‹ Les plaideurs (volume 3)Chapitre 17 sur 72 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

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A l'audience.

LÉANDKE

.Von, mon père : il vaut mieux que vous ne sortiez pas. Dormez chez vous. Chez vous faites tous vos repas. Souffrez que la raison enfin vous persuade ; El pour votre santé....

DANDIN

Je veux être malade. 80

LÉAXDRE

Vous ne l'êtes que trop. Donnez-vous du repos : Vous n'avez tantôt1 plus que la peau sur les os.

DANDIN

Du repos? Ah! sur toi tu veux régler ton père.

Crois-tu qu'un juge n'ait qu'à faire bonne chère,

Qu'à battre le pavé comme un tas de galants, 85

Courir le bal la nuit, et le jour les brelans2?

L'argent ne nous vient pas si vite que l'on pense.

Chacun de tes rubans me coûte une sentence.

Ma robe vous fait honte : un fils de juge ! Ah, fi!

Tu fais le gentilhomme. Hé ! Dandin, mon ami, 90

Regarde dans ma chambre et dans ma garderobe

Les portraits des Dandins : tous ont porté la robe ;

Et c'est le bon parti. Compare prix pour prix

Les étrennes d'un juge à celles d'un marquis :

Attends que nous soyons à la lin de décembre. 95

Qu'est-ce qu'un gentilhomme? Un pilier d'antichambre.

1. Tantôt se dit encore familièrement pour bientôt : je viendrai tantôt.

2. Brelans, du vieux mot berlant ou berlan, hasard. — Il dé>k'ne : 1° un jeu de hasard qui se joue avec des carie? — et certains cob| s do ce

. le lieu où l'on joue et, par suite, une maison de jeu ; 3° une reunion do personn - assemblées pour jouer {se prend en maura -e part).

Combien en as-tu vu, je dis des plus hupés1,

A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés,

Le manteau sur le nez, ou la main dans la poche ;

Enfin, pour se chauffer, venir tourner ma broche ! 100

Voilà comme on les traite. Hé! mon pauvre garçon,

De ta défunte mère est-ce là la leçon?

La pauvre Babonnette ! Hélas ! lorsque j'y pense,

Elle ne manquoit pas une seule audience.

Jamais, au grand jamais2, elle ne me quitta, 105

Et Dieu sait bien souvent ce qu'elle en rapporta :

Elle eût du buvelier emporté les serviettes,

Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes3.

Et voilà comme on fait les bonnes maisons. Va,

Tu ne seras qu'un sot.

LÉANDRE

Vous vous morfondez* là, 110

Mon père. Petit Jean, ramenez votre maître; Couchez-le dans son lit ; fermez porte, fenêtre ; Qu'on barricade tout, afin qu'il ait plus chaud.

\. Telle est l'orthographe des anciennes éditions. — Ces hommes huppés rappellent les hommes de quatre coudées d'Aristophane,

"AviSfE; \L?(à.Xoi «où teTpaitifoetç. (Guêpes, V, 566.)

Dès le seizième siècle, on appelait huppe le panache dont les seigneurs ornaient leurs chapeaux, et huppés les gens de qualité qui le portaient.

2. L'adverbe jamais est ici une sorte de nom adverbial. — Un certain nombre d'à Iverbes, marquant des rapports de temps, de lieu et de quantité, peuvent ainsi être précédés d'une préposition et d'un article; par exemple : aujourd'hui, demain, dessus, dedans, beaucoup, peu, combien, etc., etc.

3. Ce trait visait, s'il faut en croire Brossctte, la femme du lieutenant criminel de Paris, Jacques Tardieu : d'une avidité incroyable, elle avait pris jusqu'à des serviettes chez le buvetier du palais. (Voy. la Xe satire de Boileau.)

4. Se morfondre est pris ici dans son sens propre : se laisser pénétrer par le vent ou le froid. — Au figuré, perdre son temps à es succès d'une entreprise ou l'arrivée d'une personne.

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