DE DrENNE, Desséchements..…., p. 46 et suiv
2. CLouzor, Marais de la Sèvre, p. 19-20. — Perrir, Améliorations.
3. Ilest probable qu’au début ces cabanes ont été de véritables huttes, comme celles des colliberteà ; de là serait venu leur nom.
centaines d'hectares, les cabanes sont distantes les unes des autres d’un kilomètre environ. Il en résulte que l’on a d’un côté sur les îles de gros villages où vit la majeure partie de la population, et de l’autre, dans les marais desséchés, des habitations régulièrement dispersées; ici comme dans les pays d'anciennes brandes, c’est le régime de la grande propriété qui a fait naître cette dispersion, qui ne remonte pas à plus de deux siècles.
Les rapports qui unissent les groupements de population avec les modes d’exploitation du sol agricole apparaissent avec plus d’évidence encore dans la répartition suivant la densité; une carte de cette nature pourrait se superposer exactement sur une carte agronomique de la contrée; aux sols riches et bien cultivés des plaines
F1G. 63, — Une rue à l’Aiguillon.
correspondent les fortes densités; aux sols pauvres des brandes correspondent des espaces vides. L’arrondissement de Montmorillon ne possède que 34 habitants au kilomètre carré, celui de Niort en a 75, et celui de la Rochelle 90. Mais ces moyennes s'appliquent à des étendues encore trop vastes. En fait, la densité s’abaisse aux environs de 25 habitants sur les sols de brandes compris entre la Vienne et la Gartempe, puis entre Chauvigny et Usson et sur le plateau de Béruges. Dans le canton de Saint-Julien-l’Ars, la commune de Pouillé compte 26 habitants au kilom. carré, celle de Vernon 22. Par contre, la plaine de Neuville, au voisinage de la vallée du Clain, offre une moyenne de 75 habitants au kilom. carré; il en est de même dans la vallée de l’Envigne, où la culture maraîchère exige une main-d'œuvre considérable. Dans la plaine de Niort, des densités comparables s’observent le long de la vallée de la Sèvre, depuis Saint-Maixent jusqu’à Velluire, en empiétant sur la partie orientale du Marais. L'ile de Ré présente la proportion de beaucoup la plus élevée, avec
1. Ministère du Travail, Résultats... du recensement de 1906, t, 1%, p. 60, 68 et 69.
172 habitants au kilom. carré. C’est une loi générale, qui se vérifie sur toutes les côtes, que les îles et les promontoires sont toujours extrêmement peuplés; mais ce qui distingue l’île de Ré et la pointe d’Aunis des régions analogues, des côtes bretonnes, par exemple, c’est que leur surcroît de population provient non de la vie maritime, comme on pourrait s’y attendre, mais uniquement de l’agriculture!. On ne peut guère l’attribuer à une autre cause qu'aux avantages du sol et du climat.
Chose curieuse, le recensement de 1906 a révélé un phénomène rare dans les contrées agricoles : la population éparse s’est accrue dans un certain nombre de cantons, tandis que la population agglomérée diminuait de nombre : c'est le cas dans les arrondissements de Châtellerault, de Montmorillon, de Confolens, de Niort et de la Rochelle?. Dans celui de Poitiers, le canton de Saint-Julien-l’Ars a participé au même mouvement, que la mise en valeur des brandes explique en partie, mais non complètement; car les plaines de Niort et d'Aunis n'ont vu s’effectuer aucun défrichement-. Il y a là un déplacement de population, minime à la vérité, mais intéressant quand même, qui est trop récent pour qu’on en puisse démêler exactement les causes. Il conviendra d’attendre quelques années pour pouvoir l’étudier utilement.
Les villes. — Le persistant attachement des cultivateurs poitevins pour leur sol explique la rareté des villes, ainsi que leur médiocre chiffre de population. Poitiers n’a que 39.302 habitants, la Rochelle 33.858, Niort 23.329; il n’y a que deux villes au-dessus de 10.000 habitants : Châtellerault, qui en compte 18.180, et Fontenay-le- Comte, 10.326. Trois seulement dépassent 5.000 : ce sont Luçon (6.766), Saint-Maixent (5.401) et Montmorillon (5.051). Des sous-préfectures comme Loudun, Civray, Melle, Ruffec, n’atteignent pas le chiffre de population de simples chefs-lieux de canton, tels que Saint-Maixent et Luçon. Ce sont avant tout des marchés agricoles. Poitiers s’est établi au point de contact de la plaine de Neuville, riche et bien peuplée, et de la brande, pauvre et déserte. Sa forte situation militaire sur un promontoire entouré par deux rivières, son rôle d'étape au tiers de la distance entre Tours et Bordeaux, sa disposition centrale entre le Limousin et la Gâtine, la Touraine et l’Angoumois, en ont fait la capitale d’un des pays de France. Les causes de son développement ont été surtout des causes historiques; aucune autre ville de la même région ne s’est trouvée dans des conditions analogues, et c’est ce qui explique que Poitiers soit la seule ville importante du seuil du Poitou.
Dans la plaine de Niort, au contraire, les conditions naturelles étaient bien plus favorables à l’établissement de centres urbains, en raison de la richesse agricole du pays. Niort s’élève au milieu de la contrée la plus populeuse du Poitou, et elle est flanquée de deux satellites, Saint-Maixent et Fontenay-le-Comte, qui participent étroitement à ses destinées. Marchés agricoles, ces villes ont été aussi pendant deux