‹ Les plaideursChapitre 97 sur 116 · ACTE III, SCÈNE III ti · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III ti

L'INTIMÉ (d'un ton finissant en fausset).

Messieurs, tout ce qui peut étonner un coupable1,

Tout ce que les mortels ont de plus redoutable,

Semble s'être assemblé contre nous par hasard :

Je veux dire la brigue et l'éloquence : car2, 730

D'un côté, le crédit du défunt m'épouvante,

Et de l'autre côté, l'éloquence éclatante

De maître Petit- Jean m'éblouit3.

DÀNDIN.

Avocat, De votre ton vous-même adoucissez l'éclat.

l'intimé.

Oui-dà4 ; j'en ai plusieurs.

(du beau «on.) Mais, quelque défiance 735

Que nous doive donntr la susdite éloquence, El le susdit crédit, ce néanmoins5, messieurs, L'ancre de vos bontés6 nous rassure d'ailleurs. Devant le grand Dandin l'innocence est hardie. Oui, devant ce Caton de basse Normandie, 740

Ce soleil d'équité qui n'est jamais terni, Yietrix causa dits placuil, sed victa Caloni1.

disant oui, contre la coutume, c'est M. de Montauban ; et il me souvient de iui avoir entendu dire en pareille occasion par monsieur le premier président : « Du moins, vous êtes de bonne foi. » (Menagiana, t. III, p. 26.)

1. « Par l'Intimé qui emploie dans une cause en bibus* le magnifique cxorde de l'oraison pro Quintio, on a voulu tourner en ridicule M. P..., qui, clans un procès qu'un pâtissier avait pour une vétille contre un boulanger, s'étoit servi du même exorde. » (Menagiana, t. III, p. 25.)

2. Cette coupe de vers est très heureuse: n'est-il point dans les habitudes des mauvais avocats d'employer souvent et à n'impoite quelle partie de la phrase la conjonction car en l'accompagnant d'un geste expressif.

3. « Un jeune avocat, ayant à plaider contre un nommé Desfitas, bon praticien et non autre chose, s'avisa de prendre l'exorde de l'oraison pour Quintius. Dcsfitas aussitôt prit la parole et dit : « Messieurs, l'advocat de la partie adverse ne se tiendra pas pour interrompu : je ne me pique point d'éloquence, et ma partie est un savetier. » (Tallemant des Réaux, t. VIII, p, 273.)

4. Oui-da, certainement. — Da, particule qui donne plus de force à l'affirmation. On l'emploie aussi après nenni. Da, vient de dea, abrév. de dioa, formé des impératifs di, va, propre à exciter. « Direz-vous, par exemple, qu'un homme ait la nuit et sans aucune lumière le piuvoir prochain de voir? — Oui-dà, Il l'auroit selon nous, s'il n'est pas aveugle. » (Pasc, Prov., I.)

o. Ce néanmoins = malgré cela.

6. Voici une périphrase ridicule, comme pouvaient en trouver les avocats du temps.

7. Vers 128 du liv. I de la Pkarsale de Lucain. « Le parti vainqueur a plu aux dieui ; le parti vaincu à Caton. »

« Racine a peut-être emprunté cette citation au quatorzième plaidoyer de

* Par cause en bibus, il faut entendre une cause sans importance. Bibus est un terme de mépris.

DANDIN*

Vraiment il plaide bien1.

l'intimé.

Sans craindre aucune chose5, Je prends donc la parole, et je viens à ma cause. Aristote, primo, péri Polit icorià 745

Dit fort bien...

dandin.

Avocat, il s'agit d'un chapon, Et non point d' Aristote et de sa politique4.

LTNTIMÉ.

Oui, mais l'autorité du Péripatétique6 Prouveroit que le bien et le mal...

Je prétends Qu Aristote n'a point d'autorité céans6. 750

Au fait.

l'avocat Gaultier : « Que dirai-je davantage ? Le ciel qui a décidé du droit des' combats a pris notre parti contre mas,

Yictrùr causa Biis placuit.

Et faites les Catons, tant que vous voudrez, par des jugements téméraires et présomptueux, pour témoigner que la cause des vaincus vous plait, etc. (Note de P. Mesnxbd. •/. Racine, t. D, p. SJB8.1

1. L'Intimé a beaucoup loué le juge tout a l'beure. Le juge rend à l'avocat la monnaie de sa pièce.

Sang me nommer pourtant en ancune manière.

Sol . Ec. des femmes, III, 9

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