‹ Les Plaines du PoitouChapitre 28 sur 132 · ArGier. Bull. Soc. préhist, de France, 1906, p · texte numérisé non relu

ArGier. Bull. Soc. préhist, de France, 1906, p

4. Carte marine n° 156. — TaouLer. Garte lithologique, feuille 17.

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dépôts marins de sable et de bri, c’est l'édification de dunes et l'érosion marine qui changent l'aspect de la côte.

Parmi ces agents de transformation, l’envasement tient de beaucoup la première place. Il est facilité par la configuration du littoral, par le régime des courants et par la nature des sédiments du large que met en mouvement chaque marée. On a déjà vu que le colmatage du marais s'était effectué à l’abri des pointes et des cordons littoraux. Les îles de Ré et d'Oléron remplissent le même rôle à l'égard des pertuis. Elles brisent la lame et arrêtent le vent. Elles modifient aussi la marche des courants de marée, dont il faut expliquer ici le mécanisme local.

Courants de marée. — A l'heure de la basse mer, l’eau est à un niveau plus bas sur le littoral et dans les pertuis qu’au large. Lorsque commence à se faire senur le flot, qui se propage d'ouest en est à partir de l’entrée du golfe de Gascogne, il y a appel dans les pertuis par les différentes passes qui les font communiquer avec l’extérieur. La direction N.W.-S.E. du littoral de la Vendée et des îles de Ré et d’Oléron oblige le flot à se dévier à leur rencontre vers le S.-E. En même temps la marée perd beaucoup de sa vitesse, par suite du frottement sur le fond et sur les rivages. A l’entrée N. du pertuis Breton, auprès du Grouin-du-Cou, cette vitesse est de 3.704 m. à l'heure (ou 1",08 à la seconde), de 3.433 m. (ou 0,95 à la seconde) à l'entrée W., au-dessus de la fosse de Chevarache'. Au milieu du pertuis elle n’est plus que de 2.222 m. (ou 0",61 à la seconde). Dans le pertuis d’Antioche, elle tombe à 1.296 m. (0%,36 à la seconde) : ce ralentissement extraordinaire tient à une cause spéciale. Ce n’est pas par l’ouest en effet que pénètre d’abord la marée dans le pertuis d'Antioche, mais par le sud, en franchissant le pertuis de Maumusson. En effet, à la basse mer les eaux de la Gironde, « pressées par un grand tourbillon dont Cordouan est le centre, s’échappent par la passe de la Coubre”? » et arrivent dans la partie orientale du pertuis d’Antioche avant que soit survenu le flot de marée venu de l'Océan par Chassiron. Les pêcheurs disent alors que Maumusson tire, et les bateaux à voile courent le danger d’être jetés à la côte. Lorsque le flot de l’ouest commence à se faire sentir, le niveau de l’eau dans le pertuis est déjà fortement relevé, l'appel a perdu de son énergie, et le courant de marée de nord-ouest se ralentit d'autant. Alimenté à la fois par le sud et par l’ouest, le pertuis d’Antioche se trouve rempli plus tôt que le fond du pertuis Breton; ses caux s’écoulent par le coureau de la Pallice, couloir profond et resserré, où elles acquièrent une vitesse triple de celle dont elles étaient animées dans le pertuis d’Antioche; la vitesse se réduit ensuite progressivement vers le N.-E. à mesure que la marée pénètre dans la baie d’Aiguillon, qui est la dernière à se remplir. A l’heure du jusant, le phénomène est renversé : les eaux des deux pertuis s’écoulent vers le N.-W., celles de la baie d’Aïguillon s'échappent presque uniquement vers le S. par le coureau de la Pallice.

1. Ces chiffres sont empruntés aux cartes marines n°155 et 156. 2, BouquET DE LA GRYE. Ass. av. Sciences, la Rochelle, 1882, p. 1154.

Apport des vases de la Gironde. — Au cours de leur flux quotidien, les marées entrainent avec elles dans les pertuis les matériaux constamment rejetés par la Gironde. Leur masse est énorme; on l’a évaluée à un total annuel d'environ 7.500.000 mètres cubes!. La plus grande partie est emportée vers le nord. Elles se déposent au fur et à mesure, dans l’ordre de densité, en dessinant un ruban de sables et de vases qui va rejoindre au large de Noirmoutier les apports de la Loire?. Mais avant de se fixer sur le fond de la mer, les boues girondines restent longtemps en suspension dans les eaux marines, qui en sont saturées; elles pénètrent avec elles à chaque marée dans les pertuis jusqu’au fond des anses les plus éloignées. A l’apport normal du flot quotidien s'ajoute celui que provoquent les tempêtes. « L'action des lames se fait alors sentir jusqu'à 50 m. de profondeur; la vase... est agitée comme la poussière des rues aux approches d’un orage. Elle colore les eaux jusqu’à la surface, et cette teinte s’accuse au fur et à mesure que les fonds diminuent, le sable se dépouillant de plus en plus des dépôts qui le recouvrent en temps calme. Cette eau colorée entre avec le flot dans les pertuis, y trouve un calme relatif, le dépôt s’y opère, et comme la vase contenue est un peu agglutinative, qu'elle se contracte au repos jusqu’à ne tenir, au bout de vingt minutes, que la dix-millième partie de son volume primitif, ce dépôt adhère à celui précédemment formé, et, si le calme se prolonge, le tout acquiert bientôt sous pression la consistance de l’argile?. » C’est ce qu’on appelle le bri. M. Bouquet de la Grye a évalué à 21 millions de mètres cubes environ le volume des vases tenues en suspension dans l’eau des pertuis pendant un coup de vent*. En temps ordinaire il est infiniment moindre, mais il est encore suffisant pour donner aux eaux une teinte grisjaune caractéristique. Lorsqu'on traverse les pertuis à l'heure de la marée montante, on voit se succéder des alternances de bandes jaunes et vertes qui s'aperçoivent de très loin et qui paraissent être en rapport avec les variations de profondeur.

Le bri s’accumule en bancs d'épaisseur très variable, dont la répartition irrégulière obéit à des causes encore insuffisamment connues. C'est dans la partie orientale du pertuis Breton qu'il atteint sa plus grande puissance : de la Pallice au Rocha et à la pointe de l’Aiguillon s’étend un banc de 80 kilom. carrés environ, qui est recouvert de moins de 5 m. d’eau. Dans la baie d’Aiguillon la mer se retire à marée basse jusqu’à 5 kilom. du rivage, en laissant la baie presque entièrement à sec. De la pointe de l’Aiguillon à celle du Grouin-du-Cou, les fonds restent encore inférieurs à 5 m. sur une étendue de 50 kilom. carrés.

Il semble que plusieurs causes concourent à l'accumulation d'une pareille masse de vase : en premier lieu vient le rôle prédominant joué par l’île de Ré, immense briselames qui protège à la fois contre le vent et la houle du large. La mer, bien moins agitée dans la rade de l’Aiguillon qu'au milieu du pertuis, y abandonne en plus grande quantité qu'ailleurs la vase qu’elle transporte.

l. BOUQUET DE LA GRYE. Art. cité.

2. Taourrr. Carte lithologique, feuilles 17 et 18. 3. BOUQUET DE LA GRYE. Art. cité.

h. lbidem.

La vitesse des courants de marée en flot ne saurait entrer en ligne de compte. Il n'y a aucune corrélation entre le dépôt du bri et l'allure de la marée montante. Ce dépôt s’effectue activement dans la rade de l’Aiguillon, où le courant de flot est de 1 nœud et demi à l’heure, tandis que dans le pertuis d’Antioche, où ce même courant nest que de 01,7, le dépôt est très faible. C’est le Jusant qu’il faut considérer ; c'est lui, en effet, qui nettoie les pertuis en remportant les vases amenées par le flot. Plus il est rapide, moins celles-ci ont de facilités pour se déposer. Mais s’il vient à se ralentir, une partie des boues qu’il entraîne tombent au fond, en quantité d'autant plus considérable que la vitesse est plus réduite.

Enfin, le degré d’agitation de la mer influe de son côté sur l’envasement. C’est dans les bassins d’eau calme que se décante de préférence le bri, et la mer est d'autant moins agitée qu'il se présente au-devant des lames des obstacles naturels, îles et cordons littoraux. De simples récifs, qui ne découvrent même pas à marée basse, remplissent un rôle identique. Le banc de sable qui a donné naissance à la flèche de l’Aiguillon et aux dunes de la Faute doit son origine beaucoup moins à la protection de l’île de Ré, distante de 12 kilom., qu’à la présence d’une série de rochers sous-marins, échelonnés au voisinage de la côte depuis la Tranche jusqu’à la pointe de l’Aiguillon : rochers de la Tranche, rocher d’Aunis, rocher sans nom, situé par 3",50 à 6 m. de profondeur, à 3 kilom. au S. de la pointe du Rocher, autre rocher sans nom par 3%,50 de fond, à 4 kilom. sud de la cabane de Rollière, ancienne roche des Jaux, jadis reconnue à l’ouest de la pointe d’Aiguillon et maintenant recouverte par les sables!. Cette chaîne d’écueils a constitué une barrière suffisante pour amortir les lames du large et les obliger à déposer les matériaux solides qu’elles tenaient en suspension.

Des faits identiques se sont passés le long de la côte d’Aunis. La présence des roches du Lavardin, de Châtelaillon, des îles d'Aix et Madame a déterminé le colmatage des baies du littoral en avant des marais de Rochefort : l’anse de Fouras, où la mer découvre à 5 kilom. de distance, est le pendant exact de la baie d’Aiguillon.

Ainsi donc, les parties abritées de la côte sont celles où s’exerce avec le plus d’activité l’œuvre de colmatage par le bri. Il est logique de constater que les parties avancées vers la haute mer sont aussi celles où il se produit le moins de dépôts. Sans cesse balayées par les vagues, qu'aucun récif n'arrête, les côtes occidentales de Ré n’offrent qu’une plate-forme rocheuse exempte de tout dépôt vaseux; une étroite frange sablonneuse collée au rivage se montre seulement dans quelques anfractuosités. De même le banc rocheux du Grouin-du-Cou conserve une surface parfaitement nette, pendant que les vases et les sables vont se décanter à son abri dans les fosses voisines. Au total, l’ensemble de ces faits s’explique aisément par le jeu des vagues et des courants de marée : les anses abritées s’envasent, les pointes exposées à la houle sont perpétuellement nettoyées.

Mais dans le détail certaines obscurités subsistent : pourquoi des bancs assez élevés

1. Il est possible que ce soit cette roche qui ait fait donner le nom de pointe de la Roche à l'extrémité de la pointe de la Faute (appelée pointe d'Arçay sur la carte d’E.-M.).

alternent-ils avec des trous qui descendent à 20 ou 30 m. plus bas ? Le pertuis Breton en offre plusieurs exemples. Les deux fosses de Chevarache, profondes à l’est de 62 m., à l'ouest de 39 m., sont séparées par un seuil transversal sablo-vaseux de 24 m. ; seulement, orienté W.S.W.-E.N.E., suivant le sens du courant de flot venu des Baleines. À l'E. de ce seuil, au-dessus de la fosse orientale de Chevarache, le flot porte au S.-E., comme à la pointe du Grouin-du-Cou. YŸ a-t-il corrélation avec le changement de direction du courant de marée? C’est probable, puisque en principe il doit toujours se former une barre au point où un courant change de direction, ou bien encore à la rencontre de deux courants différents. Pour résoudre la question, il faudrait faire une étude hydrographique spéciale de cette fosse.

Les mêmes difficultés se présentent pour expliquer l'existence d’un sillon de 14 m. de profondeur dans la rade de Saint-Martin-de-Ré, entre le Peu Breton au sud (— 2%,30) et le banc du Préau (— 2",60) au nord. On ne saurait invoquer une modification des courants, qui sont tous de même sens, en flot comme en jusant. Ces deux exemples suffisent à montrer la complexité des phénomènes qui déterminent et accompagnent la formation des bancs; bien des points restent encore à éclaircir dans cette question.

Rapidité de l’envasement. — La rapidité de l’'envasement est remarquable; elle se manifeste non seulement par le changement des contours du littoral et le recul progressif de la mer dans les baies, mais aussi par l’exhaussement continu du fond, que les sondages récents ont mis en évidence. Les cartes marines levées de 1822 à 1824 n'étaient déjà plus exactes au milieu du dix-neuvième siècle ; elles le sont encore moins de nos jours. En 1863, un levé de détail de la baie d’Aiguillon était rendu - nécessaire par les modifications qu'elle avait subies : sondes et dessin du rivage, tout fut à refaire. La belle carte au 14.400°, dressée à la suite de cette campagne par M. Bouquet de la Grye, ne s’en trouve pas moins périmée aujourd’hui. La mer a encore reculé, et le fond s’est relevé de 1 m. en quarante ans ; des sondages faits en 1906 n'indiquent plus que 3",17 d’eau au mouillage de l’Aiguillon, qui offrait une profondeur de 4",20 en 1863 et de 5 m. en 1824. Le taux d'exrhaussement d'un mètre en quarante ans, constaté au cours des quatre-vingts dernières années, paraît bien être le taux moyen pour la région des pertuis. On le retrouve identique dans la rade de la Pallice, où de 1824 à 1901 les fonds se sont uniformément relevés de 2 m. Les autres parties des pertuis n’ont pas été revisées depuis 1824 ; il est probable qu’elles révéleraient des faits de même ordre!. À supposer que la rapidité de l’envasement reste la

1. Déjà en 1824, Beautemps-Beaupré, comparant ses sondages à ceux qu'indiquaient les cartes antérieures, notait que le mouillage de l’Aiguillon avait beaucoup perdu de son étendue. « Le hautfond qui réunit l'ile de Ré à la terre ferme, dit-il, parait être de formation récente, » Les observations ultérieures n’ont fait que confirmer son impression. La barre de l’Aiguillon s’est exhaussée de plus de un mètre entre 1863 et 1906. En 1677, un chenal de 5",50 (3 brasses 2/3) se creusait depuis la rade de la Pallice, alors profonde de 7 m., jusqu’au mouillage de l’Aiguillon. En 1906 il ne restait plus sur son emplacement que 2 m. d’eau, et le chenal N.-$. avait fait place à un banc de vase. (Cartes marines n° 156 et 2116.)

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même sur les points où on l'a constaté, on peut prévoir que dans moins d’un siècle le mouillage de l’Aiguillon aura complètement disparu et que la baie asséchera en entier à marée basse. Sauf pour les barques, les communications ne seront plus possibles qu'au moment de la pleine mer entre la rade de la Pallice et le pertuis Breton, qui seront séparés par un haut-fond recouvert d’un mètre d’eau seulement aux plus basses mers. Bientôt après, le rattachement de l'île de Ré au continent viendra parachever cette évolution.

Cordons littoraux.— Les bancs de vase que nous avons vus s’accumuler changent de nature lorsqu'ils sont sur le point d’affleurer : le sable succède à la vase et constitue la surface du banc. Il donne alors naissance à des cordons littoraux. Celui qui va de Saint-Vincent-sur-Jard à la Tranche mesure 8 kilom. de longueur, et celui de l'Aiguillon, qui lui fait suite à l'E., n’a pas moins de 22 kilom. C’est au total une digue de 30 kilom. de long qui enferme à l’ouest le Marais poitevin. Dans l’île de Ré, l’isthme du Martray n’a que 2 kilom., et la pointe de Sablanceaux 1.500 m. seulement d’étendue.

Le cordon de la Tranche, de direction N.1/4N.W.-S.1/4S.E., s'appuie d’une part au continent, entre Saint-Vincent-sur-Jard et Longeville, et d'autre part à la pointe du Grouin-du-Cou, en dessinant un arc concave vers l’ouest, du côté où les lames viennent déferler. Sa courbure est très faible. Il s’est édifié sur un socle rocheux qui soude le continent à la pointe du Grouin et dont une série d’écueils, roches de l’Islatte, des Vendeurs, de la Marche, révèlent la présence. Le socle, de calcaire callovien probablement, n’est recouvert que de 1 à 6 m. d’eau. Ces conditions topographiques étaient favorables à l’établissement d’un banc de sable : la vase ne se dépose en effet que rarement sur des fonds aussi faibles, où l’eau est trop agitée; elle reste en suspension. Par contre, les matériaux plus gros et plus lourds qui constituent le sable tombent au fond de l’eau pendant l’étale et sont ensuite moins facilement entrainés que la vase par le jusant. Ils ont tapissé ainsi peu à peu le platin rocheux de Saint- Vincent et surélevé son niveau jusqu’à celui des hautes mers de vives eaux.

Alors sont apparues les dunes, complément naturel de tout cordon littoral sableux. Lors des mers de morte eau, inférieures en moyenne de 1,50 à celles de vives eaux, une partie de la plage découvre; le sable asséché offre une prise facile au vent, qui en déplace les grains, les accumulant en amas allongés, de direction perpendiculaire à celle où il souffle lui-même. La mer apportant toujours du sable, le vent ne cesse de trouver des matériaux pour accroître le volume et l’étendue des dunes qu'il a commencé à édifier. Constamment poussées vers l'E. par les vents océaniques, ces dunes ont peu à peu envahi les marais qui s'étaient formés à l'abri du cordon littoral, et elles ont atteint de nos jours une largeur moyenne de 2 kilom. et demi. La plus haute mesure 26 m., et beaucoup se tiennent aux environs de 20 m. Leurs progrès sont aujourd'hui arrêtés par des plantations de pins, entreprises au cours du dix-neuvième siècle, et couvrant une superficie d'environ 1.500 hectares. Les dunes de la Tranche paraissent être assez anciennes. À Saint-Vincent-sur-Jard, elles recouvrent la station

néolithique de Belesbat sur une épaisseur d’une dizaine de mètres, et des ruines

romaines ont été trouvées à leur sommet! ; c'est un trait qu'elles possèdent en commun avec les dunes de Soulac, dans la Gironde?. On sait, d’autre part, par un document de 1462, qu’au milieu du quinzième siècle le village de la Tranche existait déjà et que les marais voisins étaient desséchés et convertis en terres de labours*. L'établissement du cordon littoral est donc très antérieur au quinzième siècle. Les cartes marines du dix-septième siècle en donnent une représentation identique à l’état actuel ; on peut en induire qu’au cours des derniers siècles il n’a pas subi de changements appréciables.

On ne saurait en dire autant du cordon de l’Aiguillon, qui lui fait suite à l'est. Allongé en arc de cercle depuis la Tranche jusqu'à la pointe de l’Aiguillon, il fait un angle droit avec le précédent : disposition qui s'explique par l'alignement W.-E. des roches du Grouin et du banc de sable qui s'est constitué entre le Grouin et la baie de l’Aiguillon. Le cordon littoral, avec sa crête de dunes, s’est édifié au sommet de ce banc, et ses progrès ont été parallèles à ceux du banc de sable lui-même. C’est par l'ouest qu’il a débuté; de bonne heure il a gagné l'embouchure du Lay, car dès avant le quinzième siècle, peut-être avant le treizième, on avait desséché et mis en culture les marais qui s’étendaient au nord*. Vers la fin du quinzième siècle, le Lay devait se jeter dans la mer au voisinage de la ferme actuelle de la Belle-Henriette, et le cordon littoral commençait à s'ébaucher à l'E. du fleuve’. Une carte marine de 1627 indique un vaste banc de sable, appelé la Grande-Jument, sur l'emplacement actuel des dunes de la Faute; elle nous montre encore le fort de l’Aiguillon construit à l’extrémité d’une flèche de sable dont l’origine devait être récente, car entre 1627 et 1677, dans l’espace de cinquante ans, cette flèche s’est allongée de 4 kilom., ou de plus du quart de son étendue. Rien ne permet de supposer qu'elle se soit accrue moins vite auparavant. D'autre part, au cours de la période de cent cinquante ans qui va de 1676 à 1824, la flèche de la Faute a progressé de 5 kilom., soit des deux tiers de sa longueur totale. Le progrès des sables a constamment rejeté l'embouchure du Lay vers le S.-E. En 1676 elle se trouvait à la hauteur du hameau de la Faute, dont le nom signifie précisément «l’embouchure' ». Le cordon littoral, dans sa partie située à l’est du Lay, ne doit donc pas avoir beaucoup plus de trois siècles d'existence. Son allongement a entraîné l'édification de dunes alignées parallèlement à celles de l’Aiguillon, en laissant dans l'intervalle un couloir qui a été emprunté par le fleuve, dont l'embouchure se trouve reportée aujourd’hui à 5 kilom. au S.-E. du point qu’elle occupait au dix-septième siècle.

En allongeant son cours, le Lay a transformé la flèche de l’Aiguillon. Soumis à la

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