LES ALGONQUINS
Une partie de la Virginie, de la Pensylvanie, du New-Jersey, du Sud-Est New-Yozk, de la Nouvelle- Angleterre, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle- Ecosse et du Bas-Canada, était occupée, ou au moins couverte par des tribus parlant divers dialectes algonquins. Celles-ci s’étendaient le long des rives des Lacs Supérieurs, et jusque dans les mornes solitudes du nord, sur les territoires du Wisconsin, du Michigan, de l'Illinois et de l’Indiana, pendant que des bandes détachées parcouraient les régions de chasse du Kentucky. Placé au milieu des Algonquins !, se trouvait le groupe des tribus parlant le langage générique des Iroquois. Les véritables Iroquois, ou les Cinq Nations,
1. Nous employons ici la dénomination d’Algonquins dans son acception la plus large. On l’appliquait primitivement à un groupe de tribus du nord du Saint-Laurent. Les différences de langage existant entre les Algonquins proprement dits et les Abénaquis de la Nouvelle-Angleterre, les Objibwas des grands lacs et les Illinois de l'ouest, correspondent à la différence existant entre le français et l'italien, ou l'italien et l'esprgnol. Chacune de ces langues avait également svs dialectes.
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i INTRODUCTION. lt “ s'étendaient à travers le centre de l’État de New-York Ë depuis l'Hudson jusqu'au Genessee, Au sud, étaient . les Andastes, sur et près du Susquehanna; à l’ouest, ‘ les Eriés, le long des bords sud du lac Eréi, et la Na- “tion Neutre, prenant de la rive nord du lac jusqu’au . Niagara, et allant vers le détroit, pendant que les . villes der. Hurons s’élevaient près du lac auquel ce ‘ peuple a laissé son nom.
! Parmi les populations algonquines les plus considérables, malgré les épidémies périodiques qui les î enlevaient par milliers, étaient celles de la Nouvellej | Angleterre, telles que les Mohicans, les Pequots, Nar- ! rangansets, Massachussets et Penacooks, tous objets d’effroi et d'inquiétude pour les Puritains du Nouveau { Monde, Pourtant, ces peuplades étaient, au demeurant, de favorables échantillons de la race algonquine, . car elles appartenaient à la fraction de ceux qui, cul- | tivant le sol, étaient en quelque sorte exempts des ex- ‘ trémités de famine endurées souvent par l’Indien ! chasseur ou errant, * Ellestrouvaient maintes ressources aussi dans les productions de la mer, ce qui les maintenait près de ces * côtes que Champlain et Smith avaient vues, avant les | ravages de l'épidémie, garnies de huttes et de champs ! de maïs jaunissant. La crainte les chassait aussi vers ! l’est, car les Iroquois les poursuivaient d’une inimitié * acharnée; quelques-uns d’entre eux payaient un tri-
2 but annuel à leurs oppresseurs, tandis que d’autres
| fuyaient, terrifiés, devant l’audition subite du cri de guerre mohawk. En conséquence, la population di- { minuait rapidement du côté de l’ouest, et disparais-
sait totalement dans le nord. Le New-Hampshire du
IV INTRODUCTION
nord, tout l'Etat de Vermont et l'ouest du Massachussets n'avaient alors d'autre occapant humain que le chasseur erraut ou le guerrier en quête d’une proie.
Nous avons dit que ce groupe de populations était fort nombreux; pourtant il est douteux que, toutes réunies, si l’union avait été possible parmi elles, elles eussent pu compter plus de huit mille combattants valides. Nous ne nous étendrons pas davantage sur leur compte, puisqu'elles sont en dehors du domaine spirituel catholique, objet de notre étude actuelle. Il était réservé à l’apôtre Eliot, et non aux jésuites, de tenter leur conversion !,
Débarquant à Boston, qui, trois ans avant, n’offrait qu’une solitude déserte, le voyageur pouvait remonter vers le nord, passer la rivière Saco et les Penacooks, et traverser la rivière Piscatagua, Ici se trouvaient les Abénaquis avec le changement de dialecte indiquant une nouvelle variété de tribus; on les rençontrail particulièrement sur les bords du Kennebee et d’autres
1. Ces Indigènes, les Armonchiquois des vieux écrivains français, vivaient dans un état de guerre chronique avec les tribus du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. Champlain, lors de son voyage de 1603, avait recueilli de singulières notions sur eux, et nous les reproduisons d'après la narration de l’héroïque mais trop crédule explorateur : « Ce sont des sauvages de taille monstrueuse; car leurs têtes sont petites, leurs bras minces comme ceux d'un squelette, et ainsi sont leurs chevilles; mais les jambes sont fortes et longues, toutes d'une venue; lorsqu'ils sont assis sur leurs talons, leurs genoux s'élèvent de plus d’un demi-pied au-dessus de leur tête, ce qui semble une chose étrange et contre nature. Néanmoins, ils sont actifs et hardis, et possèdent la meilleure contrée de la côte vers l'Acadie, » — Des sauvages, f. 34. Cette fable peut aller de pair avec celle de la grande cité de Norembéga, sur le Penobscot, et sa population de nains, rapportée par Jean Alphonse,
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jeter les filets dans la mer avoisinante.
Le Penobscot une fois traversé, on constatait une
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Maine-Est et tout le Nouveau-Brunswick appartenaient à la race des Etchemins, auxquels l’agriculture était inconnue, et dont la principale ressource consistait en une abondante récolte de poissons, de crustacés et de veaux marins. Les Souriquois ou Miemacs de la Nouvelle-Écosse leur ressemblaient de mœurs et d’habitudes,
Du golfe Saint-Laurent au lac Ontario, la rive sud du grand fleuve n’était occupée que par des chasseurs ; au nord, entre le Saint-Laurent et la baie d'Hudson, erraient les hordes éparses des Papinachois, des Bersiamites et d’autres, comprises par les Français sous le nom général de Montagnais. Lorsqu’au printemps, les vaisseaux de commerce français arrivaient dans le port de Tadoussac, les Indiens survenaient de près et de loin à travers les difficultés de forêts impénétrables, puis se formaient en petits groupes sur le lieu principal du trafic, élevant leurs wigwams au bord de cette ade primitive. Ces sauvages étaient du type algonquin le plusinférieur; ils tiraient leur subsistance de la chasse, jusqu'à ce que cette ressource manquant, aiguillonnés par une faim désespérée, ils soutinssent leur misérable vie avec les racines, les bourgeons des arbres, arrivant enfin à manger des immondices sans nom, et finissant par des scènes de cannibalisme.
Lorsque l’on remontait le Saint-Laurent, il était
VI INTRODUCTION
rare que la vue d’une figure humaine vint animér la solitude jusqu'aux approches de Québec, où les canons de Champlain retentissant sur les roches annonçaient la lutte engagée entre la civilisation européenne et les enfants de la forêt. En pénétrant plus avant, la solitude reprenait ses droits, sauf aux Trois-Rivières, lieu de commerce déjà renommé, où des Algonquins se hasardaient à venir, lorsque la crainte des Iroquois leur laissait quelque répit. La terreur que ceuxci inspiraient se répandait alentour; le voyageur, en traversant les bois, ou une île couverte de taillis, entendait tout à coup le sifflement d’une flèghe qui révélait la présence de quelques-uns de ces cruels maraudeurs, À Montréal, il n’existait encore aucunc trace de vie, si ce n’est pendant la courte saison d'été, où les sauvages affluaient de l’intérieur pour profiter du trafic de cette époque. Un jour, la rive retentissait de chants, de danses et de festins, et le lendemain, le silence s’étendait sur toute la contrée, pendant que les eaux de l’Ottawa emportaient les canots des guerriers, Le long de ce fleuve, grande route du commerce, Île désert n’était troublé que par le bruit fugitif des avirons en mouvement.
Il y avait bien au nord une petite bande algonquine, nommée la Petite Nation, et quelques autres Indiens épars, mais ils vivaient éloignés des bords du fleuve, par la crainte des Iroquois ; il fallait donc parcourir près de 300 milles avant de rencontrer la « Nation de l'Ile » tribu des Algonquins occupant la grande île des Allumettes, Plus loin encore, après bien des journées d'exploration solitaire, le voyageur était accueilli par les Nipissings, sur le lac de ce nom. Enfin, en serpen-
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