‹ Les Plaines du PoitouChapitre 124 sur 132 · Recensement de · texte numérisé non relu

Recensement de

siècles des centres d'activité industrielle autrement importants que Poitiers. Avec leur banlieue de grosses bourgades, elles constituent un foyer local de population dont l'influence morale et matérielle sur les pays voisins est loin d’être négligeable.

La Rochelle s’est développée à part, les regards tournés vers les pays d'outre-mer. Sa fortune, fondée dès le début sur l'exportation des vins et des eaux-de-vie!, comme celle de Bordeaux, puis brusquement entravée dans son essor au dix-septième siècle par les guerres religieuses et les persécutions dirigées contre les protestants, a langui jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle, où les transformations apportées à son port lui ont permis de renaître. Envasé depuis le dix-septième siècle, le havre de la Rochelle ne pouvait recevoir que de petits bâtiments de 50 à 60 tonneaux, lorsque des travaux entrepris en 1769 facilitèrent l'accès de bâtiments de 100 tonneaux?. Ces travaux, qui comprenaient l’exécution de jetées, d’une écluse de chasse au débouché du canal Maubec et d’un bassin à flot, ne furent terminés qu’en 1808. Deux autres projets d’agrandissement, datant l’un de 1839, l’autre de 1855, aboutirent à la mise en service, en 1862, d'un second bassin à flot. Le mouvement commercial s’accrut rapidement; le tonnage des navires passa de 234.574 tonneaux en 1871 à 657.216 en 1882; celui des marchandises atteignit à cette dernière date 395.913 tonnes à l'importation, et 55.506 à l'exportation.

Mais, malgré l'importance des travaux exécutés, la lutte contre l’envasement du chenal restait fort difficile à soutenir, et, d’autre part, les bassins ne pouvaient recevoir que des bâtiments de 5 mètres detirant d’eau. En présence de ces inconvénients, on résolut, dès 1870, de creuser un nouveau port en dehors de la baie, à la fois pour éviter les envasements et pour permettre l’accès des plus grands vapeurs. Ce fut celui de la Pallice, établi au N. de la pointe de Chef de Baie, dans un pli de terrain aboutissant aux grands fonds de la rade de la Pallice. Un bassin à flot long de 700 mètres et large de 400 communique par deux écluses avec un avant-port qui peut recevoir à toute heure de marée des navires calant de 5 à 6 mètres. Commencé en 1881, ce nouveau port fut livré à la navigation en 1891. Il a été doté d’un outillage fort complet par la chambre de commerce de la Rochelle, qui avait pris l'initiative de sa création. Un embranchement de chemin de fer de 8 kilomètres le raccorde à la gare de la Rochelle.

Le trafic a subi une progression croissante depuis l’ouverture; le tonnage des navires passait de 143,558 tonneaux en 1891, à 957.566 en 1900, à 1.467.442 en 1906. Celui des marchandises est monté dans le même laps de temps de 41,455 tonnes à 324.898 et 373.765, devenant sensiblement égal à celui des bassins de la Rochelle. Ce partage tient à ce que les maisons d'importation de charbon et de bois du Nord sont restées établies à la Rochelle même, tandis que la Pallice est devenue le port des pétroles et des phosphates. La houille vient au premier rang des marchandises

. BARDONNET, Terrier du grand fief d’Aunis.

. PAwWLOwSKI, le Promontoire d’Aunis. — Ports maritimes, t. 61, p. 19.

Ports maritimes, 6!, p. 52 et 59.

Statistiques annuelles publiées par la chambre de commerce de la Rochelle,

Fons

importées, avec 447.548 tonnes en 1906, soit les 2/3 du total; les engrais chimiques occupent le second rang, avec 63.000 tonnes; les bois du Nord le troisième rang, avec 15.000 tonnes. En face des 655.115 tonnes de marchandises importées figurent sculement 131.706 t. à l'exportation, se partageant par moitié entre la Rochelle-Ville et la Pallice'. L'infériorité des exportations tient surtout au caractère agricole de l’arrière-pays, qui n’est pas en mesure de fournir de gros frets de sortie. Néanmoins, avec son mouvement total de 786.821, tonnes en 1906, la Rochelle occupe aujourd’hui un rang fort honorable parmi les ports français. Les commerçants de la Rochelle voudraient faire de leur port le débouché sur l'Atlantique de la France centrale et de la Suisse, mais le taux élevé des tarifs de chemins de fer, et surtout le profil très accidenté des lignes unissant Lyon à la Rochelle par la France centrale, paraissent opposer à la réalisation de ce désir un obstacle difficile à surmonter. Nantes est beaucoup plus favorisé à cet égard?.

La Rochelle paraît devoir rester ce qu’elle est actuellement, un centre de distribution des marchandises importées à destination des contrées agricoles de l’intérieur. Par là son activité se lie étroitement à celle du Poitou, et la prospérité de son port dépend surtout des progrès accomplis dans la mise en valeur de la contrée. L’accroissement de la population de la ville, qui est très lent, est un autre indice de la prédominance quasi exclusive de la vie agricole jusque sur la côte. Dans un pays si profondément rural, le développement indéfini d’un grand centre commercial serait presque un paradoxe.

1. Minerai de fer, 15.900 t.; eaux-de-vie, 8,600 t,; orge, 2.060 t.; pommes de terre, 2.330 t.; les réexpéditions de charbons portent sur 37.000 t. 2, Pau Léon, Annales de Géographie, 1904, p. 395.

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