ACTE I, SCÈNE flï. il
RAYMOND
Sans doute ; quel est-il ?
SAINT-LÉGER
Tu pourrais le Connaître :
Il est aussi robin , mais robin petit-maitre.
RAYMOND
Serait-ce Floridor?
SAINT-LÉGER
Justement c'est son nom.
RAYMOND
Celui-là sait unir la chicane au bon ton ; On ne rançonne pas avec plus d'élégance , Sa charge lui rapporte un bénéfice immense. Mais il ne descend pas à de petits procès. Tous les jours en voiture il arrive au Palais. Monsieur pour s'enrichir a plus d'une ressource; Il quitte le barreau pour aller à la bourse ; Et le soir , voltigeant du théâtre au foyer , Il y spécule encor pour se désennuyer.
Raymond, je parirais que Jenny le déteste. Il faut nous opposer à cet hymen funeste.
RAYMOND
De l'empêcher, mon cher, je ne vois pas moyen : Le père et le futur se conviennent si bien !
la LES PLAIDEURS SANS PROCÈS.
SAINT-LÉGER
Je ne souffrirai point un pareil sacrifice , Raymond, je serai mort avant qu'il s'accomplisse. J'olfre à Jenny mon cœur , ma fortune et ma main. Mais le temps presse , hélas ! mon ami , c'est demain , Demain , y songes-tu ? ,
RAYMOND
Si , par un stratagème...., Je pouvais m'introduire j arrangeons bien mon thème. Un immense héritage..., un voyage lointain..., Beaucoup d'or à gagner..., un grand procès enfin.
SAINT-LÉGER
Eh bien ! que trouves-tu ?
RAYMOND
Laisse-moi , je compose.
Je veux improviser une superbe cause...
Ah! morbleu! maintenant je suis sur du succès...! Mais , réponds-moi , d'abord , as-tu peur d'un procès ?
SAINT-LÉGER
Ah ! le mot seul me cause une frayeur mortelle.
RAYMOND
Eh bien , sans un procès tu n'auras pas ta belle.
Comment?
RAYMOND
Il te survient un terrible ennemi.