LE RÊVE
Lascars, presque seul entre tous, se conduisit avec la convenance la plus parfaite. Sa corttenance fut sérieuse, sa physionomie exprima la tristesse et les regrets pendant toute la durée de la lugubre cérémonie, enfin il prononça, près de la tombe ouverte, quelques paroles pleines d’émotion et vraiment éloquentes dans leur simplicité. Lorsque les dernières pelletées de terre eurent comblé la fosse, que devait recouvrir un peu plus tard un splendide monument de marbre noir, Lascars se retira le dernier, et, après avoir passé au logis qui lui servait de pied à terre, et s’être muni de divers papiers, parmi lesquels se trouvaient son acte de naissance et celui de Pauline Talbot, il reprit le chemin de Bougival. Sauvageon l’accompagnait. Ce digne serviteur, quoique riche de vingt mille livres données le matin même par Lascars, avait consenti de fort bonne grâce — (moyennant la promesse d’une nouvelle gratification) — à ne se
séparer de son maître que dans quelques jours, et par conséquent à retourner au Moulin-Noir avec lui. Roland, nos lecteurs le comprennent facilement, n’avait plus désormais qu’une idée fixe, celle de hâter, autant que cela dépendrait de lui, un mariage qui devait le rendre trois fois millionnaire ; — il annonça donc à Pauline que dès la semaine suivante il la conduirait à l’autel, et il alla aussitôt après trouver le curé de Bougival pour solliciter de lui la dispense de deux bans, et pour lui porter les papiers relatifs à l’unique publication qui fut indispensable. A l’époque où se passaient les faits que nous racontons, le mariage civil n’existait pas encore, et c’était seulement à l’autorité ecclésiastique qu’il appartenait de consacrer et de légitimer les unions. Lorsque Lascars eut quitté la maisonnette du Bas- Prunet, madame Audouin ne songea point à dissimuler les transports de la joie exaltée, exubérante, -qui s’était emparée d’elle en apprenant la nouvelle apportée par lui. Pendant plus d’une heure cette vénérable matrone eut véritablement l’air d’une folle ; — elle ne pouvait se tenir en place ; — elle frappait dans ses mains ; — elle embrassait Pauline de minute en minute, et elle répétait, d’une façon toujours identique, mais avec les intonations les plus variées :
— Il va donc luire enfin, ce jour trois fois béni où je verrai ma fille chérie mariée ! — où je la verrai heureuse ! — où je la verrai baronne!.. — Quand j’aurai atteint le soir de ce jour d’allégresse, Seigneur, appelez-moi près de vous 1... — Tirez-moi de ce monde !... — je n’aurai plus rien à faire ici-bas !...
Pauline, nous le savons, était bien loin de partager ces
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transports et cette exaltation délirante... Elle avait promis ; elle ne songeait point à revenir sur la parole donnée ; elle s’était librement fiancée à Lascars ; — elle se disait que librement elle deviendrait sa femme, mais die savait bien que lorsque sonnerait l’heure suprême du mariage, lorsqu’elle aurait à prononcer devant Dieu le oui solennel, il n’y aurait au fond de son cœur, au lieu d’amour, qu’une douce et calme résignation. >
— J’aimerai mon mari comme on aime un frère... — se disait-elle avec une ingénuité touchante, n’est-ce pas assez pour le rendre heureux ?...
Le reste de la semaine s’écoula. Il avait été convenu entre Lascars et le curé de Bougival que la publication des bans aurait lieu le dimanche suivant et que le mariage se- . rait célébré le mardi. Boland partit pour Paris le vendredi soir; il revint le samedi, apportant à sa fiancée une robe de noces, de soie blanche, recouverte de merveilleuses dentelles d’Angleterre, et un voile d’une richesse incomparable. La couronne et le bouquet joints à k celte parure étaient des chefs-d’œuvre, et, sur les pétales des fleurs d’orangers symboliques, de petits diamants figuraient des gouttes de rosée. La robe, le voile, le bouquet et la couronne valaient au bas mot vingt-cinq mille livres.
Pauline admira sincèrement ces merveilles princières, puis, après avoir témoigné son admiration, elle ajouta :
— Seulement c’est trop beau, trop riche surtout, pour une pauvre fiancée comme moi...
— Chère Pauline — répondit Lascars, en jetant un regard presque passionné sur le divin visage de la jeune fille, qu’une légère pâleur rendait plus adorable encore, pour
vous rien n’est trop beau... — pour vous rien n’est trop riche... — je voudrais être roi afin de mettre à vos pieds des parures de reine...
Ces paroles prononcées d’une voix émue par le baron, qui, tout en parlant, courbait le genou devant Pauline comme devant une image sainte, remplirent d’un trouble délicieux l’âme de la jeune fille. Pour la première fois il lui sembla sentir se fondre à demi les glaces de son cœur, et elle se demanda bien bas, en regardant Lascars à la dérobée :
* — Pourquoi ne l’aimerais-je pas plus qu’un frère ?
Le même soir, après le départ de son fiancé, elle essaya, avec l’aide de madame Audouin, la robe blanche des vierges épouses. — Elle attacha sur ses cheveux blonds le long voile de dentelle ; — elle se couronna des fleurs d’oranger ; elle fixji sur son sein le bouquet virginal. Quand cette toilette fut achevée, madame Audouin se recula de quelques pas, et, levant les yeux et les mains vers le ciel, elle s’écria avec une extase véritable :
— Mon Dieu !... mon Dieu !... que tu es belle, ma Pauline!... Ah ! tous les anges du paradis peuvent descendre de là haut ! je suis bien sûre qu’ils ne seront pas si beaux que toi !...
La jeune fille, souriant et rougissant à la fois, se regarda dans le petit miroir que madame Audouin s’empressa de lui présenter, et, malgré sa modestie naturelle, force lui fut de s’avouer à elle-même que, si la bonne dame exagérait, du moins elle n’exagérait pas beaucoup. Pendant toute la journée du dimanche, Lascars, avons-nous besoin de le dire, ne quitta pas la petite maison de Bas-Prunet. — Une
sorte de transformation s’opérait auprès de Pauline dans l’âme bronzée et dans le cœur dé marbre du bandit-gentilhomme .. — Il subissait à son insu l’ascendant de cette nature d’une pureté idéale... — une tendresse toute différente des brutales passions qu’il avait éprouvées jusqu’à ce moment s’emparait de lui... — Enfin il oubliait presque la grande fortune de l’orpheline et ne voyait plus en, elle qu’une délicieuse et timide enfant qui, le surlendemain, serait sa femme... Cette journée passa comme un éclair, pour Pauline aussi bien que pour Lascars, et, le soir venu, la jeune fille en posant sa tête sur l’oreiller et en s’endormant, se sentit plus heureuse qu’elle ne se souvenait de l’avoir été depuis son enfance. Pourquoi donc, le lendemain matin, à son réveil, était-elle pâle comme une morte ? — Pourquoi donc un large cercle d’azur estompait-il le contour de ses grands yeux noirs?... — Pourquoi donc, enfin, son regard, si doux et si calme d’habitude, exprimait-il une sorte d’égarement ? C’est que Pauline avait fait un rêve étrange et poignant, un rêve dont le souvenir, loin de s’effacer à la manière des vapeurs nocturnes que dissipe un rayon de soleil, devenait d’instant en instant plus distinct, et prenait une netteté si grande que la jeune fille, dans son trouble, avait peine à se persuader que ce songe bizarre et de funeste augure ne fut point la réalité elle-même. Le rêve avait reporté d’abord Pauline au milieu des scènes effroyables de la rue Royale pendant la nuit du 30 mai... — elle avait vu tomber son père sous ses yeux... — elle avait lutté contre les bandits qui voulaient la séparer du corps sanglant du veillard et l’entraîner avec eux... — elle allait succomber à ses violences, elle allait mourir sans doute,
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lorsque s’était montré à elle soudainement, comme une apparition rayonnante, comme un héros féerique des temps chevaleresques, ce beau gentilhomme inconnu dont le souvenir la poursuivait encore si peu de temps auparavant... Pleine de confiance, de reconnaissance, d’enthousiasme, elle se suspendait au bras de ce sauveur que Dieu lui envoyait, et qui lui disait à voix basse, avec un accent d’ineffable tendresse : — Suivez-moi sans crainte, Pauline, votre père vous sera rendu... — Elle marchait à ses côtés, et il lui semblait qu’à chaque pas qu’ils faisaient ensemble, le péril s’éloignait pour ne plus revenir, le tumulte s’apaisait et la sérénité la plus douce sucéédait à l’épouvante la plus profonde. Tout à coup Pauline sentit de nouveau son cœur se serrer, et ses angoisses un instant dissipées, renaître. Un ennemi inattendu se dressait devant la jeune fille et devant son généreux sauveur. U était seul, mais plus terrible, plus dangereux à lui seul que tous les "autres ensemble. C’était Lascars.
— Place 1 lui criait, l’épée haute, le gentilhomme inconnu.
Et Lascars répondait :
— Vous ne passerez pas !
Pauline, alors éperdue, baignée d’une sueur froide, incapable de se mouvoir, incapable de pousser un cri, assistait à l’un de ces combats formidables que l'on rencontre à chaque page dans les chroniques et dans les légendes du moyen-âge. Lascars et l’inconnu s’attaquaient avec une impétuosité haineuse à laquelle le rêve de la jeune fille donnait des proportions fantastiques. — Les ténèbres se faisaient autour des deux hommes, ténèbres profondes, éclai-
rées seulement par les grandes flammes bleues qui jaillissaient des épées entrechoquées. — Ces lueurs effrayantes montraient à Pauline des corps déchirés, des blessures béantes d’où le sang coulait à flots. Soudain, et avec celle absence complète de logique et d’enchaînement qui est l’un des caractères distinctifs des actions auxquelles on assiste dans les songes, — la scène changeait ; — l’inconnu n’était plus là ; — une lumière éclatante inondait un ciel sans nuages et Pauline marchait lentement, à côté de Lascars, au milieu de campagnes d’une fraîcheur délicieuse. Le baron se penchait vers la jeune fille ; — il murmurait tout bas à son oreille des paroles d’amour, il lui donnait le doux nom de fiancée, et, à mesure que l’orpheline l’écoutait, l’image du gentilhomme inconnu devenait de plus en plus vague dans sa pensée, sans cependant s’effacer entièrement. Encore une fois la scène changea. Pauline vêtue de blanc, portant le voile, la couronne et le bouquet de mariée, accompagnait Lascars à l’église où la messe des noces allait se célébrer. — Quelques pas à peine la séparaient encore du portail ; — elle voyait les cierges allumés sur l’autel ; — elle voyait 1 la vapeur parfumée de l’encens monter vers la voûte en nuages bleuâtres. Alors elle entendit une voix derrière elle, une voix douce, et ferme pourtant, qui fit bondir son cœur... — Cette voix disait : Pauline, as-tu donc oublié?... — ne, sais-tu plus que nous nous aimons?.... — Pauline, je t’appartiens et tu dois m’appartenir... — Arrête, il en est temps encore !... — au nom de notre amour, au nom de ton bonheur... garde-toi! garde-toi pour moi !... L’orpheline se retournait frémissante et voyait la noble figure du gentilhomme inconnu
dont le regard était suppliant, mais qui, comme entraîné par une force invisible, s’éloignait d’elle en lui tendant les bras.
— Reste... — balbutiait-elle... — ne t’en vas pas, si tu veux me sauver.
— Garde-toi! répétait-il, garde-toi ! je reviendrai.
— Ah ! — dit Pauline — il sera trop tard.
— Oui, trop tard!... — s’écria le baron d’une voix sombre, — trop tard !... car tu es à moi, et rien au monde ne saurait t’arracher de mes mains!...
Au même instant l’église disparut; — un site désolé, d’un aspect sinistre et terrible, remplaça la verte campagne. — Devant l’orpheline un abîme se creusa, plein de sombres vapeurs sous lesquelles on entendait mugir un torrent qu’on ne voyait pas. Pauline sentit son sang se glacer dans ses veines ; une inexprimable terreur s’empara de tout son être; — elle voulut reculer; elle voulut fuir... Lascars saisit ses mains meurtries et la traîna vers le gouffre en lui disant :
— Tu ne m’échapperas pas !... — Regarde! voilà les domaines dont tu seras la dame et la maîtresse !.. — viens avec moi, viens, ma fiancée... viens ma femme !
— Au secours ! cria Pauline d’une voix défaillante — au secours ! il me tue !
Lascars lui répondit par un éclat de rire infernal. La malheureuse se débattit sous l’implacable étreinte... — elle espérait encore... — elle espérait toujours... — l’inconnu n’avait-il pas dit: garde-toi, je reviendrai !... Elle lutta malgré sa faiblesse... — elle lutta longtemps!... Lascars grinçait des dents et redoublait d’efforts... — Pauline s’é-
puisait... De minute en minute, de seconde en seconde, la distance qui la séparait de l’abîme se faisait plus étroite. Soudain son cœur cessa de battre... La terre manqua sous ses pieds, elle se sentit rouler dans le vide...
En ce moment l’orpheline ouvrit les yeux. — Il faisait grand jour. — Elle vit au-dessus de sa tête le bénitier de faïence que couronnait l’image de la Vierge ; — elle vit en face de son lit, les meubles grossiers mais propres de sa chambrette. Elle entendit, dans la pièce voisine, les allées et les venues de madame Audouin qui retrouvait presque son activité juvénile pour mettre en ordre le pauvre ménage. La première pensée fut une pensée d’action de grâces.
— Mon Dieu, — murmura-t-elle, — je vous remercie ! soyez béni ! ce n’était qu’un rêve !...
Mais, presque aussitôt elle ajouta :
• — Pourtant, si c’était un présage !...
Pendant quelques minutes, elle se plongea dans une muette et sombre rêverie, puis, comme les souvenirs du monstrueux cauchemar auquel nous avons assisté, amenaient à leur suite de nouvelles angoisses en même temps qu’une défaillance presque complète de l’esprit et du corps, elle essaya de les mettre en fuite, ou du moins de leur donner le change en forçant sa pensée à se porter sur d’autres objets. Elle quitta ce lit qui venait d’être pour elle, pendant toute la nuit, une véritable couche d’agonie ; — elle revêtit rapidement une robe du matin, et elle alla rejoindre madame Audouin. L’excellente femme était dans le jardin. Elle glanait çà et là quelques fleurs devenues rares, les der
nières de la saison, pour en garnir les deux vases qui formaient l’unique ornement de la maisonnette. En voyant venir Pauline elle poussa une exclamation de joie, qui se changea en un cri de surprise presque douloureuse lorsqu’elle regarda la jeune fille avec attention.
— Ah! grand Dieu, mon enfant chéri, balbutia-t-elle — qu’as-tu donc ? est-ce que tu es malade ce matin ?
— Non, ma bonne Audouin, pas le moins du monde...
— répondit l’orpheline en appelant sur ses lèvres pâles un sourire un peu contraint, pourquoi donc me demandes-tu cela ?
— Parce que tu as ta pauvre figure toute bouleversée...
— tu me fais peur !... ça ne peut pas être naturel... Je suis sûre que tu souffres... — voyons, ne me fais point de petits mystères... — dis-moi bien vite ce que tu as... — Car enfin tu as quelque chose.
— Je n’ai rien, je te l’affirme... — Seulement j’ai dormi d’un sommeil troublé... J’ai fait de mauvais rêves.
— Pauvre chère enfant, c’est donc cela ! mais tu sais qu’il ne faut nullement croire aux rêves... — la religion le défend, et, d’ailleurs, les explications que certaines gens prétendent en donner, et les présages qu’ils en tirent, ce sont des contes de bonnes femmes, pas autre chose... — tu as trop d’esprit, ma chérie, pour te laisser influencer par des songes en l’air... — Voyons, raconte-moi les tiens, et je me charge de te prouver, très -clairement, qu’il en faut rire...
Après une ou deux secondes d’hésitation, Pauline répondit, en rougissant involontairement de ce mensonge :
— Je ne saurais te les raconter, car c’est à peine si je m’en souviens...
— Ah ! tu les as oubliés si vite !... — Eh bien, tant mieux, après tout... — l’impression ne durera guère... — Elle s’efface déjà, je le vois, car tu étais pâlote il n’y a qu’un instant, et voici tes jolies couleurs qui reviennent...
Pauline garda le silence. — La douce entant, qui ne disait jamais que la vérité, venait de mentir à sa gouvernante. — Pourquoi ? — c’est qu’il aurait fallu, pour raconter son rêve, parler du gentilhomme inconnu, et rien au monde n’aurait pu l’y décider.
— Ma belle mignonne, reprit madame Audouin, — deviens raisonnable tout à fait... Ya te coiffer et fais ta toilette... — nous déjeunerons ensuite... d’un moment à l’autre monsieur le baron peut arriver... il viendra de bonne heure aujourd’hui, la chose est plus que certaine... Songez que c’est demain le grand jour !... — Allons, chère petite baronne, embrassez-moi vite, et dépêchez-vous...
Les dernières paroles de la gouvernante firent renaître toutes les angoisses de Pauline en lui rappelant que son mariage devait être célébré le lendemain. Elle baissa vivement la tête afin de cacher les larmes qui venaient gonfler ses paupières, puis, reprenant le chemin de la maisonnette, elle regagna sa chambre, elle se jeta sur son lit, le visage caché dans l’oreiller, et pendant quelques minutes elle sanglota avec une violence et une amertume inexprimables. Les larmes la soulagèrent un peu. Elle se souvint que le temps passait; — alors, secouant l’immense découragement qui venait de s’emparer d’elle, elle commença sa toilette, baigna d’eau fraîche sa figure gonflée, ses paupières
rougies, peigna ses longs et magnifiques cheveux blonds, les tordit négligemment derrière sa tête, et agrafa autour de sa taille ronde et souple le corsage de sa robe de laine brune. Celte toilette achevée, Pauline se laissa tomber sur une chaise, et de grosses larmes recommencèrent à couler, une à une, le long de ses joues. Les souvenirs de la nuit . revenaient l’assaillir... — Elle revoyait le visage pâle et menaçant de Lascars penché sur elle, comme dans son rêve, et elle se sentait entraînée de nouveau par lui vers l’abîme insondable, tandis que la voix affaiblie de l’inconnu murmurait vaguement à son oreille :
— Garde-toi ! je reviendrai !
Tout à coup, un flot de sang monta de son cœur à son front, son visage se releva, empreint d’une résolution frappante, et, sous la double rangée de ses longs cils humides, un éclair s’alluma dans ses prunelles de velours noir.
— Pourquoi m’abandonner ainsi, — se dit-elle — à de vaines terreurs, à de lâches faiblesses?.. — rien n’est désespéré, puisque rien n’est fini... — je suis encore maîtresse de moi..* — je n’ai point dépassé la limite fatale où reculer devient impossible... — La vision de cette nuit était-elle un présage?., je veux le savoir, et je le saurai...
Aussitôt elle jeta sur ses épaules une mante de couleur sombre dont le capuchon rabattu cacha presque entièrement son visage. Elle épia madame Audouin ; — elle profita du moment où la bonne dame tournait le dosa la maisonnette,
— elle ouvrit sans bruit la porte du jardin et elle s’achenfina, d’un pas rapide, dans la direction de Bougival.