‹ Les plaideursChapitre 13 sur 116 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

C'est dommage : il ' avoit le cœur trop au métier ,

Tous les jours le premier aux plaids2 , et le dernier,

Et bien souvent tout seul. Si l'on l'eût voulu croire,

Il y seroit couché 3 sans manger et sans boire * .

Je lui disois parfois : « Monsieur Perrin Dandin, 2j

Tout franc, vous vous levez tous les jours trop matin :

flni ypnt vnyaorpr loin ménage sa monture5.

Buvez, mangez, dormez, et faisons feu qui dure6 . »

Il n'en a tenu compte. Il a si bien veillé 7

Et si bien fait qu'on dit que son timbre est brouillé8 . 30

Il nous veut tous juger les uns après les autres,

Il marmotte toujours certaines patenôtres 9

Où je ne comprends rien. Il veut, bon gré mal gré,

Ne se coucher qu'en robe et qu'en bonnet carré 10 .

Il fit couper la tête à son coq, de colère, 35

1. « II est trop éloigné de Monsieur auquel il se rapporte; il y a six vers de distance du pronom au nom. Cette très légère incorrection est couverte par la gaieté, la bonne plaisanterie, le vrai comique du style dans tout ce monologue. » (Geoffroy.)

.. Plaids a vieilli dans le sens d'audiences d'un tribunal. Il s'emploie encore dans le sens historique, quand on veut parler des assemblées dans lesquelles seiugaient les procès sous les rois mérovingiens et carlovingiens.

3 . Toutes les éditions imprimées du vivant de Racine portent : Il y seroit couché, littéralement, il y aurait passé la nuit. Racine emploie l'auxiliaire ârreavec ce verbe neutre qui se construit d'ordinaire avec l'auxiliaire avoir. M. Saint-Marc Girardin fait remarquer dans son édition du Théâtre de Racine (t. II, p. 245, note 4) qu'il a souvent entendu dire en province : je viens de la campagne: j'y suis couché aussi bien que j'y ai couché.

4. Philocléon n'oubliait point à l'audience de manger ses lentilles. Mais il était aussi empressé que Dandin. Dès l'aube, il réclamait ses chaussures, et allait dormir au tribunal.

5. Proverbe : il faut ménager les choses dont on veut se servir longtemps. Si vous fatiguez trop votre cheval, la pauvre bête no pourra vous porter longtemps. C'est la même idée qu'exprime ce proverbe du seizième siècle.

Qui va doucement va sûrement.-^

6. Proverbe : si vous ne soignez pas votre corps, vous serez malade, et toute votre ardeur ne sera qu'un feu de paille. Gallicisme qui consiste à omettre l'adjectif défini un devant le substantif. Vovez des gallicismes analogues aux vers 122, 188. 217, 234, 326, 378, 435, 583."

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