‹ Les pionniers français dans l'Amérique du Nord [microforme]Chapitre 82 sur 117 · EE · texte numérisé non relu

EE

re te

dans les plaines de neige de l’Acadie, où Champlain dressait, il est vrai, le drapeau fleurdelisé sur les rochers de Québec. A ces faibles éléments se réduisaient les messagers envoyés par la civilisation dans ces immenses régions ; mais loin de comprendre leur haute mission, non contents des misères inévitables de leur situation, ces débris de nationalités rivales se disputaient jalousement le moindre empiétement sur chacun des arpents d’un domaine que toutes les nations de l’Europe eussent été insuffisantes à couvrir.

Un soir, que les tristes tenanciers de Port-Royal se trouvaient mélancoliquement réunis, Biard sembla réellement avoir le don de prophétie. Il demanda à Biencourt de faire distribuer à la compagenie le peu de vin qui lui restait; proposition agréable aux assistants, mais à laquelle le jeune amiral n’accorda qu’à regret son consentement. Le vin une fois apporté, un murmure de satisfaction s’éleva, et le jésuite annonça qu'une voix intérieure lui prédisait l’arrivée, dans un mois, d’un vaisseau de France. Dans le fait, ce fut au bout d'une semaine : le 23 janvier 1612, un navire leur apportait les provisions si souhaitées, mais avec elles une cargaison plus ample encore de ferments de discorde !

hamplain é sur les se rédnition dans ndre leur névitables és rivales siétement ue toutes fisantes à

ort-Royal ard seme, Il deà compaoposition le jeune ent. Le tisfaction ntérieure vaisseau d'une seapportait une carscorde !

C'était bien là le secours envoyé par Poutrincourt, mais à quel prix! Une série de voyages ruineux avait épuisé son crédit, et pourtant, pouvait-il laisser son fils et ses amis périr sans espoir! L'aide vint le chercher, et, dans l'extrémité où il se trouvait réduit, il fallut l’accepter, bien qu’elle fût due à madame de Guercheville et aux conseils des jésuites, Elle offrait d'acheter la part de Poutrincourt dans l’entreprise pour la somme de mille pistoles ; mais ses propositions ne se bornaient pas là : pendant ce ten; la fortune de de Monts était tombée aussi bas que celle de Poutrincourt, et il consentit à transférer à la marquise ses droits sur l’Acadie, auxquel: le jeune roi Louis XIIT ajoutait le nouveau don de tout le territoire de l'Amérique du Nord depuis la Floride jusqu’au Saint-Laurent. C'est ainsi que ‘ielques traits de plume rendaient madame de Guercheville, et les jésuites sous son nom, propriétaires des futurs États-Unis et des provinces anglaises actuelles. La nouvelle colonie anglaise de la Virginie même y était comprise, sans autre forme, ainsi que les maisons de commerce hollandaises de New- York. Port-Royal, dont on ne pouvait priver l’infortuné Poutrincourt, puisque c'était une donation

confirmée par le roi, devenait une enclave dans cet

immense territoire, et les propriétaires espéraient bien, selon leur propre témoignage, « lui en faire comme une prison. »

La concession était néanmoins formulée en termes tellement vagues qu'il put réclamer, lui, la suzeraineté d’une portion considérable du territoire; de là, matière à des difficultés interminables, sans compter que les deux intérêts allaient suivre des voies tout opposées, Poutrincourt ne pensant plus qu'aux profits à tirer du commerce des pelleteries, et les jésuites voulant transformer l’Acadie en une mission digne de celles du Paraguay.

Lorsque le vaisseau jeta l'ancre, ce fut avec colère et découragement que Biencourt vit débarquer un nouveau père; celui-ci était Gilbert du Thet, frère lai, fort versé dans les affaires d'administration, et délégué comme tel par madame de Guercheville pour la conduite de ses intérêts, L'agent de Poutrincourt se trouvant aussi à bord, dès le même jour leurs querelles éclatèrent. Après maintes alternatives de guerre et de trêves, l'éclat eut lieu; les jésuites, bravant l’autorité de Biencourt, se réfugièrent sur les navires, annonçant qu'ils repartaient pour la France. Biencourt, exaspéré d’un pareil exemple d'insubordination, leur intima l’ordre de débarquer,

RSS CRÉÉ EEE CS)

espéraient i en faire

en termes A suzerai= ire; de là, 1s compter voies tout aux profits es Jésuites ion digne

vec colère arquer un het, frère ration, et eville pour trincourt our leurs atives de s Jésuites, èrent sur pour la exemple ébarquer,

LES JÉSUITES EN ACADIE, 227 ajoutant que puisque la reine les avait confiés à lui, il ne devait pas leur laisser quitter sa protection; les pères répondirent par une excommunication, et le Sagamore Louis, fils de Membertou, oublieux de sa fraîche conversion, offrit, dans son indignation, de les aller tuer ; mais Biencourt, lui refusant l’autorisation de mettre ainsi fin à ces conflits, réitéra, au nom du roi, l’ordre aux dissidents de revenir au fort. Après de nouvelles menaces de Biard, et des invectives fâcheuses adressées au vice-amiral, son courroux se calma; lui et ses confrères descendirent à terre, mais, pendant trois mois, aucun d’eux ne voulut accomplir aucune fonction ecclésiastique‘. Ils s’adoucirent à la fin, se remirent à dire la messe, et firent quelques avances qui furent b'en reçues ; on se réconcilia mutuellement, et Biard demanda alors qu'il fût permis au frère du Thet de retourner en France sur l’un des navires de commerce faisant le voyage; sa pétition accordée, il écrivit à Poutrincourt une lettre où il louait la conduite de son fils, et la remit à Gilbert du Thet qui l’emporta.

1. Lescarbot (1618), 676. Biard passe cet incident sous silence (voir Carayon); d'ailleurs sa correspondance avant cette époque est toujours favorable à Biencourt et à Poutrincourt.

ts

RS

Page 1