‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 8 sur 117 · ÈS · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION. IX

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parois de la maison, recourbés de façon à se rejoindre, bpuis réunis violemment au sommet. De nouveaux troncs, placés transversalement sur ceux-ci, achevaient la toiture, et le tout était garni de larges plaques d'écorce de chêne, d’orme, de sapin ou de cèdre blanc, dépassant les traverses comme le feraient les bords d'un toit, et assujetties, pour plus de sécurité, par des planches de sapin fendu, rattachées par des liens d'écorce de tilleul.

Au couronnement du toit, on laissait des ouvertures : d’un pied de dimension pour le passage du jour et de la fumée; puis, à chaque bout de l'édifice, se plaçaient - des porches fermés de semblable construction, et gar- .nis de coffres en écorce, contenant le poisson fumé, ‘le maïs et les autres provisions qui ne craignaient pas les gelées. A l’intérieur de la maison se dressaient, + dans toute la longueur, de larges échafaudages élevés : de quatre pieds au-dessus du sol, et s'étendant sur “ toute la longueur de la demeure, comme les siéges | d'un colossal omnibus?, Ces plates-formes, faites 1. Les villages sédentaires, construits tous en “corces, qu'on voit

* dans le Dahcotah, sur le Saint-Pierre, offrent le type moderne qui se x . U !

* rapproche le plus de ces villes huronnes, — Toute la contrée huronne

+ abonde en témoignages d'une population qui fut nombreuse. Le doc-

teur Tasché a observé que la plus grande partie de la forêt semble avoir été défrichée à la mode indienne d'autrefois, et que les seules parties ayant le caractère de la forêt primitive sont les terrains situés dans le bas,

2. Souvent, parmi les Iroquois, l'aménagement intérieur était différent. Les plates-formes ne s'élevaient qu'à un pied au-dessus du

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x INTRODUCTION.

aussi de planches d’écorce, étaient soutenues par des perches transversales et des pieux; on les recouvrait de peaux d'animaux et de paillassons, Là dormaient en été les habitants de la hutte, avec leur provision de bois empilée au-dessous. Les feux se faisaient aur le sol, au milieu de la maison, et chaque foyer servait à deux familles, qui dormaient en hiver étroitement serrées à l’entour. Au-dessus, à de longues perches transversales placées sous la partie voûtéoe et posées comme celles d’un poulailler, on suspendait les vêtements, les armes, les peaux, etc.; pendant le temps de la moisson, les squaws y accrochaient aussi les gerbes de blé non battu; mais, en général, le seul décor de ces murs rustiques consistait en une épaisse couche de suie résultant de la fumée des feux qui n'avaient ni tirant, ni fenêtre, ni foyer; aussi les paupières irritées par l’incessante fumée n'échappaient-elles ni à l’inflammation, ni souvent à la cécité, Une autre plaie de ces habitations était celle des insectes, puis celle des enfans indisciplinés, qui y ajoutaient leur supplicet, Gelui qui pénétrait dans ces

sol, coupées de distance en distance par des espaces libres où l'on empilait les provisions. Environ à six pieds plus haut, se dressait une seconde plate-forme, occupte en général par les enfants, Une longueur de 12 à 14 pieds de ces échafaudages suffisait à une famille, et pendant l'été ils y dormaient pèle-mèêle, à plat et tout vêtus,

1. Une des meilleures descriptions des demeures huronnes et iroquoises est celle de Sagard, Voyage des Hurons, 118; voir aussi Champlain, 1627, 78; Brébeuf, Relation des Hurons, 1635, 31; Lafitau, Mœurs des sauvages, 11, 10. La description faite par Cartier, des maisons qu'il vit à Montréal, correspond à ce que nous disons ci-dessus. Quelquefois, dans les maisons construites ainsi, des divisions existaient aux deux bouts, laissant un large passage au milieu de la demeure. Les [roquois ont conservé le même mode de construction jusqu'à une période très-récente, Une très-large feuille

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INTRODUCTION, XI

demeures par une nuit d'hiver assistait à un étrange spectacle : à la lueur d'un feu éclairant l'antre fameux, il apercevait des groupes bronzés qui entouraient le foyer, cuisinant, mangeant ou s'amusant dans un oisif badinage, ou à des jeux de hasard; de hideuses squaws, courbées par soixante années de dur labeur; des guerriers grisonnants, taroués de devises belliqueuses, mêlés aux jeunes aspirants guerriers ; des jeunes filles embellies de peintures à l’ocre et d'ornements de wampum, enfin d'insupportables enfants couchés pêle-mêle avec d'aussi désagréables chiens, Les éclairs de la flamme illuminaient ces groupes divers; puis, l'éclat diminuant, bientôt tout le tableau s’éteignait et disparaissait, comme eux-mêmes allaient bientôt s’effacer de la scène de l'histoire,

Les villes fortifiées des Hurons se trouvaient toutes exposées aux incursions des [roquais; elles étaient, comme les demeures, conçues sur un plan uniforme: on choisissait un emplacement favorable à la défense, tel que le bord d’un lac, le sommet d’une colline d'accès difficile, ou la pointe de terre placée à un

d'écorce suspendue par des cordes, ou placée sur des gonds de bois, servait de porte, Sur l'emplacement des habitations huronnes détruites par le feu, la dimension, la forme et la distribution sont encore parfois distinctes dans la forme conservée par les charbons resté: debout, et par les débris d'ossements et de poteries trouvés dans les cendres,

Le docteur Tasché, le consciencieux explorateur de la contrée hurone, pendant cinq années, écrit ces lignes à l’auteur : « Les débrise les ruines que je rencontre confirment la scrupuleuse exactitude de nos anciens écrivains, A l'aide de leurs indications, j'ai pu retracer les sites des villages au milieu des forêts, et par l'étude sur place du peu de monuments archéologiques qui subsistent, comp:dre et confirmer leurs intéressantes Cescriptions des mœurs, et en particulier des rites funéraires de ces curieuses tribus, »

XIT INTRODUCTION,

confluent de rivière, Un fossé profond entourait le viage; sur le revers, on établissait plusieurs rangées de palissades en lignes concentriques et formées d'arbres dont on obtenait l'abattage en alternant par le feu qu'on y mettait et par l'attaque de la partie calcinée avec des haches de pierre; chacune des rangées s'inclinait vers la rangée opposée jusqu'à ce que, se rencontrant, elles entrassent l’une dans l’autre. Le tout était garni à l’intérieur de feuilles d’écorce; puis, au sommet, on formait une sorte de galerie extérieure pour les défenseurs, avec des gouttières en bois par lesquelles on pouvait verser des torrents d'eau et Cteindre le feu mis par les assaillants, Des provisions de pierres et des échelles d'escalade complétaient les prévisions de la défense, Les fortifications iroquoises étaient plus compliquées que celle des Hurons, et de vastes espaces dans l’État de New-York portent encore à ce jour la trace des foss“s ct de leurs revêtements,

Parmi ces tribus il n'existait pas de propriété privée, mais chaque famille avait droit, pour un certain temps, à autant de terrain qu’elle en pouvait culliver,

Le défrichement, aussi pénible que long, s’opérait au moyen d'amas de branchages empilés au pied des troncs des arbres auxquels on mettait le feu. Les squaws, bêchant au inilieu des souches consumées, y semaient les fèves, le blé, les citrouilles, le tabac, la plante appelée vulgairement soleil, et le chanvre; on n’employait ni engrais, ni méthode d’assolement, mais, à des intervalles variant de dix à trente ans, la terre étant usée et le bois de chauffage devenant rare,

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on abandonnait le campement et on allait en reformer un autre ailleurs,

Le gibier se montrait peu abondant dans ces contrées, et chez les Hurons comme chez les Iroquois, la base de la nourriture consistait en maïs cuit sans un atome de sel, sous les formes les plus détestables, Ce qui peut surprendre, au milieu d’un pays de chasse, c’est que la venaison n'apparaissait que comme un luxe des jours de festin; la chair du chien était tenue aussi en haute estime, et dans quelques villes on engraissait des ours pour les occasions solennelles, Ces tribus avaient 4 prévoyance qui manquait aux Algonquins errants, et elles faisaient un fonds de provisions pour les jours de détresse, enterrant leur blé dans des caches, comme les silos arabes, et creusées à l’intérieur ou à l'extérieur des demeures,

Quant à l’industrie, ces tribus étaient également supérieures à celles des chasseurs errants du Nord, Les femmes fabriquaient des pots en terre pour les besoins de leur cuisine; mais ceux-ci furent bien vite supplantés par les objets en cuivre importés par les Français. Leurs paillassons de paille et de roseau étaient ingénieusement tressés; elles obtenaient la filasse du chanvre par le procédé primitif qui consiste à le rouler sur les poings, et, avec ce produit, elles faisaient leurs filets; enfin, elles extrayaient de l'huile du poisson et des graines de la fleur du soleil, se servant de cette dernière pour les usages de la toilette.

Le maïs était broyé dans de lourds mortiers de bois creusés par le feu et le couteau. Les haches, les têtes de flèches et de piques en pierre cédèrent vite le pas, ainsi que les crochets de pêche en os, au fer fran-

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çais; mais les naturels conservèrent leurs boucliers de cuir de bison ou de bois recouvert de lanières fortement tressées, ainsi que leurs cuirasses en écorce entrelacée de cordelettes, dont l'usage existe encore chez quelques-unes des tribus du nord de la Californie.

Le chef-d'œuvre de l’industrie huronne était sans contredit le canot d’écorce de bouleau, si bien compris également par les Algonquins.

Les Iroquois, privés de la ressource de l’écorce du bouleau, construisaient leurs barques avec l'écorce de l'orme, mais celles-ci laissaient, pour la légèreté et la solidité, une grande supériorité aux barques huronnes.

Nul besoin de la vie ne semblait à ces peuples plus important que celui du tabac; aussi les pipes présentèrent-elles une variété infinie; les unes en terre cuite, les autres en diverses espèces de pierre, et sculptées par les hommes, souv àt avec infiniment d’habileté et de goût, pendant leurs longs mois de monotone loisir,

Une fabrication qui reste encore presque inexplicable est celle de leur wampum, servant à la fois de monnaie d'échange, d'ornement et d'archives, et dont l'usage était répandu au delà de ces tribus. Le wampum consistait en perles allongées, blanches et rouges, faites avec l’intérieur de certaines coquilles; on ne comprend pas comment, avec des outils aussi incomplets, les Indiens arrivaient à former et à percer une matière aussi dure que cassante., Cette industrie tomba rapidement, car les commerçants européens leur fournirent d'abord de meilleurs wampum ; puis les perles et les verrotcries servirent bientôt comme imitation. Enfilé en bracelets, en ceintures, en colliers, le wam-

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pum constituait l’ornement favori des filles indiennes aux fêtes et aux danses. On l’employait surtout à des usages plus graves : aucun contrat, aucune clause, ni aucun discours fait au représentant d’une autre nation, n'avait de valeur qu’étant accompagné et confirmé par le don d’un rang ou d’une ceinture de wampum, bien qu'on se servît parfois, pour ces circonstances, de peaux de castor ou d’autres fourrures précieuses, comme équivalent, Ces ceintures étaient, selon l'occasion, enfilées d’une certaine facon avec des dispositions servant d’emblèmes du traité ou du discours, et destinées à seconder la mémoire orale; on confiait la garde de ces wampums à un ou à plusieurs des patriarches de la nation, charge des plus honorables, mais fort assujettissante, puisqu'il fallait se souvenir et interpréter la signification de ces archives nationales; ces signes étaient donc pour la plupart du genre mnémonique, C’est ainsi que s’expliquaient également ceux sculptés sur des tablettes de bois ou peints sur écorce ou sur des peaux, et qui transmettaient les chansons de guerre, de chasse ou de magie!, Les Hurons avaient, comme plusieurs autres tribus, du reste, un système de peintures élémentaires et de signes convenus avec lesquels ils se transmettaient assez nettement tout ce qui pouvaitles intéresser,

Leurs vêtements se composaient généralement de peaux tannées selon la coutume du pays. Le costume des femmes était, au dire des jésuites, plus modeste

1. Des gravures spécimens de ces chants figurés ont été données dans un volumineux travail sur la condition des Indiens, publié par le gouvernement américain et édité par M, Schoolcraft ; ces spécimens sont presque tous algonquins,

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« que celui de nos plus pieuses dames de France ». Nous pensons qu’il fallait pourtant excepter de l’éloge les jeunes filles, puisqu'elles ne portaient qu'une ceinture prenant de la taille jusqu'aux genoux, et que les ornements de wampum suffisaient pour le reste de l'ajustement. Elles décoraient leurs longs cheveux noirs, pendants et ramenés en arrière, de disques de cuivre indigène, plus tard de brimborions venant de France, et souvent d’ornements repris dans les tombes. Les hommes allaient presque nus en été; dans une certaine tribu même, ils ne couvraient que leurs pieds de chaussures ou mocassins; l'hiver les voyait vêtus de tuniques et de guêtres de peau, et en toute saison, pour les occasions de cérémonie, ils revêtaient des robes de fourrure de castors ou d’autres bêtes fauves, souvent de la plus grande valeur, et qui les enveloppaient de la tête aux pieds. A l’intérieur, ces robes sont ornées de figures peintes, ou brodées avec les dards coloriés du porc-épic canadien. Les Algonquins surpassaient les Hurons dans cet art de la broderie, Quant à leur coiffure, ils adoptaient les variétés les plus extraordinaires; tantôt relevée, serrée d’un côté et flottante de l’autre, tantôt leurs cheveux étaient absolument rasés, à l'exception de quelques mèches chéries et réservées, pendant que d’autres, les retroussant à racines droites, semblaient porter sur leur tête un dos d'hyènet!, Leur grande toilette était accompagnée de peintures d’ocre, de craie blanche, de suie et du jus cramoisi de certaines graines, Ils se tatouaient,

1, Le Jeune, Relation, 1633, 35, « Quelles hures! » s'écrièrent les Français stupéfaits, et de là le nom de Hurons,

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