être considéré comme le type de cette classe d'hommes. Après lui, les plus en renom furent Jean Nicollet, Jacques Hertel, François Marsucric et Nicolas Marsolet. Parmi ceux-ci, Nicollet,
1, Les plus violents ennemis des jésuites, employant les termes les moins mesurés à Leur sujet, parlent néanmoins des missionnaires canadiens avec des éloges sans restriction. Voyez, à ce sujet, Stcinmetz, Histoire des jésuites, 11, #15,
2, Voir p. 333, 339, 348, ele,
Lis 5 Sa à
art dr PROPRES
en particulier, fut une individualité remarquable ; il est prouvé que le premier, dès 4639, il remonta la Baie Verte du lac Michigan et arriva jusqu'aux eaux du Mississipi !.
Il est à croire que, lorsque ces braves aventuriers revenaient de leurs explorations, ils avaient grand besoin de péuitence et d’absolution ; mais ils restaient néanmoins bons catholiques, et la plupart se montraient sincèrement zélés pour la prospérité des missions. Nicollet avec quelques autres d’entre eux s’établirent comme interprètes sur les trois Rivières et à Québec ; ils réunissaient pr: :1"1e tous l'intelligence à une bravoure éprouvée. L'amour de l'indépendance, l'attrait de la vie libre et aventureuse, leur firent braver des dangers presque équivalents à ceux auxquels les religieux s’exposaient par des motifs de charité, de zèle et par l'attrait d’une récompense éternelle. Plusieurs des meilleures familles du Canada s'enorgueillissent de descendre de cette souche vigoureuse,
1. Ce fait a été démontré par les recherches de M. Shea, voir sc« Découvertes et exploration de la vallée du Mississipi, xx,
l'IN,
remarquable ; , il remonta la
usqu'aux eaux
es aventuriers avaient grand is ils restaient ipart se monérité des misatre eux s’éta- Rivières et à intelligence à idépendance, , leur firent s à CEUX auxnotifs de chanpense éters du Canada e souche vi-
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