‹ Les Plaines du PoitouChapitre 38 sur 132 · Q \ ANNEE ES F · texte numérisé non relu

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F1G. 38. — Le couloir de Lussac.

distantes de 13 kilom. C'est leur point de plus grand rapprochement. Quand on suit ce couloir, on a l'impression très nette de se trouver dans une vallée; la plaine absolument plate sur laquelle on marche est encadrée à droite et à gauche par deux lignes de coteaux sensiblement parallèles et de même hauteur relative, aux pentes bien accusées. Tandis que les plateaux sont élevés de plus de 150 m. en moyenne {170 m. à Moulismes), le couloir ne dépasse pas 120 m. et descend même à 100 m. au hameau du Poirat. Aucun obstacle ne se dresse dans cette plaine, que routes et chemin de fer

traversent en ligne droite. Autour de Sillars, le calcaire bajocien est à nu, et des pointes rocheuses percent la surface des champs, parfois totalement dépourvus de terre végétale. Des lambeaux de brandes subsistent çà et là. La couverture sidérolithique indiquée en ce lieu par la carte géologique {feuille de Poitiers) n’existe pas, non plus que le lambeau de calcaire lacustre indiqué sur la route de Lussac à Montmorillon, au pied de la cote 156. Au voisinage de la Gartempe seulement quelques buttes argileuses aux contours adoucis atteignent 137 m. à Tout-lui-Faut, sur la route de Chauvigny à Montmorillon. A l’ouest de cette dernière ville, le coteau d’argiles marbrées qui porte la cote 156 et que couronne une épaisse couche de cailloux de quartz roulés, parfois gros comme le poing, s’abaisse en pente douce vers la plaine. Les argiles, qui ne sont pas protégées ici par un manteau de calcaires lacustres, ont coulé sur les pentes en entraînant jusqu'au fond de la vallée les cailloux de quartz du sommet; c’est ce qui explique la présence de ceux-ci à 30 m. en contre-bas de leur gisement normal.

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F1G. 39. — Coupe N.-S. à travers le couloir de Lussac.

Les couches du sol s’enfonçant doucement au nord, la ligne des points les plus déprimés suit le pied même du coteau nord, dont la tranche montre la superposition des terrains. Les calcaires bathoniens où s'ouvre la dépression ont été presque complètement érodés et laissent voir les couches bajociennes affleurer autour de Lussac et de Sillards. Des sables argileux marbrés affleurent à la base du plateau, dont la moitié supérieure est constituée par des calcaires et des meulières lacustres, surmontés de sables quartzeux. Des tuileries se sont installées sur l’affleurement des argiles près de Pindray et de Lussac. Les pentes, assez raides, sont couvertes de bois. Si l'on considère le tracé des ruisseaux qui parcourent la vallée, on voit qu’au pied de la bordure nord coule, dans la direction de la Vienne, le ruisseau de Villeneuve, et dans celle de la Gartempe le ruisseau de Poirat; des lignes de prés jalonnent l'intervalle qui sépare les sources des deux cours d’eau opposés. Au bas de la butte de Tout-lui-Faut (137 m.) sont logés trois étangs. Quand on se trouve sur le terrain, on est tenté de reconnaitre dans cet ensemble de traits la marque d’une ancienne vallée suivie par la Vienne avant le percement du défilé de Lussac; son altitude moyenne est celle de la haute terrasse d’alluvions à cailloux de quartz qui domine la rive gauche de la Vienne en face de

1. C’est un facies particulier du bajocien. — L'étude des formations superficiellés est à reprendre en: entier dans toute l'étendue de la feuille de Poitiers.

Lussac {118 m.). D'autre part, le cours de la Vienne en amont de Lussac, le couloir de Sillars et le cours de la Gartempe en aval de Jouhet sont en ligne droite. On peut encore remarquer que sur la rive gauche de la Vienne aboutissent, en amont de Lussac, deux vallées, l’une à Moussac, l’autre à Pensot, qui ont aussi cette direction N.-N.-E. Au-dessous de Lussac se jette le ruisseau de Mazerolles, qui devait primitivement aboutir à la terrasse de 118 mètres en face de Lussac et dont l’embouchure aura été entraînée au N. par les alluvions de la Vienne; ce ruisseau, qui coule aussi au N.-N.-E., se continue exactement par le ruisseau de Sillars sur la rive droite de la Vienne.

Tous ces faits paraissent de nature à faire supposer l'existence d’un ancien drainage au N.-N.-E. vers [a Gartempe, qui aurait précédé l’ouverture de l’étroit couloir qu'emprunte la Vienne au-dessous de Lussac; mais il ne faut pas se dissimuler que la preuve certaine d’un passage de la Vienne sur ce point n’est pas absolument acquise. Il n'y a pas d’alluvions proprement dites au fond de la plaine, mais seulement des éboulis de sables et d’argiles descendus du versant méridional. Enfin, il faudrait admettre qu'entre Lussac et Chauvigny la vallée actuelle n’était pas encore amorcée, ce qui est en contradiction avec l'existence de la terrasse de Civeaux, à 118 mètres d'altitude. Tout au plus pourrait-on supposer, si l’on voulait s’en tenir à tout prix à cette hypothèse, que la terrasse de Civeaux se serait constituée immédiatement après l'abandon du couloir de Lussac par la Vienne, avant que la rivière détournée vers le nord ait pu commencer à approfondir sa vallée.

Reste l'hypothèse d’une vallée monoclinale. L’enfoncement des couches du sol se faisant vers le N., il a dû s'établir au début un système de rivières conséquentes, coulant du S. au N. C’est encore aujourd’hui la direction suivie par le cours supérieur de la Petite Blourde jusqu'à Moulismes et par ses affluents de gauche, ainsi que par la vallée sèche où se trouve l’étang de Beaufour. Que ces rivières aient d’abord coulé à la surface des argiles en suivant la ligne de plus grande pente jusqu’à la rencontre de l’affleurement des calcaires lacustres du plateau de Pindray, puis que la résistance de ces calcaires, dont l'épaisseur au N. atteint rapidement 25 mètres, les ait obligées à en déchausser le pied en s’infléchissant au N.-E. vers la Gartempe, il ne semble pas que cette hypothèse soulève d’objection sérieuse. On peut supposer qu’un collecteur unique s’est établi en bordure du plateau lacustre pour aller se déverser dans la Gartempe. Constitué par la réunion des Blourdes et de leurs affluents, il aurait eu une origine purement locale. La Vienne, non encore captée en amont de Confolens, n’a dû y prendre aucune part. C’est seulement après qu’elle eut été détournée vers le nord que s’établit le système hydrographique actuel. Grâce au volume de ses eaux, elle prit l'avantage sur la Gartempe et détourna à son profit les ruisseaux tributaires de cette dernière. Le creusement de sa vallée entraîna la formation d’affluents obséquents greffés à angle droit Sur son cours, qui captèrent par érosion régressive les rivières antérieures : ainsi s'explique le coude que fait la Petite Blourde à Moulismes. Son cours supérieur, plus ancien, est moins encaissé que son cours inférieur, plus récent, et creusé par surcroît dans des calcaires jurassiques très durs. Cette hypothèse nous

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paraît plus vraisemblable que celle que nous avons exposée en premier lieu, et c'est vers elle que vont nos préférences.

B. Vallée du Clain. — L'origine du réseau du Clain est des plus simples : les eaux se sont écoulées normalement dans une sorte de gouttière très aplatie, de direction S.S.W.-N.N.E., que dessine la rencontre des dernières pentes du Massif central avec celles de la Gâtine vendéenne. L’axe de la dépression est jalonné par la Vienne, entre Port-de-Piles et le confluent du Clain, puis par le Claïn jusqu'à Voulon, et enfin par la Bouleure; sur cette artère troncale se greffent symétriquement une série d'affluents conséquents!, descendus des abords du Massif central et de la Gâtine. Mais si la direction de ces rivières est facile à expliquer, il n’en est pas de même de l’histoire des vallées ; l'extrême uniformité du relief dans ces plaines en grande partie formées de terrains lacustres restés sensiblement horizontaux, rend fort difficile l'étude des progrès de l'érosion. Il semble que pendant longtemps les rivières y soient restées indécises, faute d’une pente suffisante. Leur débit est maigre, les grandes pluies du Limousin, qui alimentent la Vienne, leur font défaut, et par surcroît les eaux s’infiltrent dans les fissures du calcaire. Aussi les terrasses sont-elles fort rares dans la vallée et manquent même tout à fait en amont de Vivonne. Malgré ces conditions peu favorables, on peut chercher à établir, en rapport avec les variations du niveau de base, un profil en long du cours du Clain à ses divers stades de creusement. Comme nous sommes en pays de plaine, nous admettrons que le profil d'équilibre ne diffère pas beaucoup aujourd’hui de ce qu'il a dû être autrefois. Reportons sur un graphique les positions successives occupées par le confluent de la Vienne qui a servi de niveau de base, et construisons les profils d'équilibre correspondants. Nous voyons que lorsque se déposaient, vers 80 ou 100 m. d'altitude, les hauts graviers de Châtellerault, la vallée du Clain devait s’enfoncer dans le plateau à une profondeur de 20 ou 25 m. jusque vers Voulon. Des terrasses alluviales correspondant à ce niveau existent en effet à Saint-Cyr (90-100 m.), à Jaulnay (102 m.), à Saint-Benoît (110 m.), dominant de 30 à 35 m. le lit de la rivière, et l’état de conservation de leurs éléments ne permet guère de leur assigner une date plus ancienne que la fin du pliocène.

Plus bas, à 15 m. au-dessus de la rivière, existent des lambeaux d’une autre terrasse, qui se rencontrent à Vivonne (100 m.) et à Jaulnay (80 m.), ainsi que dans la vallée de l’Auzance, près de Grandpont (90 m.) ?; dans le fond même de la vallée, au niveau du Clain, des alluvions du quaternaire inférieur et moyen ont livré des ossements d’éléphant antique, de mammouth et de rhinocéros à narines cloisonnées?, ce qui prouve que le creusement était totalement effectué au milieu de cette période‘. Ces derniers dépôts sont recouverts par un limon sableux peu épais (moins d’un mètre), qui ren-

1. De La No et DE MARGERIE. Programme d'une étude sur le tracé des cours d’eau.…, p.150.

2. Ce gisement, que nous avons trouvé, est omis sur la carte géologique.

3. Sablières de la Folie, près Poitiers, de Ligugé, etc. (WeLsca. Réunion extraord., p. 876). — DE LonGuEMmaAR. Etudes gtologiques, I, p. 430.

4. Le même fait s’observe à Chelles, auprès de Paris, dans la vallée de la Marne.

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ferme des coquilles du læss, mélangées d'espèces lacustres! ; il est à notér que ce limon de débordement ne se rencontre que dans le fond des vallées, et jamais sur les plateaux ; c'est un apport de rivière. Le læss du nord de la France, d'aspect si caractéristique, fait totalement défaut dans tout le Poitou.

Les méandres. — En résumé, le Clain nous apparaît comme ayant longtemps coulé à la surface du plateau avant de s'y enfoncer, ce qui expliquerait ses nombreux méandres, qui offrent d’ailleurs divers états d'avancement. Le défaut de pente et la faiblesse du débit aidant, la rivière avait dû d'abord allonger son cours en de multiples sinuosités, à travers un pays plat où elle divaguait sans peine. L’encaissement ayant commencé par l'aval, peut-être dès la fin du miocène, les méandres qui pouvaient exister entre Poitiers et le confluent de la Vienne ont eu le temps de disparaître par voie de régularisation progressive du lit; le fait est qu’on n’en découvre aucune trace en aval de l’Auzance. Au contraire, dans une section plus récente, de Poitiers à Saint- Benoît, on en compte cinq bien conservés, en particulier celui où s'élève la ville même de Poitiers ; l’arrivée d’un affluent de gauche du Clain, la Boivre, le transforme en une boucle presque fermée, reliée au plateau par un isthme de 500 m. de largeur seulement, légèrement déprimé; cette dépression « répond au point où les deux vallées sont le plus rapprochées.., C’est d’ailleurs à ce col que se trouvaient à peu près les douves des anciens remparts de Poitiers, dont on retrouve une partie en descendant sur la Boivre. » En allant vers Saint-Benoît par la route de Bordeaux, on longe un autre méandre; « le profil de la boucle concave est escarpé, presque vertical quelquefois ; en face on voit la rive convexe qui forme une presqu'ile allongée en pente régulière et assez douce, portant à sa partie inférieure un dépôt d’alluvions anciennes, exploitées au lieu ditles Sables, immédiatement au S. du pont du Tunnel?. »

Si l’on remonte de Saint-Benoît à Vivonne, on constate encore la présence d'un certain nombre de méandres, dont l’altération témoigne d’un progrès sensible de l’érosion; à Ligugé, à Andillé, à Mougon, on trouve la preuve de l'existence de ces derniers par l'alternance régulière de coteaux concaves et convexes, mais les terrasses doucement inclinées qui devraient faire face à l’abrupt des flancs concaves n'apparaissent plus. Elles ont été mangées par la rivière, qui a donné finalement une pente égale aux deux versants. Dans le méandre de Mougon, le travail a été poussé si loin qu'il existe aujourd'hui deux versants concaves en regard l'un de l’autre. Après avoir creusé sur sa droite un méandre au sommet duquel se trouve le village de Vintray, le Clain en à creusé un autre sur sa gauche, celui de Mougon, presque à la hauteur du premier; puis il a rongé progressivement la terrasse intermédiaire, recoupé le pédoncule des Bâchés, après quoi il a nivelé tout le fond de la vallée, que remplissent des alluvions quaternaires. Aujourd'hui il tend à éroder à nouveau sa rive droite, contre laquelle il s’est porté, au village du Port. On peut se demander s'il n'y aurait pas une relation entre la présence du barrage granitique de Ligugé, véritable digue de retenue des

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