ACTE II, SCÈNE IV
CHICANNEAU.
Monsieur, de grâce, excusez-la:
Elle n'est pas instruite1. Et puis, si bon vous semble, 375
En voici les morceaux que je vais mettre ensemble.
Non.
Je les lirai bien.
L INTIME
CHICANNEAU.
L INTIMÉ
Je ne suis pas méchant.
J'en ai sur moi copie.
CHICANNEAU.
Ah ! le trait est touchant2 !
Mais je ne sais pourquoi, plus je vous envisage, Et 3 moins je me remets, Monsieur, votre visage : 380
Je connais force huissiers*.
l'intimé.
Informez-vous de moi, Je m'acquitte assez bien de mon petit emploi.
i. Elle ne sait point comme moi le respect que l'on doit aux sergents; elle a déchiré, par ignorance absolue du mauvais cas où elle se mettait, l'exploit que \oiis lui avez signifié.
<t ironique — Chicanneau commence à croire que le sergent qui lui parle pourrait bien être un faux sergent. Ces messieurs, accablés de besogne, n'ont point l'habitude d'avoir copie sur eux d'un exploit : pour eux, le temps est de l'argent. Cet excès de zèle lui donne quelque soupçon : il regarde l'huissier qui est devant lui et ne se remet point son visage : cependant il en a vu beaucoup depuis qu'il plaide.
3. Cette conjonction se trouve ici de trop. Plus je vous envisage, moins je me remets : voilà ce qu'il eut été plus correct de dire. Le rapport que ces deux propositions ont ensemble est marqué par les adverbes comparatifs plu» et moins. Si nou> ajoutons et devant la seconde proposition comme l'a fait Racine. la phrase reste incomplète : c'est alors une seconde proposition copulative, et nous attendons la proposition corrélative. On lit Racine et on l'admire : voici deux propositions unies par la conjonction et : elles sont dites copulntices. Dans cette phrase : Plus on lit Racine, plus on l'admire, la seconde proposition est corrélative.
Plia j'ai cherché. Madame, et plus je cherche encor En quelles mains je 'lois eoaflar ce trésor, Pin- je rois <[ue César, digne seul e von- plaire, En doit être lui seul l'heureux dépositaire.
(Rac, Brit., II, 6.)
Les deut propositions comprises dans le premier vers sont copulatives. Celle qui commence le troisième est corrélative. (Voir D'Olivft, Rem. sur Racine.) •i. Force veut dire aussi graine quantité.
J'ai dévoré force montons.
(La Font., les Anim. mal. de la peste.)
CHIC ANNE AU
Soit*: Pour qui venez-vous?
l'intimé.
Pour une brave dame, Monsieur, qui vous honore, et de toute son àme Voudrait que vous vinssiez, à ma sommation, . 385
Lui faire un petit mot de réparation.
CHICANNEAU.
De réparation? Je n'ai blessé personne.
l'intimé.
Je le crois: vous avez, Monsieur, l'àme trop bonne2.
CHICANNEAU.
Que demandez-vous donc?
l'intimé.
Elle voudrait, Monsieur, Que devant des témoins vous lui fissiez l'honneur De l'avouer pour sage et point3 extravagante.
CHICANNEAU.
Parbleu*, c'est ma comtesse.
l'intimé.
Elle est votre servante.
CHICANNEAU.
Je suis son serviteur.
Vous êtes obligeant, Monsieur.