‹ Les plaideurs (volume 2)Chapitre 68 sur 129 · ACTE I, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VII

Vous plaidez.

LA COMTESSE

Plût à Dieu !

CHICANNEAU.

J'y brCîlei-ai mes livres *. 233

Je...

CHICANNEAU.

Deux bottes de foin cinq à six mille livres»!

LA COMTESSE

Monsieur, tous mes procès allaient être finis ;

Il ne m'en restait plus que quatre ou cinq petits :

L'un contre mon mari, l'autre coiitre mon père*, ,

Et contre mes enfants. Ah ! Monsieur, la misère ! "^"^ '^'^<â40

1. Chicanneau, plein de son sujet, n'écoute pas la réponse faite à la question qu'il a posée.

2. <*■ Les traits des poètes comiques paraissent quelquefois outrés, et ne le sont pas. Il est rapporté dans l'éloge historique de jii. Boiviu l'aîné qu'il soutint un procès pour une redevance de \inpt-quatre sols, dout il piéteudait qu'une maison qu'il avait achetée en Normandie devait être exempte. Ce procès, qu'il perdit, dura douze ans, et lui coiîta douze mille livres de frais.» (Louis RtciSE, liemarques sur les Plaideurs.)

3. On disait à Malheibe : « Ne plaiderez-vous donc jamais qu'avec vos parents? — Et avec qui voulez-vous donc que je plaide? répondit-il, avec les Turcs et les Moscovites qui ne me disputent rien? >' Nous verrons que la comtesse ne plaide pas seulement contre les siens. Le Ctiicauoux de Pierre Lelojer disait déjà dans la Néphélo-Cocugie:

Mon frère même et mo.i père plus proche Kl mej parents seiileiit ma vive accroche, El mes amis certains et (ainiliers Sont estimés de moi comme étrangers.

Il 7 a dans le ^oman bourgeois de Furetière un passage que celui-ci rappelle, c CoUantine (c'était le nom de la demoiselle chicaneuse) lui demanda d'abord i qui il en voulait? Charroselles la satislit aussitôt et lui déduisit au long son procès. Quand il eut tini, pour lui rendre la pareille, il lui demanda qui était sa paille. Ma partie? dit-elle, faisant un grand cri, vraiment, je n'en ai pas pour une. — Comment, reprit-il, plaiiez-vous contre une communauté ou contre plusieurs personnes intéressées en une même aliaire? — Nenni, répliqua Collantinc, c'est que j'ai toutes sortes de procès et contre toutes sortes de personnes » (FnnKTiÈRE, II, p. 14) ; et plus loin (p. 17) : u II lui demanda en quelle chambre elle avait .iffaire. Elle lui répondit: u II n'importe, cur j'ai des procès eu toutes. > (.i:on5 enQn le portrait que Boileau fait de la plaideuse dans sa satire contre les femmes :

Des arbitres des lois pourront nous accorder.

Des arbitres!... Tu crois l'euipôclier de plaider!

Sur Ion cliairin déjà contente d'eile-niêmo,

Ce nVst point lous ses droits. rV.^l le procès qu'elle lime

pour elle un bout d'arpent qu'il faudra disputer

Vaut mieux qu'un fiff entier acquis s.uh cuntesler;

A»ec elle il n'esl pas de droit qui s'éc'aircisse,

Point de piocè* «1 tirut qui ne se raJHiinuse,

El sur l'aride lonner un nouvel embarras,

DevaDl elle Bolet œeliroit pavillon bas.

Je ne sais quel biais ils ont imaginé *, Ni tout ce qu'ils ont fait ; mais on leur a donné Un arrêt par lequel, moi \êtue et nourrie 2, On me défend, Monsieur, de plaider de ma vie.

CHICANNEAD.

De plaider?

De plaider.

J'en suis surpris.

CHIC ANNEAU

Certes, le trait est noir'. 243

LA COMTESSE

Monsieur, j'en suis au désespoir.

CHICANNEAD.

Comment, lier les mains aux gens de votre sorte 1 Mais cette pension. Madame, est-elle forte?

LA COMTESSE

Je n'en vivrais, Monsieur, que trop honnêtement*

Mais vivre sans plaider, est-ce contentement?^ 2o0

CHICANNEAU.

Des chicaneurs viendront nous manger jusqu'à l'àme^ Et nous ne dirons mot! Mais s'il vout plaît. Madame, Depuis quand plaidez-vous?

LA COMTESSE

Il ne m'en souvient pas ' ; Depuis trente ans, au plus.

1. Biais, moyen détourné. Molière fait de ce mot tantôt un monosyllabe

J'ai donc ch«rché longteaips un biais de vous donner...

{Fe7}imes savantes, 111, vi.) tantôt un dissyllabe :

A chercher les biais que nous devons trouver.

{ L'Étourdi, I, n.)

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