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DOMINIQUE DE GOURGUES. 119 était accomplie; il n'avait jamais prétendu reformer un établissement, car ses troupes eussent été insuffisantes et les Espagnols restaient encore en force à Saint-Augustin. Il avait voulu les surprendre comrac l'ange du châtiment, il laissait à ses alliés indiens le soin de démolir le fort; ceux-ci s’en acquittèrent sibien, qu’en moins d’un jour pas une pierre ne restait debout. Gourgues détruisit également ceux de l'embouchure de la rivière, puis s’achemina vers ses vaisseaux, escorté en triomphe par les Indiens et chargé de cadeaux en poisson et en gibier; on entendait de vieilles femmes dire qu’il ne leur restait plus rien à désirer, puisqu'elles avaient revu les Français avant de mourir.
Les navires étaient prêts; Gourgues ne put apaiser les regrets de ses alliés qu'en leur promettant de revenir; au moment de s’embarquer, il tint à ses hommes un discours dont nous donnons ici la substance :
« Mes amis, rendons grâces à Dieu du succès qu'il a daigné nous accorder; c’est lui qui nous sauva des tempêtes, c’est lui qui a disposé les cœurs des Indiens pour nous, et qui a obscurci l’entendement des Espagnols, car ils étaient quatre contre un; notre droit était notre seule force, et ce n'est
qu’à l’aide de Dieu que nous devons la victoire; n'oublions jamais ses faveurs et prions-le de nous les continuer en nous ramenant sains et saufs dans notre pays; prions-le aussi pour qu'il nous ouvre le cœur du roi et nous gagne celui de toute la France, puisque nous n'avons agi que pour le service du roi et l'honneur de notre patrie. »
Le Dieu des armées a été invoqué de tout temps en faveur des succès les plus sanglants; il serait injuste pourtant de ne pas comparer, tout à l'avantage du nom français, les sentiments que respire la haranguc du chevaleresque Gourgues avec les excitations fanatiques du cupide Menendez. |
De Gourgues et ses compagnons quittaient presque à regret le théâtre de leurs rapides exploits, payés néanmoins du sang de plusieurs d’entre eux; accueillis avec honneur par les protestants de La Rochelle, une froide réception les attendait à la cour de France.
Le ministre d'Espagne demanda la tête du capitaine ; le roi, sous l'influence du parti catholique, le tint à distance et lui fit savoir qu'il eût à s'éloigner; Gourgues dut chercher un refuge chez ses amis à Rouen, où il vécut, appauvri par les dettes contractées pour l'expédition, et oublié, jusqu’au jour où k
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DOMINIQUE DE GOURGUES. 21 reine Elisabeth, apprenant à la fois ses services et lingratitude dont on l’avait récompensé, lui fit offrir d'entrer à son service. Alors le roi qui, suivant le père Charlevoix, l'avait approuvé au fond de son cœur, lui rendit sa faveur; quelques années après, don Antonio de Bragance donnait à Gourgues le commandement de la flotte destinée à défendre ses droits sur la couronne de Pc: : 'gal contre Philippe IT. Heureux de tirer encore une fois l'épée contre ses anciens ennemis, Gourgues se rendait avec empressement à son poste, lorsque, à la suite d’une courte maladie, la mort l’arrêta à Tours!.
Ses compatriotes pleurèrent celui qu’on considérait comme un des meilleurs capitaines de l’époque; et si un patriotisme ardent, une valeur expérimentée et des sentiments chevaleresques sont dignes de louanges, ce tribut est bien dû à l’homme qui sut venger le drapeau français, malgré la haine trop personnelle qui l’animait et les taches que la cruauté des mœurs de l’époque peut pallier, sans les effacer, aux yeux des générations plus avancées.
Disons cependant que, pour que la réparation fût complète, il n’aurait pas fallu que le principal crimi-
1. Charlevoix, 1, 405 ; Basannier, 193; Lescarbot, 141; Barcia, 137; Gaillard, Notice des manuscrits de la Bibliothèque du roi, mss.
nel échappât au châtiment. Tandis que de Gourgues voguait vers la Floride, Menendez était en Espagne, mieux en cour que jamais après ses fanatiques exploits, et ies idées de l’époque s’accordaient si bien pour le regarder comme le défenseur de la foi, que lorsque, deux ans après, il retourna en Amérique, le pape Paul V lui envoya une lettre avec sa bénédiction, comme à l'instrument futur de la conversion des Indiens. Menendez rétablit le pouvoir de Philippe IT à la Floride, mais ses cruautés rejaillirent tellement sur la religion qu’il prétendait imposer par de pareils moyens, que les Indiens tuèrent les missionnaires et que, découragés, les prêtresles plu: dévoués durent quitter ce théâtre sanglant,
Menendez revint en Espagne, où de nouveaux honneurs l’attendaient, malgré l'opinion défavorable émise par l'historien protestant Grotius ; il commandait en 1574 les trois cents voiles et les vingt mille hommes qui, sous le nom de l’invincible À rmada, devaient marcher de Santander contre l'Angleterre et les Flandres, quand la mort subite le surprit, à l’âge peu avancé de cinquante-cinq ans. Grotius affirme qu’il se tua lui-même; mais son désir de trouver une morale dans l’histoire lui a fait dépasser les bornes de la vérité, car, outre qu’aücune raison
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DOMINIQUE DE GOURGUES. 123 connue ne pourrait expliquer cet acte au moment de sa plus haute fortune, le codicille de son testament, en date du 15 septembre 1574, témoigne que le jour où il l'écrivit il était dangereusement malade, mais sain d'esprit; le cruel Adelantado a donc dû mourir de la mort des justes, ne regrettant peut-être que les faveurs dont le sort semblait devoir le combler encore !.
Dans le fait, 1l écrasa le protestantisme français dans le Nouveau Monde, Il n’était pas réservé à la France de planter dans ces régions le drapeau de h Nberté religieuse; c'était vers les forêts du nord qu'elle devait porter au contraire la bannière du catholicisme et rencontrer à un moment donné l’An-
gleterre et Calvin sur les rochers du Massachussetts ;
mais nous verrons que, bien des années avant que les sapins des côtes glacées de Plymouth eussent entendu résonner la psalmodie puritaine, les solitudes de New-York et les déserts boisés du lac Huron étaient loulés par le pied des soldats français et les sandales des moines franciscains. La France est le premier, le vrai pionnier du Far-West; le drapeau fleurdelisé
1, L'Histoire de l'ordre de Santiago, par de la Mota, dont Menendez était commandeur, renferme une notice sur lui, 1599, et une autre plus récente accompagne son portrait gravé, Aucune ne laisse soupçonner un suicide,
y flotta, porté par des hommes patients et courageux, ’armi cette chevalerie des contrées lointaines, la première place appartient au nom trop oublié de Samuel de Champlain.
LES PREMII
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Traditions d Basques.
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Le rôle l civilisa (st peu à ressortir qu'aux co suivait sa
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LES PREMIERS VOYAGEURS FRANCAIS DANS L'AMÉRIQUE DU NORD. SAMUEL DE CHAMPLAIN ET SES COMPAGNONS
CITAPITRE I: