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Les Plaines du Poitou

Entre les massifs granitiques du Limousin et de la Gâtine, aux formes renflées, au relief bossué et rugueux, s’insère une région de plaines calcaires qui se relie vers le nord aux pays de craie de la Touraine, et vers le sud à ceux de la Saintonge. Avec les massifs anciens il y a surtout des contrastes, mais, du côté de la Touraine et de la Saintonge, c'est par transitions ménagées que l’on passe d’un pays à l’autre. Les analogies l’emportent sur les différences.

C'est bien, en effet, un pays de transition entre le nord et le sud, que ces plaines calcaires qui masquent l’isthme souterrain par lequel le massif central se relie au massif armoricain. Leur altitude moyenne ne diffère pas beaucoup de celle des con-. trées qui leur sont contiguës au nord et au sud. Elle oscille autour de 145 mètres, alors que dans le sud de la Touraine le plateau de Sainte-Maure se tient entre 120 et 135 mètres, et que du côté de l’Angoumois et de la Saintonge le sol ne s'élève guère au-dessus de 150 mètres. C’est une des contrées les plus uniformément plates de la France, qui bien souvent ferait songer à la Beauce, sans les profondes vallées que l’on ne soupçonne pas à distance et qui s'ouvrent brusquement sous les pas du promeneur, dont le regard plonge sur de vertes prairies encadrées de peupliers, de saules, de frênes; l’eau serpente d’une rive à l’autre, tantôt caressant des prés émaillés de fleurs, tantôt léchant le pied d'un rocher qui tombe à pic, tantôt se brisant sur un barrage établi en travers du lit pour faire tourner la roue d’un moulin. Ces espèces de déchirures pratiquées dans le manteau si uni de la plaine en sont à peu près les seuls accidents; de telle sorte que, suivant une ingénieuse remarque, le relief apparaît surtout en creux!. Dans la région de Saint-Maixent, des dislocations d'ordre tectonique ont exagéré ce caractère. Une longue vallée, véritable

1. Wezscu. Réunion extraord. Soc. géolog. à Poiliers, p. 798.

fosse d’effondrement, s’ouvre à plus de 100 mètres au-dessous des plateaux entre La Mothe-Sainte-Héraye et Saint-Maixent, faisant de ce coin de pays un des plus pittoresques du Poitou. Mais à l’ouest de Saint-Maixent l'altitude s’abaisse rapidement dans la direction de la mer. La plaine de Niort ne dépasse pas 60 m. en moyenne, celle de Luçon se tient entre 15 et 40 m. Tout se perd bientôt dans la platitude infinie du Marais, et sur les bords de la baie de l’Aiguillon, parmi les platins de vase couverts de salicornes, on se demande où finit le domaine de la terre ferme et où commence celui de la mer.

Par l'harmonie des éléments qui les composent, en même temps que par les dilférences qu'elles présentent avec les contrées voisines, les plaines du Poitou constituent une région naturelle. Elles ne correspondent pas à une division historique : le territoire de l’ancienne province de Poitou englobait la Gâtine et le Bocage, pays tout différents par leur sol, leurs productions et la vie de leurs habitants, pays annexés à la plaine pour des raisons historiques, mais qui n’en sont point une dépendance géographique. Leurs analogies sont avec la Bretagne. Par contre, l’Aunis, qui géographiquement est inséparable des plaines poitevines, a eu des destinées historiques différentes de celles-ci. Pourtant, ni par le sol, ni par le climat, ni par les productions, il ne diffère de la plaine de Niort, dont il prolonge jusqu’à la mer le plan doucement incliné vers l’ouest. Enfin, l’évolution est intimement liée aux vicissitudes de la côte. Mettre en lumière l’individualité géographique des plaines du Poitou, tel est le but que nous nous sommes proposé en entreprenant cette étude.

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Les limites des plaines. — Relations avec la Gätine. — Du côté de la Gâtine, les limites de la plaine sont nettes; le passage du calcaire aux roches cristallines. est un fait trop fertile en contrastes pour ne pas se traduire de mille façons dans le paysage, en affectant aussi bien le milieu humain que le milieu physique. Aux approches du massif ancien, le sol se relève. Du côté de la plaine de Neuville la pente est faible; Amberre, auprès de Mirebeau, est à 120 m.; Thénezay, à 160 m.; la Peyratte, à 170 m.; Parthenay, à 180 m. Au sud-est de Parthenay, un brusque ressaut met en plein relief la butte granitique du Terrier-du-Fouilloux, qui se trouve être, avec ses 273 m., un des points culminants de la Gâtine. Elle produit d'autant plus d'effet qu’elle se dresse à la limite même de la plaine, la dominant de près de 100 m. On aperçoit de partout sa silhouette bombée, un peu aplatie au sommet. C’est l’endroit où se manifeste avec le plus de vigueur l’opposition entre la platitude de la plaine, qui descend vers Poitiers avec une pente imperceptible, et les formes bosselées qui surgissent à l'improviste à la surface des schistes et du granit. Dans la plaine, c’est partout la ligne horizontale qui obsède les yeux; des cours d’eau très rares, des vallons secs à peine dessinés, de grands espaces vides entre les bourgs éloignés les uns des autres, voilà ce qu'on aperçoit du haut du Terrier-du-Fouilloux

quand on regarde vers le N.-E. Que l’on se retourne vers l’W., et le tableau change; on voit devant soi un pays tout couvert de mamelons arrondis, entre lesquels courent des ruisseaux alertes, une végétation touffue de chênes têtards plantés dans des haies si nombreuses que l’on a de loin l'illusion d’une forêt, des habitations disséminées de tous côtés el comme cachées dans la verdure. Les vallées ont des formes heurtées ; leur fond n’est pas plat, mais irrégulièrement bossué dans l'intervalle des étroites rainures où se tord un ruisseau sans cesse entravé dans sa marche par des blocs qui barrent son lit. Des pans de rochers noirâtres ou gris, parfois violacés, surplombent le fond des vallons, mettent des murailles lisses à leurs flancs, ou bien tombent en cascades depuis le sommet des coteaux. Que l’on aborde la Gâtine par Thouars, par Ménigoute ou par Fontenay, l'aspect est toujours le même, l'opposition aussi tranchée avec la plaine.

Il est cependant une région où le changement est moins soudain: c’est au nord de la plaine de Niort, entre Champdeniers et Chantecorps. Une transition se manifeste entre les deux topographies, grâce à des lambeaux de terrains jurassiques restés en placages sur les schistes cristallins. C’est ce que M. Welsch a appelé l’'Entre-Plaine et Gâtine'. Une série de compartiments morcelés par des failles, coupés de profondes vallées étroitement encaissées dans des schistes violacés, portent à leur partie supérieure des tables horizontales de grès et de calcaires liasiques, parfois surmontés d’un peu de bajocien. On y voit surtout du lias marneux, tout en culture. Une terre rouge, épaisse, recouvre les formations sédimentaires; des champs de trèfle et de luzerne découpent leurs rectangles entre des haies de chênes têtards. Des sources d’eau vive se font jour à la base des calcaires, donnant naissance à de gros ruisseaux. Des bourgs les accompagnent, Champdeniers, Chantecorps, Ménigoute. Ce sont des fragments de plaine conservés à la surface des roches anciennes; les deux paysages marient leurs vallons et leurs champs semi-découverts, leurs prairies naturelles et leurs prairies artificielles, l'aspect de plaine et l’aspect de bocage.

Au point de vue économique, la Gâtine est étroitement dépendante de la Plaine; pays de prairies et d'élevage, elle doit faire appel à sa voisine pour s’approvisionner en grains. Longtemps son maigre sol siliceux ne lui a permis de récolter que du seigle, en quantité insuffisante pour sa consommation. C'était surtout la plaine de Niort qui pourvoyait à sa subsistance ; elle lui envoyait ses blés et ses orges, recevant en échange les bœufs parthenais *. La Gâtine ne pouvait se fournir ailleurs. Sa situation géographique et la nature de ses produits lui faisaient une nécessité de s'associer à cette dernière ; l'union politique devait nécessairement en résulter.

Relations avec le Massif central. — A la lisière orientale des plaines, le Massif central répète exactement les aspects de la Gâtine vendéenne. Même sol et même topographie, même abondance de ruisseaux et mêmes produits. Il y a toutefois plus

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