J. Pellisson. loc. cit., p
Le plus ancien placard rennais que je connaisse : 1736, et ceux des années suivantes, ont Tornementation sobre que signale M. Pellisson. Elle consiste chez nous en un crâne accompagné de fémurs croisés en sautoir, placé en tête de la feuille de papier et en un V orné d'attributs funéraires commençant le texte.
Mais on voit coexister ce modèle avec un type plus compliqué : Tencadrement symbolique.
Parmi toutes les pièces que j'ai vues, la première portant un encadrement est de 1748. On en a d'ailleurs exagéré le caractère macabre : la bordure qui a 83""" de largeur présente sur fond noir entr'autres attributs : deux grands squelettes renversant des sacs d'écus...
Il me souvient qu'en mes jeunes années je prenais un craintif plaisir à contempler un placard exposé au Musée, dans l'une des salles d'Iconographie bretonne. Son image ne s'est pas effacée de ma mémoire : je crois me rappeler qu'il était entièrement gravé sur bois, texte et dessin ; il était imprimé sur un papier très jauni, sinon franchement jaune et ses grands squelettes avaient un air de parenté avec ceux de la pièce que je viens de citer.
Cette pièce était-elle rennaise? Qu'est-elle devenue? A-t-elle été la proie de quelque amateur sans scrupule? Je le crains, car elle disparut un beau jour. Si le remords pouvait saisir son détenteur illégitime , si cette perle pouvait être restituée ,
on n'emporte dans la tombe ni l'or, ni les collections.
Peu à peu, les mœurs en devenant moins rudes et, sans doute aussi, le courage diminuant d'envisager la réalité en face, l'emblème de cette mort, à
laquelle nul ne peut échapper, prit des dimensions plus restreintes. On en fit un motif accessoire, perdu parmi dautres ornements et il finit par disparaître tout à fait. La figure humaine remplaça le masque grimaçant de la « camarde » et symbolisa la douleur, le souvenir, féternité, les trois vertus théologales, les habitants ailés des régions célestes.
La période romantique nous donna un encadrement c( à la cathédrale; » ce fut la dernière transformation.
Enfin le mauvais goût (et aussi la question économique) substituèrent à toute décoration artistique la simple bordure noire, qui, elle, loin de disparaître, prend de jour en jour des proportions de plus en plus exagérées.
Je viens d'écrire décoration artistique; en effet, si le grand Art a dédaigné le papier de deuil (et c'est dommage), il y a là un art trop peu connu. Qu'on en fasse si Ton veut une catégorie de l'art populaire, il tiendra honorablement sa place, et, déjà l'attention des iconophiles est éveillée : je ne veux pour preuve que l'ardente recherche dont le billet d'enterrement est l'objet et le prix qu'il atteint*.
1. La Société archéologique et historique « Le Vieux Papier, » à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir, a publié dans son Bulletin de très intéressants articles sur la matière, dus à MM. J. Pellisson et Vivarez. C'est là que j'ai puisé Tidée d'entreprendre cette étude.
oici le moment, et je le saisis bien volontiers, craclresser mes remerciements aux personnes dont r obligeance m'a permis de joindre à la description des pièces de ma collection, celle des trésors qu'ils gardent, possèdent ou connaissent : M. P. Parfouru. Archiviste du département d'Ille-et-Vilaine, M. L. Decombe, Directeur du Musée archéologique, M. F. Sacher, Conseiller municipal.
Grâce à leur aimable concours, je pourrai donner une nomenclature de 125 placards, comprenant 41 variétés et formant une série presque ininterrompue de 1736 à 1853, plus d'un siècle I
Je l'ai indiqué plus haut : je ne connais pas de pièce antérieure à 1736, ce qui ne veut pas dire que ce soit seulement à cette date que remonte le placard rennais, mais jusqu'ici personne n'en a produit de plus ancien.
Les lettres de deuil peuvent se diviser en trois catégories :
r Les invitations aux obsèques (convoi ', inhumations);
1. « Un convoy d'enterrement, c'est la compagnie de ceux qui assistent
T Les invitations aux services- qui suivent les obsèques ;
3° Les faire-part de décès.
Je confondrai les deux premières, qui sont à peu près semblables comme format et ornementation, et je m'occuperai à part de la troisième.
Type 1 1736
Messieurs et Dames,
T7 0US êtes priez d'assister au service de Noble Homme V Guillaume-Alexis MOLIÈS , sieur DE LA SALLE, décédé en sa Maison près les Gordeliers le lundy neuvième juillet mil sept-cens trente-six, qui se fera demain samedy vingt-unième desdits mois et an, à huit heures du matin en l'Eglise et Paroisse de Saint-Germain, où il a été inhumé.
De Profundis.
C'est de la part de Madame son Epouse et de toute la Famille.
(Arch. dép. d'Ille-et- Vilaine.)
Trois pièces semblables, de 1736 à 1746, existent aux Archives.
Les tailles de la gravure des crânes, fémurs et vignettes du V sont un peu différentes de celles du type 4.
à un enterrement. Vous êtes priés d'assister au convoy, service et enterrement. Il y a deux sortes de convois : l'un général, et c'est lorsque tous les Ecclésiastiques habituez d'une Parroisse accompagnent un corps qu'on porte en terre. L'autre s'appelle convoy de chœur et c'est lorsqu'il n'y a que les Ecclésiastiques qui composent le chœur de la Parroisse qui accompagnent le corps, » (Furetière.)
2. « Service se dit d'une messe haute qu'on chante pour un mort, à laquelle on invite les parens et amis. On est prié d'assister au convoy, service et enterrement d'un tel, ou service du bout de l'an. On a fait dire des services pour luy en plusieurs églises. Les crieurs appellent un service complet, une messe haute, des vigiles la veille et six messes basses. » (Furetière.)
Type » 1737 PI. f