ACTE I, SCÈNE iy
RENAUD
C'est moi.
RAYMOND
C'est vous ? Que je rends grâce au sort Qui vous offre à mes yeux dès le premier abord !
RENARD
(A part.)
Eh quoi ! vraiment, c'est moi... Je ne m'en doutais guère.
RAYMOND
Pour vous parler, Monsieur, j'arrive du grand Caire.
RENARD
Du grand Caire „ en Egypte ?
RAYMOND
Oui, Monsieur, justement:
Je n'en connais pas d'autre au moins jusqu'à présent,
Comment ! j'y suis connu ?
RAYMOND
Beaucoup : je vous le jure , On fait grand cas de vous dans la magistrature ; Jusqu'aux sources du Nil votre nom est cité ; Le désert retentit de votre probité.
RENARD
Le désert !
RAYMOND
Vous voyez que c'est tout comme en France.
i6 LES PLAIDEURS SANS PROCES.
RENARD
Monsieur, je suis flatté de votre confiance , Mais de quoi s'agit-il ? Expliquez-vous ? Voyons ?
RAYMOND
Il s'agit d'à peu près neuf à dix millions.
RENARD
Neuf à dix millions !
RAYMOND
Un avide beau-frère , De la somme prétend être seul légataire , A tous les sentimens il a fermé son cœur : Enfin, le croiriez-vous ? il méconnaît sa sœur.
Et vous Voulez avoir moitié , je le suppose. Dans ses moindres détails expliquez-moi la cause , N'en omettez aucun , racontez-les moi bien , Il est essentiel que vous n'oubliez rien.
RAYMOND
Je vous dirai donc tout : mais sachez que la fable N'a jamais rien produit de plus invraisemblable. C'est un roman d'abord, je vous en avertis... Aux lieux où s'élevait la superbe JMemphis , Vous n'avez pas sans doute oublié que la France A naguère porté ses arts et sa puissance ; Qu'un immense concours d'artistes , de savans , De cette autre croisade avait grossi les rangs. L'un deux , sur les débris des murs de Babylone *