ANALYSE DES GUEPES D ARISTOPHANE
de juger; son fils, Bdélycléon (l'ennemi de Cléon), maudit cette manie et tient son père enfermé dans sa maison, sous la garde de deux esclaves, Xanthias etSosias; en vain le vieillard cherche à s'échapper par l'étuve, par les gouttières, sous le ventre d'un àne, comme Ulysse s'enfuit de l'antre du cyclope sous un bélier ; toutes ses ruses sont déjouées.
Pendant que ses geôliers essayent de goûter quelque repos, les Héliastes viennent appeler leur collègue en chantant des vers de Phrynichus ; ils sont travestis en Guêpes, prêtes à bourdonner, à piquer, à transpercer de leurs dards les ennemis de la démagogie. Philocléon leur apprend qu'il est victime de la tyrannie de son fils, et, aidé de "ses amis, il est sur le point de s'évader, quand Bdélycléon, toujours en éveil, accourt avec ses esclaves. Les vieillards se préparent à défendre leur collègue et envoient leurs enfants annoncer à Cléon ce qui se passe : « Qu'il marche contre cet ennemi de la cité, qui a mérité la mort, puisqu'il prétend
empêcher qu'on ne juge les procès C'est intolérable, c'est une
tyrannie manifeste. 0 citoyens, ô Théorus ennemi des dieux, et vous tous, flatteurs qui nous gouvernez, accourez à notre aide ! » On voit quelle est la portée politique de la pièce. — La lutte s'engage : les Guêpes sont éloignées un moment par les esclaves qui jouent du bâton, et Bdélycléon profite d'un instant de répit pour proposer de terminer le combat par une discussion pacifique.
« bdélycléon. Si tu consens à te taire et à m'écouter, je me fais fort de te persuader que tu te trompes du tout au tout.
philocléon. Je me trompe, quand je juge?
bdélycléon. Tu ne vois pas que tu es un objet de risée pour ces hommes que tu adores presque ; tu ne t'aperçois pas que tu es leur esclave !
philocléon. Ne me parle pas d'esclavage, à moi qui exerce la souveraineté.
bdélycléon. La souveraineté ! Tu obéis, quand tu crois commander ! »
Voilà une cause intéressante : les Guêpes écoutent attentivement, pendant que le père et le fils développent leurs raisons. Le premier déclare qu'un juge est plus heureux qu'un roi : les hommes les plus puissants implorent son indulgence ; les accusés l'égayent par leurs plaidoieries, se prosternent à ses pieds avec leur famille, lui récitent de beaux vers ou lui jouent de beaux airs de flûte; Cléon lui-même, « ce grand criard », n'ose pas mordre le juge, il le « flatte de la main » et « lui chasse les