‹ Les Plaines du PoitouChapitre 42 sur 132 · — TS · texte numérisé non relu

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inag Ë j drainage du plateau leur Le Clain-Bouleure occupe l'axe de la dépression centrale du Poitou.

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D’anciens cours d’eau ont été tronçonnés par les nouvelles vallées. Il est bien pro bable que l’Issoire et la Goire, qui descendent des monts de Blond, représentaient jadis la tête du groupe Clouère-Clain-Payroux, de même que la Brame, affluent de la Gartempe, trouve sa continuation directe dans la Petite-Blourde.

Sur le système primordial d'écoulement, dirigé S.E.-N.W., s’en est greffé un autre plus jeune, de direction S.-N.; cette combinaison a donné naissance à un réseau hybride qui réunit les éléments des deux tracés.

Formation de la vallée de la Charente,

Après sa sortie du massif ancien au village de Chantrezac, la Charente poursuit son cours au N.-W. jusqu'à Charroux sans être influencée par les plissements qu’elle rencontre sur son chemin : synclinal entre Chantrezac et Ambernac, anticlinal d'Ambernac à Alloue, puis synclinal depuis Alloue jusqu'à Châtain, de nouveau anticlinal entre Châtain et Asnois ; les couches plongent ensuite régulièrement vers Charroux!. Malgré ces alternances qui font à plusieurs reprises paraître et disparaître des roches de dureté différente et qui abaissent ou relèvent d’une vingtaine de mètres les niveaux d’eau, en particulier celui des argiles toarciennes, la direction générale de la rivière n’en est pas affectée, non plus que par le profil du lit; les inflexures de détail qu'elle subit ne paraissent pas devoir leur être attribuées.

Par contre, les différences de nature du sol ont exercé une influence très nette sur la largeur de la vallée, beaucoup plus considérable dans les argiles et les grès calcareux du toarcien et du charmouthien que dans les calcaires bajociens; on en voit un exemple auprès de Benest, où ceux-ci ne laissent que 300 m. d'intervalle entre les coteaux opposés. De même, les calcaires dolomitiques jaune-nankin du lias inférieur, très durs, que traverse la Charente entre Ambernac et Alloue, encaissent fortement la rivière : la distance entre les deux crêtes, qui est d’un kilomètre à Ambernac, n'atteint plus que 500 m. au moulin de Basse-Lande, en amont d’Alloue, dans les calcaires.

Coude de Civray. — À Charroux, la Charente se détourne de sa route naturelle vers le nord-ouest pour obliquer franchement à l’ouest, décrire le coude de Civray, puis prendre le chemin du sud; la direction du cours moyen entre Saint-Saviol et Angoulême est ainsi l'inverse de celle du cours supérieur. On peut chercher la cause de cette anomalie dans la topographie et la nature du sol.

En aval de Charroux la pente, qui, jusqu'alors assez accusée, menait franchement au N.-W., s’atténue beaucoup; les plaines de Civray penchent plutôt vers l’'W. Sur ce sol très plat les eaux durent garder longtemps une allure hésitante. La gouttière centrale que suit la Charente à partir de Saint-Saviol concentre les rivières dans la direction du sud. Il est possible que le fleuve ait été sollicité de ce côté par la pente du terrain, si imperceptible qu'elle paraisse. Mais les infiltrations souterraines jouèrent très probablement un rôle prépondérant; les calcaires calloviens et bathoniens, d’allure presque horizontale, qui constituent la plaine de Civray, sont criblés de gouffres ; à mi-chemin entre Charroux et Civray s'ouvrent les grottes du Chaffaud. On peut fort bien admettre que des eaux circulant en profondeur, avant de rejoindre le fond de la gouttière, aient soutiré le fleuve à son débouché dans la plaine de Civray. Les grandes fissures alignées du N.-E. au S.-W. dans les bancs du jurassique en amont de Civray? n’ont pas dû être étrangères au détournement de la Charente, qui a trouvé là

1. GLANGEAUD. Le Jurassique à l’ouest du Massif central, p. 240. 2, De LoNGuEMAR. Etudes géologiques, 1, p. 417.

un terrain tout préparé pour l’affouillement des eaux. L'axe de la vallée au coude de Civray correspond à celui des diaclases.

Évolution du cours moyen. — De Saint-Saviol au confluent de la Sonnette, la vallée de la Charente descend droit au sud, les méandres de la rivière oscillant autour d’un axe rectiligne. Elle franchit l’anticlinal de Montalembert, qui cependant aurait dû gêner son passage, sans que sa direction en soit déviée; les méandres qu’elle décrit sur l’axe même de l’anticlinal, la régularité de sa pente, qui dessine, entre deux plans très inclinés à l’amont et à l’aval, un palier de 1/1.500, plaident en faveur de l’antiquité de ce cours, imposé de longue date. Le cycle d’érosion actuel, caractérisé par l’encaissement des méandres, a été précédé d’un autre qui a laissé des traces évidentes dans la topographie.

Entre Montalembert et Champagné-le-Sec, les plaques de sables marbrés qui recouvrent par endroits le plateau calcaire en portent l'altitude à 156 m. au nord de Mairé-l'Evescault, à 152 m. dans les bois de Caunay. Cette série de points hauts va se relier au plateau de Couhé, qui dépasse 150 m. et barre l’écoulement des eaux de la haute Charente vers la cuvette de Saint-Maixent en les obligeant à suivre la direction nord-sud'. Délimitée à l'occident par ce ressaut de terrain, au sud par l’anticlinal de Montalembert, la plaine de Civray domine de 40 à 45 m. le cours de la Charente.

A la même altitude relative, depuis Ruffec jusqu’à Cognac, on peut suivre une terrasse qui accompagne le cours actuel; elle se montre aux cotes 120-130 m. autour de Ruffec, 100 m. au confluent de la Tardoire, et se développe largement sur la rive gauche d'Angoulême à Châteauneuf, à l’altitude moyenne de 70 à 65 m. Elle se continue en aval sous la forme de plateaux allongés, à Châteauneuf, Jarnac, Cognac, s’abaissant d’une façon régulière de 64 à 49 m. Puis on perd sa trace. Mais on la retrouve en amont dans les vallées de la Tardoire et du Bandiat, où elle s’élève progressivement de 100 à 130 m. Elle subsiste également dans la vallée de la Touvre, entre Magnac et Pontouvre, où elle atteint 82 m. sur la route d'Angoulême à Limoges. Son âge nous est connu par la découverte faite à Coulgens, dans la vallée de la Tardoire, à 10 kilom. de la Charente, d'une dent de Mastodon arvernensis?; elle est donc pliocène.

Ainsi, dès cette époque le cours de la Charente était déjà fixé dans ses limites actuelles. Reste à expliquer comment le fleuve a pu franchir l’anticlinal de Montalembert, qui n’est pas un obstacle négligeable. Remarquons tout d'abord qu’au pliocène la différence d’altitude entre le sommet de l’anticlinal et la vallée de la Charente, au point où celle-ci s’est établie, n’était guère que d’une vingtaine de mètres; le sidérolithique culmine en effet à 158 m., à l'E. de Taizé-Aizie, sur la rive gauche, à 149 m.

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