ACTE I, SCÈNE IV
Dessinait à la hâte une antique colonne , Quand des brigands armés fondent sur lui soudain , Et l'emmènent esclave aux rives du Jourdain.
RENARD
C'est malheureux...
Raymond.
Non pas, écoutez, je vous prie.
Alors Déjar , pacha , régnait sur la Syrie. Vous le rappelez-vous ?
RENARD
Oui , oui , je m'en souviens $ Il n'était pas l'ami des malheureux chrétiens.
RAYMOND
Il était leur fléau : par un destin bizarre , Ce fut entre les mains de ce maître barbare ,' Que se trouva captif l'infortuné Français ; On le fit travailler aux jardins du palais. Mais l'amour des beaux-arts adoucit l'esclavage , Et jusque dans les fers il soutint son courage ^ Au milieu de ses maux, lui seul le consolait. S'il avait tout perdu, son crayon lui restait.
RENARD
C'était bien peu de chose.
RAYMOND
Eh ! Monsieur, au contraire- Le pacha tous les jours venait voir son parterre ; Car il aimait les fleurs, tout cruel qu'il était.
i8 LES PLAIDEURS SANS PROCÈS.
L'artisie on profita pour faire son portrait -,
Il eut soin d'ennoblir un peu le personnage.
Le barbare sourit en voyant son image }
Il se trouva l'air noble et plein de dignité.
Un Turc comme un Français veut être un peu flatté.
A l'instant même il prend le peintre U son service;
La fortune dès lors lui fut toujours propice :
Bientôt dans le sérail il est fêté , chéri ;
D'esclave cpi'il était , il devint favori.
RENARD
Ce que je veux savoir c'est le fond de l'affaire.
RAYMOND
J'entre dans ces détails, Monsieur, pour vous complaire Ne m'avez-vous pas dit d'exposer tous les faits ?
RENARD
Mais je ne vois point là de matière à procès.
Une épouse bientôt couronna sa tendresse.
RENARD
Le point litigieux est ce qui m'intéresse.
RAYMOND
Ils eurent en neuf mois un fruit de leur amour ^ Mais la fille à sa mère , hélas ! coûta le jour. Ah !... je passe quinze ans |><>ur arriver plus vil< A la discussion qui vous vaut ma visite.