J. Brayac et À. VAcHER. Le Coude de la Vienne à Exideuil
ils sont nettement en relation avec la vallée actuelle, et les plateaux en bordure de la Vienne les dominent de 40 m. en moyenne. Nous avons donc affaire à un stade particulier du creusement de la vallée, que, par analogie avec ce qu’on observe dans les vallées voisines de la Tardoire et de la Charente‘, on peut rattacher au pliocène. Terrasses de h0 mètres. — Un stade plus avancé du creusement est marqué par des lambeaux de terrasses élevées de 40 à 45 m. au-dessus du fond de la vallée, aux points suivants : Manot, 182 m.; Barusseau, 173; Confolens, 170; l’Isle-Jourdain, 130; Lussae, 118; Civeaux, 118; enfin, entre Bonne et Bellefonds (107-103 m.). Tous logés dans la concavité de la vallée, ils sont intimement liés à son tracé actuel et ne s’éloignent pas à plus d'un kilomètre du lit de la Vienne. Toutefois, l’aspect des cailloutis qui les composent est très différent de celui des alluvions quaternaires, avec lesquelles on ne peut les confondre?. Très usés par une longue exposition à l'air, ils ne contiennent plus que les éléments quartzeux, avec parfois un peu d'argile, et leur nature, ainsi que leur altitude, autorise à les regarder comme pliocènes. Cette terrasse de 40 m. paraît trouver sa continuation dans celles de Châtellerault Charente Lapéruse IA Rouge Exideuil Ce He: SE pare, eo Lu, 240 50 240 Aa î (45 220 240 et de Thizay, près de Chinon, sur la rive gauche (70 m.). Cette dernière correspond à une
Ca bé a!
ee re terrasse de même altilerrasse cupérieure lerrasse moyenne lerrasse inférieure re ; À » Sr A NE , = tude relative située dans F1G. 30. — Coupe W.S.W.-E.N.E. de la vallée de la Vienne entre ; k : Lapéruze et Exideuil, montrant l'élagement des terrasses. la vallée de la Loire, ni-
veau de base delaVienne.
La période quaternaire fut marquée par l'achèvement du travail de creusement de la vallée ; une couche d’alluvions épaisse de 10 à 15 m. en occupe presque tout le fond à partir de Moussac, au point où la rivière quitte les roches cristallines pour entrer dans les calcaires jurassiques, où ses rives s’écartent brusquement. Cet amas considérable de sable et de cailloux, qui se poursuit jusqu’au confluent avec la Loire, s’explique par le ralentissement du cours et l’élargissement de la vallée. Les alluvions ne peuvent se déposer en amont, où l’espace fait défaut pour permettre à la rivière de s’étaler librement; elles s'accumulent en aval, en quantités d’autant plus grandes que le ralentissement graduel du courant permet à une plus grande quantité de matériaux de se fixer au fond du lit. C’est ce qui explique la formation de la plaine alluviale qui règne sur une largeur de 2 kilom. à partir de Bonneuil-Matours, et qui en atteint 4 à Châtellerault, dans la traversée des sables cénomaniens qui n’offraient aucune résistance à l'érosion.
Ruptures de pente dans le lit de la Vienne. — Le profil en long du cours de la Vienne ne dessine pas une courbe régulièrement concave vers le ciel, mais il est accidenté
1, GLANGEAUD. Bulletin du Museum, 1896, p. 291. 2. Wezscu. Réunion extraord., p. 872 et 875.
par deux ruptures de pente bien accusées, l'une entre Availles et l'Isle-Jourdain, l’autre entre Bonneuil-Matours et Châtellerault. Elles correspondent à des changements dans la nature des roches où est creusé le lit du fleuve.
L’altitude du lit à Availles est de 121 m.; elle s’abaisse à 104 m. à Chalais (4 kilom. en amont de l’Isle-Jourdain), à 79 m. à Pensot, près de Queaux, à 71 m. à Lussac. Entre Chalais et Pensot la pente atteint 2/1000, alors qu’elle n’est plus que de 1/1000 entre Pensot et Lussac, et qu’en amont elle ne dépasse pas 1,4/1000 sur la section Chalais-Availles et 0,5/1000 sur celle d’Availles à Confolens. C’est l'effet du passage de la rivière du territoire granitique dans le territoire de calcaire jurassique. Le travail de l'érosion s’est poursuivi plus rapidement dans les calcaires que dans le granit;
Fi. 35. — Le lit de la Vienne à l'Isle-Jourdain, encombré pur les rochers de granit Basses eaux de septembre 1907.
e cours supérieur s’est trouvé en retard sur le cours inférieur dans son travail d’approfondissement, et il en est résulté une rupture de pente au point où s’opère le changement de terrain. La rivière n’a pas encore réussi à régulariser son profil, elle est encore en pleine activité de creusement. Le fond du lit dans cette section de cours est encombré de rochers. « Les eaux ne s’échappent qu’à travers une multitude de petits canaux tortueux dans lesquels elles semblent se perdre, de manière à faire presque douter de l'existence du superbe canal qu'on voit au-dessus et au-dessous de cet impraticable trajet!. » Les rochers sont criblés de marmites de géants, cavités circulaires forées par les tourbillons qui se développent en temps de crue. [l y en a qui ne dépassent pas 20 centimètres de diamètre, d’autres atteignent un mètre. Leur existence témoigne de l’énergie avec laquelle travaillent les hautes eaux; elle témoigne aussi de la continuité du phénomène de creusement qui se poursuit sous nos yeux jusqu'à complète régularisation de la pente du lit.
1. De LA Peyre. Tableau statistique du dép. de la Vienne, Arch. Vienne, SS 4, 1.
La seconde rupture de pente, qui se manifeste entre Bonneuil et Châtellerault, résulte de l'entrée de la rivière dans les formations tendres du cénomanien. En même temps que S’élargit la vallée, le lit de la Vienne s’abaisse. C’est la répétition de ce que l’on vient de voir dans la région de l'Isle-Jourdain. L’érosion marche plus vite dans les sédiments meubles, sables et marnes, du cénomanien, que dans les calcaires jurassiques. [1 s'ensuit que la pente moyenne, qui est de 1/1800 entre Lussac et Bonneuil- Matours, s'accélère en aval de ce village. La Vienne, à Bonneuil, coule à 54 m. d’altitude, à Châtellerault elle est à 45 m., après avoir franchi 15 kilom. avec une pente de 1/1650. La pente se réduit ensuite à 1/3500 jusqu’à l'embouchure de la Creuse’. Le changement est assez important pour introduire une dénivellation considérable dans
Lic. 36. — Marmile de géants dans un rocher de granit.
les terrasses qui bordent la vallée aux alentours de Châtellerault. Depuis l’époque où s’est constituée la terrasse de Thuré, qui atteint la cote 99 m., la Vienne s’est abaisste de 54 m., alors qu'en amont, vers Civeaux et Lussac, le creusement effectué depuis le dépôt des alluvions correspondantes n'excède pas 45 m. L'influence exercée sur l'accélération du travail de la rivière par les sédiments sans consistance du cénomanien apparaît avec évidence.
Coude de capture d'Exideuil. — A l’évolution de la vallée se rattache le problème du coude que fait la Vienne à Exideuil. Pourquoi cette brusque déviation à angle droit vers le N., alors que la pente du terrain va vers l’ouest?
Cet accident ne saurait s'expliquer que par une capture; quand et comment s’'estelle produite? Pour répondre à cette question, étudions les environs de Roumazières.
Quittant la vallée de la Vienne aux environs du hameau de Pomaret, remontons à
1. Profils en long du cours de la Vienne, Arch. Vienne, S 4, liasse G.
LES: PLAINES DU POITOU St
l'ouest en suivant la ligne de chemin de fer de Limoges à Angoulême; nous arrivons ainsi à un seuil de 207 m. seulement d'altitude entre les vallées de la Vienne et de la Charente ; il est dominé au nord par une terrasse culminante de cailloutis à la cote 229, au sud par une terrasse de même nature (226 m.) qui rejoint celle de Lapéruze (240 m.). De l’autre côté de la Charente, s'ouvre à 202 m. un deuxième seuil qu'emprunte encore la voie pour atteindre ensuite la gare de Roumazières! (206). Ces deux trouées, qui se prolongent exactement l’une l’autre, ont tout l'air de représenter les fragments d’une ancienne vallée aujourd’hui tronçonnée par la Charente; elles font suite au cours supérieur de la Vienne et se continuent à l’ouest par un vallon qui, tournant presque aussitôt au nord, va rejoindre la Charente entre Laplaud et Loubert. Il est permis de se demander si l’on n’a pas affaire à autre chose qu’à une fantaisie de l'érosion locale, quand on voit une concordance si singulière s'établir entre ces accidents topographiques et la direction de la haute Vienne, quand
surtout on constate aux abords de ce passage, et presque au même niveau, l’exis= tence d’une terrasse alluviale encore assez bien conservée. IL y a de fortes présomp-
tions pour y voir un
F1G. 37. — Coupe de capture de la Vienne à Exideuil.
ancien cours de la Réduction de la minute au 40.000° du Dépôt de la Guerre, L’équidistance
Vienne, se continuant Lt de 0 noires
par la Charente. La
capture s’est effectuée dans l'intervalle de temps qui a séparé le dépôt des alluvions culminantes de Lapéruze et de Laplaud du dépôt des alluvions de la terrasse de 200 m. à Chabanaïs ; peut-être même fut-elle contemporaine de la constitution de cette terrasse.
Quant à la manière dont elle s’est opérée, il est impossible de s’en rendre un compte exact ; il existait depuis longtemps dans les parages de Confolens une vallée de direction sud-nord; ce serait elle qui, par érosion régressive, aurait rejoint la Vienne au-dessous d’Exideuil, mais le processus nous échappe?.
1. Ces cotes ont été empruntées au Profil au 1/10.000° du chemin de fer de Limoges à Angoulême. Elles rectifient celles qui ont été données par MM. Brayac et Vacner, dans leur étude sur le coude de la Vienne à Exideuil.
2. Cette ancienne vallée est jalonnée par des dépôts de graviers qui s'échelonnent depuis Confolens, où on les trouve à l’altitude de 208 m., jusqu'au Vigeant, où ils sont à 177 m. Leur situation topographique, en contre-bas des plateaux, montre qu’ils se sont déposés à une époque plus récente que les formations caillouteuses qui occupent le sommet des croupes de terrain, par 232 m. à Chambon, et par 220 m. à Availles. Ce sont les témoins bien réduits d’un stade particulier de l'érosion.
Le couloir de Lussac. — Un accident topographique intéressant se rattache encore au creusement de la vallée de la Vienne. Sur la rive droite de la Vienne, entre Lussac
et Jouhet, village situé sur les bords de la Gartempe, à 7 kilom. au N. de Montmorillon, s'ouvre un large couloir unissant les vallées de la Vienne et de la Gartempe,
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