ACTE I, SCÈiNE IV
Appelez, consultez les premiers avocats.
Faut-il de For, parlez ?
RENARD
Mais il ne nuirait pas.
En tout cas procédons , Monsieur, avec méthode , Et d'abord dans l'espèce interrogeons le Code. Voilà ce qui s'appelle une cause d'éclat, Car elle offre à la fois deux questions d'Etat. Il faut , si nous voulons résoudre la première , Prouver que votre femme est fille de sozi père.
RAYMOND
O ciel ! en doutez-vous ?
Monsieur, ce n'est pas moi.
Je suis en ce moment l'organe de la loi. Mais admettons le fait. Ce n'est pas tout : est-elle , Ou iille légitime ou fille naturelle ?
R AYMOND
Légitime , Monsieur ; ma foi vous en répond.
Et d'ailleurs chez les Turcs tous les enfans le sont.
L'affaire est excellente } au surplus je m'en charge : Et d'ailleurs pour agir nous avons de la marge. ]Nous nous présenterons primo comme héritiers ; Mais ces détails , pardon , vous sont peu familiers. Fiez-vous-en, Monsieur, à mon expérience.
j2 LES PLAIDEURS SANS PROCES.
RAYMOND
Dans votre probité j'ai toute confiance.
RENARD
Ah ! vous êtes trop bon.
RAYMOND
Allez , n'épargnez rien- Oui , quoi que vous lassiez , ce sera toujours bien ; Et si le sort enfin couronne mon attente , Je vous promets , Monsieur, une marque éclatante De ma reconnaissance et de mon devoûmcnt. Je ferai , croyez-moi , les choses noblement.
RENARD
Un sordide intérêt n'est pas ce qui me flatte. J'ai le cœur généreux et l'amc délicate ; L'innocence m'inspire une tendre pitié : Que le bon droit triomphe , et je suis bien payé. Ah ! votre jeune épouse est bien intéressante ! J'oublie , en y pensant, que la mienne est absente.
RAYMOND
Est-ce qu'elle est bien loin ?
RENAUD
Non, Monsieur, point du tout.
C'est une promenade , elle n'est qu'à Saint-Cloud.