‹ Les plaideurs (volume 2)Chapitre 128 sur 129 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Savez-vous que j'étais un compère * autrefois ? On a parlé de nous.

ISABELLE

Ah ! Monsieur, je vous crois

DANDIN

Dis-nous : à qui veux-tu faire perdre la cause ^ ? 845

ISABELLE

A personne.

DANDIN

Pour toi je ferai toute chose.

Parle donc.

ISABELLE

Je vous ai trop d'obligation.

DANDIN

N'avez-vous jamais vu donner la questions?

i. Un joyeux vivant.

2. Oa lit dans le Roman bourgeois (I, 79) : « Lucrèce était belle et avait beaucoup d'amis de gens de robe, qui lui pouvaient faire gagner sa cause, quelque mauvaise qu'elle fût, » La Biinère n'était pas persuadé que les magistrats fussent incorruptibles, lorsqu'il écrivait : «Il n'est pas absolument impossible qu'une personne qui se trouve dans uue grande faveur perde un procès. » Il avait écrit déjà un (leu plus haut {De quelques usages) : « Combien d'hommes qui sont forts contre les faibles, fermes et inflexibles aux sollicitations du simple peuple; sans nuls égards pour les petits; rigides et sévères dans les minuties ; qui refusent les petits présents (Cela n'est pas le cas de Dandin...), qui n'écoutent ni leurs parents ni leurs amis, et que les femmes seules peuvent corrompre.»

3. La réserve d'Isabell-i donne un certain embarras à Dandin, qui cesse de la tutoyer. Quatre ans après les Plaideurs, Thomas Diafoirus dira (Malade imaginaire, II, 6) à Angélique : «Je vous invite à venir voir, l'un de ces jcurs, pour vous divertir, la dissection d'une femme. » Furetière dans son Romnn bourgeois (II, 66) nous disait déjà que le juge Belastre, épris de Collantine, « lui faisait bailler place commode dans les lieux publics pour voir les pendus et les roués qu'il faisait exécuter. » A propos de la question, on lit dans les Remarques du droit français (1657) : «Pour pouvoir ordonner la question, il faut qu'il y ait semi-preuve, ou qu'il y ait des présomptions contre l'accusé, qu'il soit à demi convaincu. Incontinent après le jugement de la torture et question, on doit le mettre à exécution, si l'accusé n'en appelle; que s'il en appelle, le juge doit déférer à ce appel, parce que la question est une demi-mort, et qu'elle est beaucoup plu* cruelle qu'un bannissement perpétuel, puisqu'un banni peut obtenir des lettre» de commutation de peine, au lieu qu'un accusé étant une fois appliqué . Is question et dans les tourments, il n'est plus reçu à en appeler... S'il confesse la crime, il doit aller au supplice, encore que dans son interrogatoire il eût avoue autrement que dans la torture; car la confession dans la torture est piulôt crue que toute autre, quia veritatem magis exfjvimunt tormenla, dit saint Jérôme., a En outre, si un accusé est coudanmé à murt pour un crime connexe, c'est-à-dir. dans lequel il ait eu des compagnons, lesquels soient inconnus à justice, et donc elle ne soit point saisie... le condamné à mort ou celui (s'il y en a plusieurs) que l'on nomme caput sociorum peut être condamné et appliqué à la question pour découvrir ses complices » (p. 495-496). On sait gré à Racine de s'être élevé cor.tre cet usage odieux dès 1663, lorsqu'on songe que la question ne fut abolie que sous Louis XVI. Le fameux jurisconsulte Pothier, qui écrivait au dix-huitième siècle, et que l'on consi lérait cumme un saint, a laissé un commentaire froid et glacé sur les dispositions des ordonnances qui organisaient tous les degrés de la question j la seule protestation que l'esprit de profession lui ait permis de fair^

ISABELLE

Non ; et ne le verrai, que je crois, de ma vie *•

DANDIN

Venez, je vous en veux faire passer l'envie. 850

ISABELLE

Hé ! Monsieur, peut-on voir souffrir des malheureux ?

Bon ! Cela fait toujours passer une heure ou deux K

CHICANNEAU.

Monsieur, je viens ici pour vous dire...

LÉ ANDRE

Mon père, Je vous vais en deux mots dire toute l'affaire : C'est pour un mariage. Et vous saurez d'abord ' 855

Qu'il ne tient plus qu'à vous *, et que tout est d'accord. La fille le veut bien ; son amant le respire * ; Ce que la fille veut, le père le désire. C'est à vous de juger.

DAN D IN, se rasseyant.

Mariez au plus tôt .

Dès demain, si l'on veut; aujourd'hui, s'ille faut. 8C0

LÉANDRE

Mademoiselle, allons, voilà votre beau-père : Saluez-le.

CHICANNEAD.

Comment?

D AND IN

Quel est donc ce mystère ?

Ce que vous avez dit se fait de point en point.

était une protestation muette : il se dispensait d'assister aui séances de la torture. La Bruvère avait joint cependaut sa plainte à celle de Racine : ■ La question est une in\ention aierveilleuse el tout à fait sûre pour perdre un homme «jui a la compleiion faible, et sauver un coupaMe qui est né robuste. » (De quelques usages.) En 1697, on envoya à tous les sièges présidiaux et royeui ressortissants au parlement de Paris uneinstruction sur la manière de donner la question, dont les détails font frémir.

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