‹ Les plaideursChapitre 60 sur 116 · ACTE II. SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II. SCENE IV

CHICANNEAU.

Oh ! tu me romps la tète.

Tiens, voilà ton paiement.

Un soufflet ! Écrivons.

Lequel Hierôme, après plusieurs rebellions, Auroit atteint, frappé moi sergent à la joue, hJ. fait tomber d'un coup mon chapeau dans la boue1. 420

CHICANNEAU.

Ajoute Cela. (Il lui donne un coup de pied.)

l'intimé.

Bon, c'est de l'argent comptant»

J'en avais bien besoin. Et, de ce non content, Aurait avec le pied réit&rè. Courage !

Outre plus, le susdit3 serait venu 4 de rage, Pour lacérer le dit présent procès-verbal . £25

Allons, mon cher Monsieur, cela ne va pas mal Ne vous relâchez point.

CHICANNEAU.

Coquin !

l'intimé.

Ne vous déplaise E Quelques coups de bâton, et je suis à mon aise6.

i. Var. Et fait tomber du coup mon chapeau dans la boue. (1669 et 76.)

Il nous semble que d'un coup est moins vif. Nous regrettons, cette fois que Racine n'ait point conservé sa première expression.

i. « Les sergents se faisaient payer devant la magistrature les coups de bâton qu'ils recevaient au service de la loi et s'en faisaient un de leurs principaux profits. ■ (Saint-marc Gihardin. Œuvres de J. Racine, t. Il, p. o42. )

3. Le susdit, adj. pris substantivement : celui dont il vient d'être parlé. Style de proces-verbal.

4. On emploie bien dans le style de la procédure le mode conditionnel pour l'indicatif.

5. Elliptiquement, pour qu'il ne vous en déplaise, formule familière qui >e dit comme une sorte d'encouragement: Continuez de m'outrager : que la chose ne cesse point de vous plaire. Autant d'insultes, autant de profits. Cf. la Font. : la Cigale et la Fourmi :

Vous chantiez, ne tous déplaise.

6. « Les chiquanous guaingnent leur vie à estn battuz. de mode que si par long temps demouroient sans estre battus, ils mourroient de maie faim, eulx, femmes et enfans... Cela faict (s'ils sont battus}, voylà cbiquanoiu riehei pour quatre moys, comme si coups de bastoD feusseut leur> eaîfvtt Bioiaspuj, [Rabelais, Pantagruel, lit lV. rh. in.)

n ... Les aultrcs chiquanous sa retiraient vers Panurge, Bpistemen, Gymnaste et aultres, les supplians dévotement estre par eulx .'i quelque petit pris

CHICANNEAU.

Oui-dà ! Je verrai bien s'il est sergent i.

L'INTIMÉ (en posture d'écrire).

Tôt donc2, Frappez : j ai quatre enfants à nourrir3.

CHICANNEAU.

.. . Ah! pardon! 430

Monsieur, pour un sergent je ne pouvais vous prendre4;

Mais le plus habile homme enfin peut se méprendre.

Je saurai réparer ce soupçon outrageant5.

Oui, vous êtes sergent, Monsieur, et très sergent.

Touchez là. Vos pareils sont gens que je révère,' 435

Et j'ai toujours été nourri par feu mon père

Dans la crainte de Dieu, Monsieur, et des sergents8.

Non, à si bon marché on ne bat point les gens.

CHICANNEAU.

Monsieur, point de procès7!

l'intimé.

Serviteur ! contumace 8 !

battus autrement estoient en dangier de bien longuement jeusner » (là

lOlQ., llV. IV, CD. XVI.) * '

1 Chicanneau fait mine de frapper : si . le fripon ». n'évite point les coup* c est qu il est sergent, et bien sergent : il connaît son métier. v

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