D'ARISTOPHANE
Racine ayant emprunté à Aristophane le sujet et plusieurs épisodes des Plaideurs, il est bon d'avoir une idée précise de la pièce grecque où l'auteur français a trouvé un modèle.
La comédie des Guêpes est une satire politique : Aristophane y attaque, non seulement l'humeur processive de ses concitoyens, mais encore et surtout un vice radical de la constitution athénienne, l'organisation des tribunaux. A Athènes, en effet, tout homme libre, âgé de trente ans, pouvait prendre place, sans fournir aucune garantie de morale ou de capacité, parmi les six mille juges répartis entre les dix tribunaux qui rendaient la justice au civil ou au criminel. Quand la guerre du Péloponèse eut chassé les paysans des champs et ruiné les habitants des bourgs, Athènes fut encombrée de pens oisifs et pauvres qu'il fallait occuper et nourrir : Pénclès imagina de donner une légère rétribution à ceux qui siégeaient comme juges, et leur fit accorder une obole par jour. L'appât de ce salaire, quelque modeste qu'il paraisse, joint au plaisir d'entendre de beaux discours, rendit les citoyens pauvres plus avides de procès et plus assidus que jamais aux tribunaux.
Cléon, le démagogue attaqué par Aristophane dans les Chevaliers, fit par politique plus que Périclès n'avait fait par humanité . il porta à trois oboles (45 centimes) l'indemnité payée aux juges. Aux yeux du parti aristocratique, c'était là un acte de corruption odieux ; il n'y avait plus de justice à Athènes ; les juges se vendaient tous les jours et Cléon tenait les tribunaux dans sa main: Aristophane fit jouer les Guêpes (423 av. J.-C).
Philocléon (l'ami de Cléon : la composition môme du mot trahit l'intention de l'auteur) a la raison troublée par la fureur