‹ Les plaideurs (volume 2)Chapitre 40 sur 129 · SCENE i · texte numérisé non relu

SCENE i

PETIT JEAN, traînant un gros sac * de procès.

Ma foi, sur l'avenir bien fou qui se fiera ^i

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera'.

Un juge, l'an passé, méprit à son service;

Il m'avait fait venir d'Amiens pour être Suisse *.= /v^''''^

Tous ces Normands voulaient se divertir de nous' : 5

i. On mettait jadis les pièces d'un procès daus un sac; le dossier a rem* __--

placé le sac. ' ~^^' » -' •> Ô ■ -■• ,'^'j/itvy : tyy, ^ac- ^ vthic ,,» , o/ ^ €t/r jftAAyf <^

2. Le chœur dira dans Athalie (II, ix) "* f*'- 'i' /«'^-^^ '' ■

Sur raveiiir insensé qui se Ge.

Un seul mot est changé, et le style comique est devenu style noble

3. On Ht dans les Estais historiques sur Paris de Saiut-Foix (1698-i77B^ une phrase, qui permet d'attribuer a ce vieux provei Ije une ( rigine ecclésiastique : • Le curé de Saint-Méry.... le faisait condamner à ftiire amende honorable, un dimanche, à la porte de la paroisse, pour avoir mangé de la viande le vendredi... r {Œuvres, lll, 302.)

4. On sait que les rois de France avaient auprès d'eux des mercenaires suisses; on les payait fort cher, et, si la solde était en retard, ils s'en allaient. « Un jour que Pierre Stupa, colonel du régiment des gardes suisses, était présent, Louvois dit a Louis XIV qu'avec l'or et l'argent que les Suisses avaient reçus des rois de France on pourrait | aver une chaussée de Paris à Bâle. « Cela peut être vrai. Sire, répliqua le colonel; mais si l'on pouvait rassembler tout le sang que ceux de ma nation ont versé pour le service de Votre Majesté tt de se> prédécesseurs, on pourrait en faire un canal puur aller de Bàfe à Paris. » Qaand les Suisses étaient vieux, on les nommait gardiens dans les châteaux royaux ; ils ne prenaient point le nom de portiers, et Ion continuait à les appeler Suisses. Par corruption, les Seigneurs appelèrent Suisses leurs portiers, d où qu'ils vinssent ; et Dandin se donne le luxe de baptiser Suisse le Picard qu'il a pour concierge. (Voir sur les Suisses M. Rozan, Petites ignorances de la conversation, p. 157-161.)

5. On retrouve là une trace de l'esprit de clocher. Les Normands se gaussent du Picard, qui ne parle des Normands qu'avec mépris. Petit Jean doit avoir l'accent de son pays.

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3 4 LES TLAIDEUnS. ' .

OtT apprend à hurler, dit l'autre, avec les loups *r"*"'^'^ '^

Tout Picard que j'étais, j'étais un bon apôtrc^'f ^•'"•^''***' ^'J^"^*

Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre*.!

Tous les plus grôsmonsieurs me parlaient chapeau bas*:

« Monsieur 'd'e Petit Jean, » ah! gros commëTi bras^î '.^^^.-

Mais sans argent l'honneur n'est qu'une maladie*.

Ma foi ! j'étais un franc portier de comédie ' :

On avait beau heurter* et m'ôter son chapeau,

On n'entrait point chez nous sans graisser le marteau*.

Point d'argent, point de Suisse, et nia porte était close. 15

Il est vrai qu'à Monsieur j'en rendais quelque chose*° ;

Nous comptions quelquefois. On me donnait le soin

De fournir la maison de chandelle et de foin;

Mais je n'y perdais rien. Enfin, vaille que vaille",

I. M. Littré a trouTé un exemple de ce proTerbe dans on manuscrit du qnînliè rie siècle. Z>j7 Vautre, comm" dit l'autre, expression populaire pour : di -on, comme on dit. On lit dans le Médecin malgré lui de Molière (il, ii) : « Tout ça, comme dit l'autre, n'a été que de l'ougueiit mitoa mitaine. •

8. Le bon apôtre est un homme qui a autant de tînesse que de mauTaise foi, comme Grippeminaud elle Cormoran dans La Fontaine {Fables, \U,i6, etX.4).

3. Faire claquer son fouet, c'est faire l'important ; certains cochers s'imaji- DPnt qu'on lei considère en raison du bruit qu'ils font. Le conducteur du coche e>t un personnage dans les campagnes, où tout le village se met iur le seuil da la porte pour le regarder passer. Le cocher, pour se ménager cette entrée triomphale, fait caqiier «on fouet a l'approche du hameau.

4. On troataiit déjà dans l'Ecole des Femmes de Molière (II, ta)

Noos CD toyonj qui paraissent joyeux

Lor«qce leur* iemm«s sunt arec les Diaux monsieux.

^ . Ellipse, pour : Ils m'appe'lent gros comme le bras Monsieur de Petit Jean. Gros comme le bras est une locution familière pour désigner une flatter e qui consiste à donner à quelqu'un avec affectation un titre qu'il n'a pas, ou même qu'il a. Dans certaines parties de la Normandie, ou a conserTé 1 liabuude de faire précéder de la particule nobiliaire les noms le: plus rotuiiers.

6. Petit Jean, sans s'en douter, traduit d'une façon comiqae Horace

Yirtut po!t nummos.

Boile&u a dit aussi {EpUres, V, 86) :

La Tcrlu tins argent n'est qo'un meuble inutile.

7. C'était le porlier de la comédie qui recevait l'argent à la porte du théâtre. Il est probable qu'il n'ohé «sait pas toujours à l'ordre qui lui avait été donné de n accepter • de Tarifent de qui que ce «oit. ■

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