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la France, fidèle à la tâche que lui assignaient ses anciennes traditions, y apportait les premières bases de l’industrie et de l'influence morale.
Un écrivain français ajoute au rôle que nous traçons ici la prétention, qui n’a rien d'improbable, pour son pays d’avoir découvert l'Amérique en 1488, quatre ans avant le voyage de Colomb. On assure que Cousin, navigateur de Dieppe, se trouvant sur les côtes d'Afrique, fut poussé vers l’ouest par des vents et des courants qui l’amenèrent en vuo d'une terre inconnue, où il aperçut l’embouchure d'un grand fleuve. Un marin nommé Pinzon faisait partie de l'équipage, Sa mauvaise conduite força au retour Cousin de porter plainte contre lui devant les magistrats de Dieppe, qui rayèrent le délinquant des rôles maritimes de la ville, Pinzon se rendit alors en Espagne, y connut Colomb, lui fit part de sa découverte, et se joignit à lui dans le voyage de 1492 !.
A. Mémoires pour servir à l'histoire de Dieppe; Guérin, Navigateurs français, 4#1T; Estancelin, Navigateurs normands, 332, Les recherches de ce dernier pour vérifier l'authenticité de la tradition sont restées sans succès. Le bombardement de 1694 ayant presque entitrement détruit les archives de Dieppe, il ne restait pas de traces de Pinzon de Palos; mais il n’y a pas de raison péremptoire contre ce récit, car en 1500 Cabral fut bien poussé de la même manière sur les côtes du Brésil, et Ilerrera (Histoire générale) mentionne plusieurs renseignements qui avaient été recueillis par Colomb avant son premier voyage.
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Ce qui reste plus avéré que ces traditions incertaines, c'est que les Normands, les Bretons, cette race antique et fidèle aux coutumes des Celtes, leurs ancêtres, les Basques enfin, ce peuple indépendant et primordial, fréquentaient tous à une époque déjà ancienne les pêcheries de Terre-Neuve,
Si l’on n’est pas absolument certain de l’établissement des pêcheries avant le voyage de Cabot en 1497, on les connaissait au moins en 450%, et l’on sait qu'en 1519 cinquante vaisseaux espagnols, portugais et français étaient engagés dans cette pêche. Enfin, en 1527, une lettre datée de la baie de Saint-Jean narle de onze voiles normandes, de deux portugaises et d'un navire breton qui s’y trouvaient‘, Depuis
Dans la Description des costes de La mer Océane, mss. du xvrie sièclo, iest dit qu’un pilote français de Saint-Jean-de-Luz découvrit le prenier l'Amérique : «11 fut le premier jeté en la coste d'Amérique par ie violente tempeste, laissa son papier-journal, communiqua la route Nil avait faite à Coulon, chez qui il mourut, »
L. « De toute mémoire, et dès plusieurs siècles, noz Diebpois, Mabins, Rochelois et autres mariniers du Havre de Gràce,de Honfleur ‘l'autres lieux, font les voyages ordinaires en ces pais-là pour la pècherie des moruës. » (Lescarbot, 1, 236.) « Les Basques et les Bretons sont depuis plusieurs siècles les seuls qui se soient employés à la pêche de balaines et de molües; et il est fort remarquable que S. Cabot, découvrant la côte de Labrador, y trouva le nom de Bacallos, qui siguifie des moluës en langue des Basques.» (Mss. de la Bibliothèque de Versailles.) « Sébastien Cabot lui-même nomma ces pays Bacca- A0s, parce que dans cette mer il trouva uné si grande multitude le poissons énormes, que les habitants appellent baccalaos, que par-
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lors, les établissements de Terre-Neuve ne furent plus &bandonnés, et les nationalités française, anglaise, espagnole et portugaise s’y rencontrèrent, se querellant souvent, et jalouses de ramener dans la mère-patrie leurs abondantes ressources contre les rigueurs du carème !.
Pour ces navigateurs illettrés et crédules, d’autres périls que ceux des flots les attendaient dans ces parages inconnus. Îls ne se voyaient pas seulement menacés par la présence des sauvages insulaires et des ours, que les vieilles relations nous dépeignent comme emportant le produit de leur pêche sous leurs yeux; la
fois ses navires en étaient arrêtés. » (Pierre Martyr, dans Hakluyt, 111, 30.) Si, dans la langue basque primitive, Baccalaos est le terme employé pour ‘rorue, et si Cabot le trouva en usage parmi les Terre- Neuviens. on en conclut naturellement que les Basques durent y venir bien avant lui, Cabot donna le nom de Baccalaos à toute la partie du continent qu'il longea, et les premiers Espagnols adoptèrent ce nom comme un terme générique, Sur la carte de Wytfleit, de 1597, l'appellation est bornée à Terre-Neuve et au Labrador, et toutes ls autres cartes l'appliquent di ersement,
1. Le nom de cap Bretoa placé sur les cartes les plus anciennes est un souvenir indicatif de ces voyages français si reculés, et Cartier, en 1534, trouva tous les caps et les baies déjà dénommés par ses compatriotes. Discorso d’un gran capitano di mare francese, Ramusio, I, 493. — Ramusio ignore le nom du « gran capitano » ; mais Estanrein prouve que c'était Jean Parmentier, de Dieppe; son mémoire
s'yne qu'il fut fait en 1539, et il y est dit que Terre-Neuve tail
e rar les Normands et les Bretons trente-cinq ans auparavant :
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PREMIERS VOYAGEURS. 129 tradition y joignait encore le dangereux voisinage des monstres, dits griffons, qui infestaient les montagnes du Labrador, ainsi que la crainte des mauvais esprits, auxquels deux îles voisines de Terre-Neuve devaient leur nom d'Iles des Démons. Une vieille carte donne même leurs portraits en diables rampants, avec longue queue, cornes et ailes; l'ancien cosmographe Thévet dépeint la terreur avec laquelle les marins et les pilotes, passant dans ces parages, entendaient une grande clameur telle que celle qui s’élèverait de la foule un jour de marché‘. Il ajoute que lui-même,
vivant parmi les Indiens de cette terrible contrée,
les vit si cruellement tourmentés par ces démons persécuteurs, qu'ils tombaient souvent éperdus entre ses bras, et qu'alors, en répétant l’évangile de saint Jean, ils les délivrait des esprits malfaisants, d’un extérieur pourtant agréable, ajoute-t-il, mais dont la malice a fait fuir les îles par tous ceux qui les habiaient,
Pendant que les pêcheurs français usaient leurs
1. Le Grand Insulaire et Pilotage d'André Thévet, cosmographe du roi, 1586, Mss. Ces iles sont peut-ètre celles de Belle-fsle et de Quirpon ; mais la plus redoutable « pour autant que les démons y font terrible tintamarre », doit se trouver près de l’extrémité nord de Terre-Neuve, et nommée diversement par Thévet, isle de Fiche, isle de Roberval, isle des Démons. Nous donnons plus loin la singulière légeude qui s’y rattache.
vies dans ces durs labeurs, les forces vives de Ja France se dépensaient sur les champs de bataille de l'Italie ; la conquête de Milan et de Naples offrait un but plus tentant pour la gloire et le butin que celui de l'exploration des solitudes du Nouveau Monde, et les entreprises privées durent être laissées à leurs seules ressources.
En 1506, Denis de Honfleur parcourait le golfe du Saint-Laurent; deux ans après, Aubert de Dieppe suivait ses traces, et en 1518, le baron de Léry échouait dans une tentative d'établissement sur l'Te des Sables, dont il ne resta que le bétail amené par lui et qui s’y multiplia.
L'avénement de François I* devait, malgré les erreurs politiques de son règne et la corruption des maœurs, laisser une trace durable par l'éclat des lettres et des arts apportés d'Italie, seul bénéfice des gucrres stériles et ruinceuses poursuivies sous jes trois derniers règnes des Valois, Parmi les artistes et les écrivains que François [°° sut attacher à son service et dont 1l devint le protecteur, l’humble nom du navigateur florentin Jean Verrazzano va prendre sa place ‘.
1. Il capitano Giovanni da Verrazzano alla Serenissima Corona
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