Serv. hydrogr., portef. 53, pièces 1 et
7. « La Faute, ou embouchure de la rivière Saint-Benoist. » (Carte de 1676.)
marée, l'estuaire du Lay est le siège d’un double régime de courants opposés. En flot, les eaux remontent vers l’amont; en jusant, elles reprennent leur cours normal vers la mer; le courant du fleuve est alors extrêmement fort et nous a paru dépasser 2 m. à la seconde devant l’Aïguillon. Il se porte d’abord vers la pointe de la Roche, puis s’infléchit à l'E. vers la flèche de l’Aiguillon, qu’il rase par le travers de l’île de la Dive, pour se porter de nouveau vers l’ouest et se perdre dans le pertuis, après avoir ainsi décrit une sorte d’S très allongée. Au sommet de la courbe qui avoisine la flèche de l’Aiguillon, les eaux atteignent leur plus grande puissance d’affouillement, comme il arrive dans tous les méandres; aussi est-ce là que l’on constate la plus grande profondeur du lit, —3 mètres au-dessous des plus basses mers, tandis qu'à 500 m. en amont on sonde —1",10, et qu’en aval les fonds se relèvent rapidement au-dessus de —1 m. Les matériaux emportés par le courant vont se déposer au point où celui-ci cesse de se faire sentir, en formant une barre sur laquelle il ne reste que 0%,20 d’eau à basse mer. Bien qu’il s'agisse d’un estuaire visité régulièrement deux fois par jour par les marées, les choses se passent exactement comme dans le lit d’une rivière située en plein continent, ce qui démontre une fois de plus le caractère de généralité des lois de la circulation des eaux dans les méandres.
En affouillant son estuaire, le fleuve à entamé la flèche de l’Aiguillon; à mesure que s’allongeait la pointe d’Arçay, il a de plus en plus étendu ses déprédations vers le S.-E., aux dépens du cordon littoral. En dehors du chenal suivi par Le Lay, la puissance du courant de jusant issu de l'estuaire, qui remplit l'office d’un bassin de chasse, a égalisé la surface de la plage qui découvre à basse mer ; c’est par un brusque ressaut qu’elle se raccorde avec le pied des dunes. Lorsque surviennent les tempêtes de sud-ouest, qui sont les plus violentes dans ces parages, les vagues, n'étant pas suflisamment amorties par un relèvement graduel de la plage, viennent déferler avec fureur à la base des dunes. Aussi le cordon littoral a-t-il perdu environ 200 m. de largeur au cours du dix-neuvième siècle. Les dunes qui le surmontent, ne dépassant que de 1 à 2 mètres les grandes marées, ne constituent pas un obstacle suffisant contre les progrès de l'érosion, qui seraient capables de couper la flèche en face de l’île de la Dive et de rétablir une ancienne passe, bouchée depuis la fin du dix-septième siècle”. On a conjuré le danger par la construction d’une digue de 11 kilom. de long, qui s'étend depuis l’Aiguillon jusqu'aux dunes de la Pointe. Protégée par des épis et par des bouchots à moules, elle à bien résisté jusqu'ici aux attaques de la mer?. Quant aux matériaux enlevés avant sa construction, ils sont allés s'accumuler à la pointe de l’Aiguillon, qui s’est accrue sensiblement de 1845 à 1893*.
Des phénomènes d’érosion analogues se manifestent aux dépens des dunes de la Faute, entre le hameau de ce nom et la ferme de la Belle-Henriette. Ces dunes ont la forme d’un fuseau dont la plus grande largeur n’excède pas 200 m., tandis qu'aux extrémités la hauteur se réduit à 5 ou 6 mètres; dans l'intervalle la dune de la Vigie « Petite passe » de 1 à 2 pieds d’eau à basse mer (carte de 1676).
Étude de l'érosion marine, réponse de M. Boussier, comm. marit, à Marans. . Comparer la 1'° édition de la carte E.-M. (1845) et la dernière (1893).