‹ Les plaideurs sans procèsChapitre 14 sur 69 · ACTE [, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE [, SCÈNE IV

RENARD

Voyons donc.

RAYMOND

Thénaïs était, à son printemps, Un modèle accompli de grâces , de talens. De longs cheveux d'ébène , une taille parfaite , Figurez-vous enfin les houris du prophète ; Ses yeux de l'arc-en-cicl avaient le vif éclat ; Sa bouche de la rose efïaçait l'incarnat 5 Un teint dont la blancheur faisait honte à l'albâtre. Ne vous étonnez point si j'en suis idolâtre, Monsieur, c'est mon épouse.

RENARD

Ah , ah ! c'est différent.

RAYMOND

Et puis j'ai contracté les moeurs de l'Orient ;

Dans ces brûlans climats c'est ainsi qu'on s'exprime :

C'est donc, vous le voyez, ma femme qu'on opprime.

RENARD

J'entends : vous abordez enfin la question.

RAYMOND

Ils veulent lui ravir sa fortune et son nom. Mon beau-père était veuf quand il fit son voyage ; Il avait un enfant d'un premier mariage. Il faisait à ce fils passer des monceaux d'or-, Cependant il brûlait de l'embrasser encor.

so LÈS PLAIDEURS SANS PROCÈS.

Un matin nous partons, et, grâce au vent propice 7

En deux jours et demi nous débarquons à Nice.

RENARD

Vous voilà bien heureux.

RAYMOND

0 ciel ! y pensez-vous ?

Le sort nous réservait ses plus terribles coups. Celui dont je tenais une épouse chérie , Au moment de revoir ses parens , sa patrie...

RENARD

Eh bien ?

RAYMOND

Affreux malheur ! funeste événement l En se mettant à table il meurt subitement.

C'est, j'en dois convenir, une perte cruelle ; Mais la succession du moins doit être belle ?

RAYMOND

Ne vous l'ai-je pas dit? on veut nous renier. Je passe aux yeux du fils pour un aventurier Qui lui vient disputer moitié de l'héritage. il taxe tout de faux : naissance, mariage, Et veut s'emparer seul de la succession. Mais quand il m'en devrait coûter un million , Je soutiendrai mes droits. Que rien ne vous arrête Aux tribunaux, Monsieur, présentez ma requête ;

Page 1