LARVARON. Économie rurale
2. Le changement de forme du portail correspond à un changement de cultures ; le plein cintre apparait à Ruffec pour régner au sud en même temps que le vignoble, et il possède la même aire d'extension que celui-ci. Il en est de même en Aunis. Les explications que donnent à ce sujetles habitants ne nous ont pas paru probantes.
3. Arch. Vienne, C 621, mémoire de Tixier à l’Assemblée provinciale (1787).
aux étables les dimensions intérieures et l’aération qui font défaut à la plupart d’entre elles!. Les granges sont remarquables par leurs faibles dimensions; elles ne dépassent guère en hauteur la maison d'habitation : c’est qu’elles servent à renfermer le grain et qu'on y met rarement la paille, jugée trop encombrante; celle-ci reste en meules dans la cour ou dans un champ voisin de la ferme; dans le Marais, les foins ne Sont pas davantage engrangés, on en fait aussi des meules qu'on laisse dehors.
Presque partout les constructions et les murs de clôture sont édifiés en moellons, pierres plates du jurassique que l’on empile les unes sur les autres sans y mettre toujours du mortier, du moins pour les murs de clôture. Cette coutume, très répandue dans le Loudunais, donne aux fermes de la région un aspect caractéristique. Quant à
* Frc. 60. — Le batlage du grain dans le Marais, près de Marans.
la maison du fermier, elle est souvent en pierres de taille soigneusement maçonnées. La cour de la ferme, où s’ébattent les volailles, laisse en général à désirer comme propreté ; le fumier y occupe une place d'honneur, le plus souvent à côté du puits, et il est fréquent de voir le sol recouvert d’une couche de paille ou de fougères coupées qui fait comme une litière. Ces usages répandus dans la Vienne, même aux portes de Poitiers, deviennent plus rares dans les Deux-Sèvres et dans la région de Ruffec; ils disparaissent dans l’Aunis et le Marais, où règne une propreté méticuleuse. Dans ces régions, les cours sont soigneusement balayées, les fumiers reportés en dehors des bâtiments de ferme, dans une fosse créée pour cet usage. À cet égard comme à beaucoup d’autres, l’ouest du Poitou est très en avance sur la partie orientale.
Sous un hangar sont réunies les machines agricoles des types les plus divers; l'antique areau voisine avec la moissonneuse du modèle le plus moderne. Au cours de ces dernières années l'outillage a fait d'immenses progrès, l'emploi des machines
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se généralise rapidement; c’est moins l'effet du désir de perfectionner le matériel que de la nécessité où se trouve l'exploitant de suppléer par le machinisme à la rareté croissante de la main-d'œuvre. Le résultat du moins est d'obtenir un meilleur rendement du sol. Les grosses machines mues par la vapeur, qui comprennent surtout des batteuses, appartiennent presque toujours à des syndicats, dont les membres ont à tour de rôle la jouissance de la machine, comme cela se pratique à peu près partout en France. La moisson se faisant en juillet, le battage est terminé au mois d'octobre, ce qui rend le personnel de la ferme libre pour les travaux d'automne, labours et semailles. On n'entend plus guère retentir les coups cadencés du fléau que chez quelques petits propriétaires dont la récolte est trop minime pour qu'ils aient recours à la batteuse mécanique.
L'exploitation rurale se modernise donc de jour en jour. Seul l'emploi du bœuf comme animal de labour est resté persistant. C’est encore un trait qui rattache le Poitou au sud-ouest de la France. Ce n'est guère qu’au voisinage de la Touraine et dans quelques fermes de l'Aunis que l’on attelle le cheval à la charrue. Presque partout ce sont les bœufs parthenais et limousins qui servent aux travaux des champs; mais il existe une région du Poitou où ils sont remplacés par le bœuf de Salers : c’est une bande de territoire, d’une dizaine de kilomètres de large seulement, s'étendant de Ruffec à Niort, par le plateau de Melle, en reliant le Limousin à la vallée de la Sèvre. L'introduction de cette race en Poitou remonte au moins au début du dix-huitième siècle, car les bœufs rouges de Salers sont mentionnés dans un bail de 1709, qui concerne une paroisse de l'élection de Confolens, Maisonnais, très voisine du Poitou. Leur nombre tend à diminuer aujourd'hui, parce que cette race, fort rustique, excellente pour les travaux agricoles, se prête peu à l’engraissement. Comme les propriétaires poitevins engraissent maintenant leurs bœufs de travail pour les vendre comme animaux de boucherie, ils renoncent peu à peu à l'emploi du Salers.
Au moyen âge on donnait des noms différents aux exploitations, suivant le nombre de bœufs de labour qu'elles possédaient: le mas en avaitau moins quatre, la borderie deux, le quarteron un seul?. Beaucoup de fermes portent aujourd’hui le nom de mas ou de borde, qui rappelle cet ancien usage, actuellement tombé en désuétude. D’autres se sont conservés; à la ferme attiennent toujours le jardin potager et le verger; l’ouche sert toujours à parquer les bestiaux : c’est un pré entouré de haies vives où ils pacagent pendant la journée; le nom et la chose n’ont pas changé depuis le onzième siècle’. Un certain nombre de coutumes anciennes ont ainsi persisté jusqu’à nos jours, à la faveur de cette vie rurale poitevine, lente à se transformer et gardant une forte empreinte du passé.
1. Arch. Vienne, C 741, Registre. — Maisonnais se trouve à 20 kilomètres au sud du coude que fait la Vienne à Exideuil,
2. De Loxcuemar, I, p. 272, — Ces noms apparaissent dès 1029 (tables de Dom FONTENEAU, p. 91).