‹ Les plaideurs sans procèsChapitre 2 sur 69 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

digne collègue , M. Lacre telle aîné , a comparé l'Institut , refait par un coup d'Etat , à ce Parlement intrus que voulut élever un ministre sur les débris de l'ancien : la ressemblance est fort juste. L'Académie Vaublanc a eu autant de succès que le Parlement Maupeou.

On a vu exiler des maréchaux , des généraux ; mais, en les repoussant du sol de la patrie , en les privant de leurs places , de leurs appointemens , on n'a pas même songé à les priver de leurs grades; on ne leur en a point ravi les insignes ; ce raffinement de persécution était destiné aux seuls gens de lettres. Le caractère d'académicien est cependant aussi indélébile que tout autre ; rien ne peut faire qu'un auteur n'ait pas reçu les suffrages libres de ses confrères : une Ordonnance royale ne peut pas plus l'en dépouiller qu'elle ne pourrait déplacer le siège du cœur pour le faire passer de gauche à droite. Sous le règne de Louis XIV, il en était ainsi; sous le ministère de M. de Vaublanc, nous avons changé tout cela.

Il faut dire, à la louange de l'Institut, que, s'il n'a pas protesté comme il le devait contre cette violation manifeste de tous ses droits , il a du moins refusé de s'y associer. Pour faire moins de scandale et pour légaliser l'arbitraire autant qu'il était possible, on aurait bien voulu qu'en conformité de ses antiques règlemens , l'Académie s'épurât

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elle-même , et quelle reçût lâchement des mains de l'autorité les noms de ceux qu'elle devait éliminer par la voie d'un scrutin secret; mais notre littérature n'a pas accepté tant de honte.

On a en vain sondé les esprits les plus timides , les caractères les plus souples; toute négociation étant impossible , on a frappé le grand coup d'État, et les Muses ont eu leur 18 fructidor.

Je n'étais sur aucune liste de proscription politique , et je fus atteint par l'ostracisme littéraire. On chassait de l'Académie ceux-ci , parce qu'ils se trouvaient exilés en pays étrangers , ou parce qu'ils avaient figuré dans le procès de l'infortuné Louis XVI ; ceux-là , parce qu'après avoir été dans les ordres sacrés, ils s'étaient engagés dans les liens de famille. Je n'étais pas hors de France ; je n'avais voté la mort de personne , je n'étais pas évèque marié , je restais en possession de tous mes droits civils et politiques, je n'en fus pas moins déporté de l'Académie.

Je fus averti et je ne réclamai point; il est des injustices si criantes , qu'il y a une certaine douceur à les subir ; le public vous rend alors bien plus que l'autorité ne vous ôte. J'ai cependant su plus tard les motifs de ce renvoi si légal; dans les cent jours l'Institut , comme la Cour de cassation , comme tous les tribunaux , comme toutes les administrations , présenta une adresse à Napoléon ;

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neuf à dix membres avaient été chargés de la rédiger ; quand ils eurent fini leur travail, on' convoqua les quatre classes. Le projet d'adresse est présenté par le rapporteur de la commission ; M. Suard fait sur un seul passage quelques réflexions qui donnent lieu à un léger débat : l'adresse est votée à l'unanimité. D'après les anciens règlemens de l'Institut , quand ce corps devait paraître dans quelques cérémonies publiques, le président de chaque classe portait la parole à son tour. C'était alors celui de la deuxième , et j'avais l'honneur de la présider.

Ainsi, je n'étais même pas un des rédacteurs de l'adresse; non que je veuille prétendre qu'elle n'ait pas reçu mon vote comme celui de tous mes collègues, et que j'aie éprouvé la moindre répugnance à la prononcer au nom du corps à la tète duquel je me trouvais; je n'ai jamais rien su faire contre ma conscience , et je suis incapable de désavouer après l'événement toute démarche que j'ai librement faite.

Quand arriva le moment de l'ostracisme littéraire, j'aurais pu m'excuser d'un mot; mais il eût fallu dire qu'un discours frappé de réprobation était l'ouvrage de l'Institut entier, et j'ai mille fois mieux aimé être victime que de compromettre le premier corps littéraire de l'Europe.

Peut-être eût-il été plus noble de sa part de ne

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pas laisser tomber sur ma tête tout le poids des vengeances du moment; peut-être les rédacteurs de l'adresse auraient-ils dû au moins s'avouer mes complices ; mais nous vivons dans un temps où il ne faut pas exiger des vertus trop austères. C'est beaucoup que l'Institut n'ait pas voulu s'associer à une injustice inouie dans nos fastes littéraires; il s'y est résigné; il l'a subie plutôt qu'il ne l'a acceptée, et son attitude a été une sorte de protestation muette qui , à une époque semblable , avait bien son éloquence : je dois même dire que la plus grande partie de mes confrères, quelles que soientleurs opinions politiques, m'ont exprimé individuellement la peine qu'ils avaient ressentie, etqu'ils m'ont témoigné les plus vifs regrets. J'y ai été sensible ; mais, je le répète , j'aime mieux être'sorti de l'Institut par une injustice , que d'y être entré par une ordonnance.

Une ordonnance ministérielle en guise de diplôme académique est plus qu'un contre-sens qui choque, c'est un ridicule qui reste.

Depuis cette époque, quelques insinuations m'ont été faites ; on prétendait que je devais me présenter de nouveau à l'Académie française , mais j'aurais reconnu par cette démarche qu'un ministre avait le droit d'ôter le caractère d'académicien à l'homme de lettres qui l'avait reçu. Honoré des suffrages de mes confrères , je serais allé solliciter la

PRÉFACE, voix d'hommes qui n'ont eu que celle de M. de Vaublanc ! je ne le devais pas et je n'y consentirai jamais. J'aurais mérité l'injustice qu'on m'a faite, si jeu avais obtenu à ce prix la réparation. Je me considère toujours comme membre de l'Institut; je ne redemande pas un caractère qu'on n'a pu me ravir, je regarde la mesure qu'on a prise comme une espèce de consigne , à laquelle j'obéis forcément ; si un jour elle est levée , j'irai reprendre ma place.

Ces détails n'étaient pas connus ; long-temps j'ai dû les taire; mais l'instant est venu où je puis les publier sans inconvénient. C'est une anecdote littéraire qui ne doit pas se perdre ; il m'importait de la faire connaître pour qu'elle ne fût pas un jour dénaturée.

J'ai saisi cette occasion de la consigner à la tète d'un de mes ouvrages, dont cette digression m'a bien écarté; c'est une bagatelle qui a excité de justes critiques, mais qui ne me paraît manquer ni de gaieté ni d'une certaine observation de mœurs. Nos censeurs les plus rigoureux ont bien voulu en louer le style , et c'est la raison qui m'a déterminé à la faire imprimer.

Je ne sais pourquoi on a voulu juger cette comédie comme une pièce d'an genre élevé ; je n ai pas eu la prétention qu'on me suppose ; dans la situation oit je me trouve , je n'aurais pas risqué un grand ouvrage. On ne livre pas aisément à l'esprit

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de parti une de ces compositions qui coûtent plusieurs années de réflexions et de travail. D'ailleurs, la haute comédie me paraît impossible à faire aujourd'hui : le monde offre-t-il un ridicule qui ne soit pas protégé ? On reproche aux auteurs de ne pas peindre la société telle qu'elle existe ; mais quand le vrai est exilé de la scène , il faut bien que le romanesque s'y montre.

Ma comédie des Plaideurs sans Procès offrira un exemple frappant de tous les dégoûts qu'éprouvent les auteurs dramatiques : le récit des sévérités de la censure pour un ouvrage si éloigne de toute opinion et de toute idée politique, est bon à conserver , même pour l'histoire de notre époque. Le petit précis que je vais faire, peindra mieux peutêtre que de gros volumes , le temps où nous avons le bonheur de vivre. Dans une des premières scènes de l'ouvrage , il était question d'un Bostangi-Bachi. Le procureur Renard qui , hors du Palais-de-Justice, n'a pas une grande érudition , demandait ce que c'était que cette charge.

RAYMOND

C'est comme qui dirait ministre dirigeant.

RENARD

Cette place devait valoir beaucoup d'argent. Croirait-on que ce dernier vers , où je n'avais voulu

vm PREFACE.

peindre que l'avariée du proeureur,a été supprimé par ordre , et pour quel motif? Parce qu'on pouvait en faire l'application à un grand personnage ; certes , le public n'y aurait pas plus pensé que moi. Tout le monde rend hommage au désintéressement du premier ministre , excepté ceux qui ont cru que ce vers pouvait l'atteindre.

Dans la même scène, en parlant de tous les sacrifices qu'avait faits le personnage en question , pour arriver au poste de Bostangi , Renard s'en étonnait, et Raymond lui répondait par ce vers :

Pour devenir ministre , eh ! que ne fait-on pas?

Ce vers a été proscrit , tout innocent qu'il est. J'aurais mieux compris la sévérité de la censure, si j'avais dit :

Pour demeurer ministre, eh! que ne fait-on pas?

Quand Raymond parle de son mariage , maître Renard lui dit qu'il faut des preuves par écrit ou des preuves par témoins. Sur l'offre que faisait son client d'en faire arriver d'Egypte , Renard répondait par le vers suivant :

Evitons, s'il se peut, les témoins d'outre-mer. Les parques de la censure ministérielle l'ont coupé comme les précédens. Ici, je l'avoue , toute ma pénétration, toute celle des personnes que j'ai consultées, n'ont pu approfondir les motifs de cette riiuieur.

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Ceux-ci ont cru que c'était une petite galanterie que MM. les censeurs voulaient faire au roi d'Angleterre, dont on annonçait alors l'arrivée à Paris, et qui eût été en France un témoin d'outremer.

Ceux-là ont pensé qu'on avait vu dans ce vers coupable les témoins italiens qui ont déposé dans le procès de la feue reine Caroline; d'autres enfin, après s'être bien creusé la tête, se sont imaginé qu'on avait pensé aux personnes qui arrivaient de l'ile Sainte-Hélène , et qu'on pouvait regarder comme des témoins importuns.

Ce qu'il y a de sûr, c'est que ce vers a été fait il y a cinq ans , et que je n'y ai attaché, ni dans ce temps-là ni dans celui-ci, aucun sens politique. Je ne sais pas au juste ce que la censure y a trouvé. Le public le devinera peut-être. Mais , à coup sûr, il n'y a dans ma pièce rien d'aussi gai , rien d'aussi comique, rien d'aussi ridicule que la suppression de ce vers.

Dans la scène du second acte, où les deux avoués discutent sur la question de savoir si l'ancien ou le nouveau régime était plus favorable aux gens de justice, le jeune Floridor disait, en parlant du vieux temps :

N'aviez-vous pas la dîme et les droits féodaux ?

Certes, ce vers n'était pas séditieux. Dire qu'on

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avait dans l'ancien régime la cîime et les droits féodaux , c'est reconnaître qu'on ne les a plus dans le nouveau ; c'est même insinuer qu'on ne les aura jamais. La suppression obligée de ce vers semblerait siguifier le contraire; mais je ne suis pas dans les secrets de la censure , elle a sans doute ses instructions, et je me suis résigné.

Dans la même scène, Floridor , parlant du luxe que les avoués sont forcés d'avoir, s'exprime ainsi :

Comme un petit ministre il tient une maison.

Oh ! pour le coup, c'est un attentat digne de tous les foudres de l'autorité. Petit ministre ! parle-t-on des demi-dieux avec cette irrévérence? n'est-il pas clair qu'il est question des directeurs-généraux , et n'est-il pas souverainement indécent de les comparer à des avoués? C'est par trop méconnaître la distance des rangs , c'est détruire toute hiérarchie, toute supériorité sociale. Petit est d'ailleurs une épithète irrespectueuse , attendu qu'un ministre est toujours grand.

Le vers a donc été biffé avec indignation , et il a fallu substituer seigneur à ministre. Malheureusement, l'acteur, qui avait le dernier mot gravé dans la mémoire , l'a dit à la première représentation ; le vers n'a pas produit le moindre effet , et la censure a pu voir l'indifférence du public quand il était question des ministres. On a laissé passer le mol

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comme leurs personnes, sans y faire attention.

Le même Floridor ajoute en parlant de son luxe :

Enfin , vous avez vu l'appartement que j'ai, Le premier président n'est pas si bien loge'.

Ordre formel de changer le dernier vers, ou de le supprimer. Mais est-il donc défendu de rendre hommage à la modestie des premiers magistrats , à la simplicité de leur ameublement! N'est-ce pas en faire le plus bel éloge que de reconnaître qu'ils ont moins de magnificence que des avoués? C'est même une critique dans le genre de celles que l'esprit du gouvernement semble encourager.

Quelle raison a donc pu déterminer la censure? aucune : la censure n'a pas besoin de raison. Elle commande, et il faut obéir. Cependant, après une négociation dans toutes les règles , il a été permis de dire : Un premier président , au lieu de Le premier président. On sent quelle énorme différence il y a entre un et le ; c'est bien autre chose que le et ou le ou de Figaro. Voilà ce qu'on appelle de la politique transcendante.

Lors de la première représentation, les domestiques de Raymond, qui apportent des présens, étaient déguisés en Turcs. Ce sont mes muets, disait-il à madame Renard,

On veut dans l'Orient des serviteurs discrets, Et c'est pour en avoir la meilleure méthode.

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On devrait mettre ici ce moyen à la mode ; Car si tous nos valets se taisaient forcément, Nous parlerions peut-être un peu plus librement.

La censure a fait main basse sur ce passage , d'où il faudrait conclure, ce me semble, qu'elle s'intéresse beaucoup aux domestiques qui parlent. Il est vrai qu'elle tient ses séances dans les bureaux de certaine direction générale, et personne n'a oublié qu'un noble pair a reconnu, l'année dernière, qu'un de ses valets de chambre n'était pas muet et surfout qu'il n'était pas sourd.

L'aventure de M. le duc de ***, sur lequel un de ses collègues veillait jour et nuit avec un soin si généreux, ne permettait pas à MM. les censeurs de tolérer de pareils vers. Quant à moi, je les ai écrits sans le moindre désir de provoquer quelque maligne allusion; et l'on me croira aisément , puisqu'ils sont faits il y a cinq ans, et que le valet de chambre de M. le duc de *** n'a été pris que l'année dernière en flagrant délit.

En parlant dans la môme scène des mœurs de la Turquie comparées à celles de la France , je faisais dire à Raymond :

Valons-nous mieux en France?

N'y fait-on pas trafic de son indépendance?

L'un se vend pour de l'or, l'autre pour des honneurs ;

On connaît le tarif de certains orateurs.

Ou eu a vu gagner qui passaient pour intègres,

lit les blancs aujourd'hui sont plus chers <|uc les nègres.

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Je l'avoue , je m'attendais à la suppression de

cette petite tirade , elle est trop vraie pour être

permise.

Mais je n'aurais jamais pensé qu'on exigeât le

changement de ce vers ,

J'ai pris depuis long-temps la justice en horreur.

Il n'est pas un homme , tant soit peu ennemi des procès , qui n'ait cent fois dit la même chose. Si quelqu'un pouvait se plaindre de cette suppression , ce seraient à coup sûr les magistrats ; car c'est leur faire la plus sanglante injure que de supposer qu'un pareil vers pût donner lieu à de méchantes applications contre les corps judiciaires. J'ai dû substituer la chicane à la justice. Ce seul exemple doit , ce me semble , prouver que la comédie est impossible dans un pays où rien n'est fondé, où rien n'est institué et où les hommes publics ont si peu d'aplomb , si peu de consistance , qu'un sourire du parterre leur fait perdre l'équilibre. Molière ne pourrait pas faire dire aujourd'hui , voilà une justice bien injuste. On redouterait une application , mais ce grand poète n'est-il pas traité de révolutionnaire , et n'est-ce pas lui qu'on accuse dans un ouvrage , récemment publié sous les auspices du parti dominant , d'avoir détruit en France toutes les supériorités sociales ? On ne veut pas voir que dans tous pays je ne dis pas libre , mais seulement

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civilisé , le théâtre est toujours du parti de l'opposition. C'est la peinture du crime heureux, ou du vice en crédit que l'auteur dramatique expose aux regards. C'est sur les victimes de la fortune et du pouvoir qu'il appelle l'intérêt.

li'autorité tombe dans une erreur grave quand elle espère pouvoir empêcher toute maligne application; il n'est ni ordonnance, ni menace qui puisse arrêter l'explosion d'applaudissemens que fait éclater une maxime de tolérance , parce que ce mouvement électrique s'échappe à la fois de toutes les âmes , et qu'on ne censure pas le public assemblé comme l'auteur. Le dernier gouvernement n'était guère plus raisonnable ; on disait alors qu'une autorité nouvelle ne saurait être trop ombrageuse. On répète la même chose à propos d'une autorité ancienne.

Qui croirait qu'on n'a pas permis à l'acteur, qui joue avec un talent digne du premier Théâtre français le rôle du Soldat laboureur , de se revêtir du costume qu'Horace Vernet a donné à son vieux guerrier dans une de ses plus belles et de ses plus nobles compositions?

L'autorité prend d'ailleurs une peine inutile ; plus elle redoute les applications , plus le public en fait. 11 en trouve partout , même dans les pièces qui en paraissent le moins susceptibles. Un jour où il semblait qu'un accusé n'avait pas eu pour sa

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défense toute la liberté désirable, n'a-t-on pas applaudi avee affectation la réponse d'une suivante qui, congédiée par sa maîtresse, lui disait : « Eh ! madame , il ne faut pas condamner les gens » sans les entendre. » La semaine dernière, on jouait la Femme jalouse à la Comédie française ; au moment où le mari vient enfin de s'affranchir de la tyrannie de sa femme, un personnage s'écrie :

Un esclave a raison, quand il brise ses fers.

Et la salle retentit des plus vifs applaudissemens.

Quelle est la censure , quelle est l'autorité qui l'aurait prévu, ou qui aurait pu l'empêcher ?

On a beau faire , le public assemblé , je le répète, est toujours un peu frondeur; l'autorité n'a pas de meilleur parti à prendre que de fermer les yeux , ou que de profiter de l'avertissement. Si elle s'irrite, elle supprimera deux applications, et on en trouvera dix autres. Si elle laisse faire, les applications s'useront d'elles - mêmes. Elle révèle d'ailleurs sa faiblesse par des mesures prohibitives ; quelle idée se fait r- on d'un pouvoir qui tremble devant un hémistiche et qui recule devant un couplet ?

11 y aurait un autre moj'en d'éviter certaines allusions ; mais ce n'est point ici le lieu de l'indi-

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quer; je n'ai voulu publier que des réflexions qui me semblent justes ; et , quelque ridicules que soient tant de choses qui se passent sous nos yeux, mon dessein n'est pas de faire un cours de politique à propos de comédie.

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