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I. — Les industries du passé

Le commerce du sel. — Le sel, ce produit de première nécessité pour l’alimentation de l’homme, a été fourni en abondance, jusqu’au dix-neuvième siècle, par les salines qui bordaient la baie d’Aiguillon et la côte d’Aunis; leur réputation resta très grande en France et dans l'Europe du Nord-Ouest, tant que la difficulté des communications empêcha la concurrence de celles du Languedoc‘.

Les salines du Marais et de l’Aunis ont pendant longtemps joué un rôle de premier ordre dans la vie économique du Poitou; c’étaient elles qui approvisionnaient l’intérieur de cette denrée de première nécessité. Pendant le moyen âge, les routes les plus fréquentées étaient celles qui unissaient Poitiers et le Limousin aux salines de la côte. Une charte de l’an 1100 mentionne la via Salinaria qui réunissait l’Aunis à Availles, par Couhé et Brux; plus tard on l’appellera le grand chemin des Saul-niers. Un autre grand chemin des Saulniers passait à Sauzé et à Civray, et dans la région de Poitiers on ne compte pas moins de neuf autres chemins qui servaient au même trafc?. La plupart des grandes abbayes possédaient des salines en Aunis*. Il est fort intéressant de constater que de simples particuliers, habitant les environs de Niort ou de Poitiers, y étaient aussi propriétaires d’un certain nombre d'’aires :

1. BorssoNNADE. Essai sur le travail, I, p. 31. 2, Réper. Dictionnaire topogr. de la Vienne, p. 289. 3. Faye. Vigueries d'Aunis, p. 390 et suivantes.

en 496, l'abbé de Nouaillé, Rotard, fit don à son abbaye de ses biens, qui comprenaient deux alleus situés dans la banlieue de Poitiers et deux marais salants, dans le marais de Voutron, près de Chatelaillon. En 96%, le vicomte Katalon donna à l’abbaye de Saint-Maixent des terres voisines de Brioux-sur-Boutonne et 100 aires de marais salants en Aunis'. Cette distribution de la propriété privée au dixième siecle est tout à fait remarquable et fait saisir sur le vif quelle importance jouait alors dans la vie du Poitou le commerce du sel.

La liberté dont il jouit plus tard dans la province, qui n’était pas pays de gabelle?, a maintenu la prospérité des salines jusqu’au moment où l'établissement de voies de communication faciles et rapides a permis aux produits des bords de la Méditerranée et au sel gemme de l'Est de leur faire une concurrence victorieuse. La seconde moitié du dix-neuvième siècle a vu la disparition totale des marais salants de la baie d’Aiguillon; ceux de la Rochelle ont aussi beaucoup perdu en étendue ; l'ile de Ré seule a conservé les siens intacts.

Les anciennes industries. — Les forges. — Le Poitou a été jadis, comme le Berry et le Périgord ses voisins, un des pays de forges de la vieille France. Le minerai de fer que recèlent les sables tertiaires dans la région des brandes a été exploité sur une foule de points dès l’époque gauloise et gallo-romaine?. Les amas formés à la surface du sol par les déchets de fabrication ont recu des habitants les noms de Ferriers ou Ferrière, qui reviennent fréquemment dans la nomenclature locale*. Les procédés de fabrication étaient fort imparfaits, les déchets contiennent encore plus de la moitié de leur masse de fer, le reste étant constitué par de la silice. À la même époque on exploita les gites de plomb argentifère de Melle et d’Alloue, qui se rencontrent dans les calcaires liasiques. La butte qui porte la ville de Melle est criblée de galeries où l’on a découvert des monnaies romaines du deuxième et du troisième siècle. L'exploitation minière a persisté à Melle jusqu’au neuvième siècle au moins, car un atelier monétaire y existait sous le règne de Charles le Chauve.

Pendant tout le moyen âge, l’industrie du fer a continué d'être florissante. Du onzième à la fin du treizième siècle, le fer et l'acier poitevins se sont exportés dans toute la France et même au delàf; les artisans s'étaient fait une spécialité de la fabrication des armures, qui acquirent une grande renommée; mais des instruments aratoires et des produits d'usage courant sortaient aussi de leurs ateliers. Le village de Nieuil-l'Espoir, dans la vallée du Miosson, a tiré son surnom de la fabrique

1. Tables de Dom FoNTENEAU, dans Mém. Soc. Antiq. de l'Ouest, t. IV, passim.

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