CHAPITRE V
BEN CILTMAT
Pays de transition par son sol et son relief entre le nord et le sud-ouest de la France, le Poitou l’est encore par son climat. A sa latitude il doit de posséder des étés déjà chauds, et à sa proximité de la mer il est redevable de pluies abondantes. Le voisinage de la Gascogne se fait sentir par une luminosité plus grande du ciel que l’on ne peut s'empêcher de remarquer lorsqu'on vient de l’Anjou ou de la Tourainé. C’est surtout en hiver qu’on en est le plus frappé; au ciel bas et brumeux qui règne fréquemment au nord de la Loire, fait place un ciel plus dégagé de nuages. Il est très rare qu'une Journée se passe sans que paraisse le soleil, au moins pendant quelques instants. Ce trait de climat se manifeste déjà à Nantes!, et il va s’accentuant à mesure qu'on descend vers le Midi. L'aspect de sécheresse que présente le pays en été est encore une annonce du Midi; c'est tout à la fois une conséquence de la faiblesse des chutes de pluie dans cette saison et de la puissance de l’évaporation activée par la chaleur.
A côté de ces traits généraux qui établissent les relations existant avec les régions voisines, s’en présentent d’autres d’un caractère plus local, qui font naître des différences dans l'étendue même du Poitou. C'est d’abord l'opposition de température entre la côte et l’intérieur en été et en hiver; au mois de janvier, la température est plus élevée de 1 degré et demi à la Rochelle qu’à Poitiers; par contre, elle est plus basse d’un demi-degré en juillet. Tandis que la côte jouit d’un climat nettement maritime, à faibles amplitudes, la région orientale du Poitou participe déjà aux variations de température beaucoup plus accusées qui règnent dans le centre de la France. Dans la répartition des pluies on relève également un écart notable, entre la moitié occidentale et la moitié orientale du pays : à l’abri des collines de la Gâtine, les plaines de Poitiers et de Loudun reçoivent beaucoup moins d’eau que le versant tourné vers la mer : ici c’est un accident topographique qui intervient pour modifier l’allure normale des phénomènes météorologiques.
1. Bureau central méléorol., Bull. mensuel. On y voit revenir constamment dans les résumés des observations de Nantes la mention : « Le soleil a brillé tous les jours. »
I. Les vents. Ainsi que les autres régions de l’ouest de la France, le Poitou appartient au climat océanique, et spécialement au climat du golfe de Gascogne. Il est déjà assez éloigné de la Manche pour qu'on puisse dire qu'il est soustrait à son influence directe. C’est le régime de pressions propre au golfe de Gascogne qui règle la marche du temps en Poitou. Il est beaucoup plus régulier que celui de la Bretagne ou du Cotentin, en raison du voisinage du centre de haute pression des Açores.
Hiver. — Comme la position de celui-ci est liée au mouvement apparent du soleil, il en résulte que c’est en hiver qu’il s’élève le moins vers le nord et qu’il fait le moins sentir sa prépondérance. Un maximum secondaire existe alors sur la péninsule ibérique, tandis que le continent européen est le siège de pressions relativement fortes qui s'étendent jusque sur l’est et le centre de la France. Mais les fortes pressions continentales n’ont pas en France la même constance que dans l’Europe orientale. Elles sont intermittentes et n'apparaissent guère que par périodes d’une ou deux semaines au plus, séparées par des intervalles de régime troublé. En outre, les zones de hautes pressions des Açores et de l'Espagne sont séparées de celle de l’'Europe continentale par un couloir de pressions moins élevées qui s’étend de l'Irlande au golfe de Gênes par le sud de la France. Sur le golfe de Gascogne prévaut donc en hiver un régime de pressions moyennes plutôt que fortes, qui constitue un centre d'appel secondaire pour les vents issus des régions où le baromètre est toujours élevé, les centres d’appel principaux restant la Méditerranée et les îles Britanniques. Aussi les vents dominants en cette saison sur les côtes du Poitou sont-ils des vents de terre. En janvier, à la Roche-sur-Yon, le vent de N.-E. représente 20,2 p. 100 du total des observations, celui d'E. 11,7 p. 100!. Mais ce régime n’est pas immuable. De temps à autre, une fois par semaine à peu près, une profonde dépression venue de l’Atlantique aborde par l’ouest les îles Britanniques pour se diriger vers la Norvège. Elle fait baisser le baromètre jusque sur le golfe de Gascogne, où le vent tourne du N.-E. ou de l’E. vers le S.-E., direction observée 14 fois sur 100 à la Rochesur-Yon. Mais la dépression file d'ordinaire suivant une trajectoire E.-N.-E., qui l’entraîne rapidement hors de nos régions, de telle sorte que son influence cesse aussitôt de se faire sentir sur le golfe de Gascogne. C’est ce qui explique que les vents de S.-W. et d'W. soient relativement de peu de durée sur les côtes poitevines, où on ne les observe qu'une fois sur dix seulement en janvier.
Mais il arrive assez souvent que les dépressions nord-atlantiques se dédoublent à l'entrée de la Manche : un minimum secondaire emprunte le couloir de pression relativement basse du golfe de Gascogne, traverse le S.-W. de la France et va se creuser sur la Méditerranée en y amenant une tempête de mistral. En arrière de ce minimum, le baromètre remonte sur la Bretagne, et le vent se met à souffler des régions N.-W. en Poitou, d’ordinaire avec une assez grande force. C’est le vent de galerne, froid et humide, des paysans poitevins.
1. Sorre, Pluies en Vendée. Nous avons emprunté à ce travail toutes les données numériques relatives à la fréquence des vents.
Printemps. — À mesure que le soleil monte sur l'horizon, le maximum barométrique des Açores augmente d'importance et d’étendue; il envahit progressivement au printemps le golfe de Gascogne, pendant que la pression s’abaisse sur l'Espagne et l’Europe centrale, sous l'influence de l’échauffement rapide des masses continentales. À partir d'avril, le vent tourne à l’ouest pour s’y maintenir pendant toute la saison chaude jusqu’en octobre. Les vents de S.-W., W. et N.-W., émanés de l’anticyclone des Açores, représentent à eux seuls 46 p. 100 des directions observées en avril à la Roche. Les vents de N., d'E., de S.-E. et de S. n’ont plus qu’un rôle tout à fait accessoire, tandis que le vent de N.-E., dont la fréquence avait un peu diminué pendant les mois de février et de mars, reprend une importance croissante, qui atteint son maximum (23 p. 100) en mai. C’est que le printemps est une période de l’année assez troublée, où l’atmosphère se trouve en équilibre instable; des dépressions, nées au voisinage de régions déjà chaudes, affectent le fond du golfe de Gascogne et la Méditerranée occidentale, alors qu'il n’est pas rare que le baromètre soit élevé à l'entrée de la Manche et en Irlande; il en résulte des bourrasques de N.-E. qui sévissent sur la côte pendant plusieurs jours consécutifs.
Été. — Puis l'équilibre s'établit dans l'atmosphère; du mois de juin au mois d'août le golfe de Gascogne est tout entier compris dans la zone des hautes pressions océaniques. En août, les vents de S.-W., d’W. et de N.-W. constituent respectivement 21,9 p- 100, 24 p. 100 et 17,9 p. 100 des vents observés, soit en tout les deux tiers. Ce sont toujours des vents faibles, puisque la région où ils se font sentir est comprise dans un anticyclone. Ils sont d’une grande régularité et ils assurent à la saison d'été en Poitou un caractère de stabilité qui fait défaut aux régions voisines de la Manche. Le vent de N.-E. survient pourtant parfois (11,8 p. 100 en juillet, 13,9 p. 100 en août) quand un anticyclone vient s'établir sur le nord de la France; mais il souffle encore moins fort que celui d’ouest, et l’air devient alors presque calme; c'est le moment des chaleurs intenses.
Automne. — Avec l'automne, le régime change. De nouveau les dépressions du nord- Atlantique, qui passaient en été au large de l'Écosse, se rapprochent des côtes françaises, à mesure que le maximum barométrique des Açores perd de son étendue. Des minima se forment sur l'Espagne et sur la Méditerranée, le vent se remet fréquemment au N.-E. (20 p. 100). D'autre part, le passage des bourrasques qui abordent la Manche détermine des sautes de vent au S.-E. qui se font de plus en plus fréquentes en décembre (14,8 p. 100), tandis que le vent de N.-W, atteint en ce même mois son minimum de fréquence (10 p. 100). On revient ainsi graduellement au régime d'hiver.
Quels changements subit à l’intérieur du Poitou le régime des vents à mesure que l'on se rapproche de la France centrale, et dans quelles limites s'opèrent-ils? C'est ce qu'il est difficile de déterminer exactement, faute d'observations que l’on puisse utiliser avec sécurité. La station de Parthenay fournit une série suffisamment longue, mais elle a le défaut d’être mal située pour l'étude des vents. La crête de la Gâtine l’abrite en effet des vents d'ouest, qui sont déviés en vents de S.-W.; ceux-ci l’'emportent en
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effet de beaucoup sur tous les autres. Ensuite prédominent les vents de N. Mais on ne peut tirer de cette station que des indications d'ordre local et non général. Quant à Montamisé, près de Poitiers, il est situé dans un pli de terrain où le vent se fait difficilement sentir; on y constate une proportion de 20 p. 100 de calmes, qui s'élève même à 26 p. 100 en octobre, ce qui est tout à fait invraisemblable. Il faut aller chercher les éléments de comparaison en dehors du Poitou, dansle Berry. Châteauroux, situé sous une latitude voisine de celle de la Roche-sur-Yon, nous les fournira‘.
Au mois de janvier, c’est le vent de S.-W. qui y prédomine (18,9 p. 100), puis ceux de N. (16,2 p. 100) et de N.-E. (15,6 p. 100); il semble que les vents de S.-E., si fréquents à la Roche-sur-Yon dans cette saison, soient déviés dans le Berry en vents de S. et de S.-W. sous l’influence des dépressions qui abordent le N. de la France. En avril ce sont les vents de N. (15,4 p. 100) et de S. (17 p. 100) qui l’emportent, tandis qu'à la Roche soufflent surtout ceux de N.-E. et d’W.
Le mois de juillet présente beaucoup plus de concordance entre le régime de la côte et celui de la France centrale, parce qu'alors le maximum barométrique du golfe de Gascogne pèse de tout son poids sur l’ouest de la France. Les vents du S.-W. représentent près du quart des observations de Châteauroux (22,8 p. 100), les vents d’W. sont ensuite les plus fréquents (18,5 p. 100), ceux de N.-E. (13,2 p. 100) le sont sensiblement moins. L’allure générale est la même qu’à la Roche-sur-Yon.
Mais il n’en est plus ainsi au mois d'octobre. Alors qu’en cette saison le vent de N.-E. redevient prépondérant sur la côte, il ne représente plus que 8,2 pour 100 des observations à Châteauroux; dans cette station le vent de S.-W. atteint une fréquence de 26 p. 100, et le vent de S. y soufle deux fois plus souvent qu’à la Roche. Le passage des bourrasques océaniques d'automne se traduit done à Châteauroux par un régime des vents très différent de celui qui prévaut à la Roche-sur-Yon. La raison en est simple : les minimas secondaires du golfe de Gascogne, qui commandent le régime anémométrique de la Roche, n’étendent pas leur zone d’influence jusque dans le Berry; dans la France centrale se font uniquement sentir les grandes bourrasques de la Manche.
De cette comparaison entre Châteauroux et la Roche-sur-Yon on peut conclure que dans la région de Poitiers la marche du vent offre un caractère intermédiaire entre le régime de la côte et celui du Berry occidental. En hiver, les vents de N.-E. et de S.-W. doivent se faire à peu près équilibre. Au printemps, l'avantage revient à celui de S.-W., qui s’impose ensuite tout à fait pendant l'été. Très fréquent encore au début de l’automne, il l'emporte probablement en cette saison sur les vents de N.-E.; et comme il est toujours suivi de vents d'W., il faut en réalité grouper ces deux directions pour figurer le régime anémométrique véritable de la contrée. Ce sont bien les vents marins qui dominent en automne à Poitiers, et c’est ce que confirme l'étude de la pluie et de la température.
Reste à considérer un élément qui a son importance, la force du vent. Elle est
1. Série de vingt ans, 1881-1900. A. VacnEr. Le Berry, p. 498.
toute différente dans la saison froide de ce qu’elle est dans la saison chaude. Les brusques changements de pression, les écarts barométriques, qui atteignent parfois 20 millimètres entre la Manche et les Pyrénées, déterminent en hiver des courants de S.-W. excessivement forts, qui ne sont en rien comparables aux souffles légers des mêmes courants en été. Mais les vents de tempête sont relativement rares. La violence des bourrasques qui assaillent la pointe de Bretagne est très atténuée sous la latitude du Poitou, qui connaît surtout des vents faibles ou modérés. Ceci est de grande conséquence au point de vue humain. La richesse agricole des îles de Ré et d'Oléron, l’ex= tension qu'y a prise la vigne, devenue presque une monocullure, ne tiennent pas seulement à la fertilité du sol, mais aussi et surtout à la clémence du vent: il suffit au vigneron de ne pas laisser monter trop haut les sarments pour n'avoir rien à craindre du mauvais temps. Il ÿ a eu jadis des forêts dans ces îles, de même que sur la côte d’Aunis; c’est l'homme qui est responsable de leur disparition, et non le climat. Trouverait-on rien d’analogue dans les îles de la Bretagne? Leurs habitants vivent avant tout de la mer, ceux de l’île de Ré vivent avant tout de l’agriculture. C’est bien moins l'effet d’une différence d’habitudes et de sol que d’une différence très tranchée de climat.
II. Les pluies. — Le régime des pluies est étroitement lié à celui des vents; on peut poser en principe que les vents de N. à S.-E., qui sont d’origine continentale, n’apportent que très exceptionnellement de la pluie, et que c’est lorsque soufflent les vents du quadrant W. qu’il tombe de l’eau. Mais il s’en faut de beaucoup qu'il pleuve toutes les fois que le vent est à l'W.; l’été serait alors la saison des pluies par excellence, tandis que c’est l'inverse qui se produit. La pluie n'arrive, même par vent d’W., que lorsqu'il passe suffisamment près du Poitou une dépression capable d'amener un mouvement ascendant de l’air humide, qui subit alors une rapide condensation, sans ‘ laquelle la pluie ne se produirait pas. Elle est donc liée à l'existence de vents plus ou moins forts, qui brassent des couches d’air où la distribution de la température et de la tension de la vapeur d’eau ne se trouvent plus en équilibre normal. Comme l'été poitevin est caractérisé par un état d'équilibre de l'atmosphère, la pluie est rare en cette saison, bien que le vent vienne de la mer. Elle a d’autant moins de chance de se produire que l’air marin, arrivant sur une surface continentale échauffée, s’assèche et s'éloigne de plus en plus de son point de saturation. En automne, au contraire, les ruptures d'équilibre causées par les dépressions atlantiques sont très fréquentes et déterminent de copieuses averses. Mais avant d'étudier en détail le régime des pluies, il est nécessaire d'indiquer sur quelles bases repose cette étude.
Les éléments ont été puisés dans les observations pluviométriques publiées par le Bureau central météorologique pendant la période de vingt ans comprise entre 1881 et 1900. On a relevé les nombres afférents à 78 stations, auxquelles on a ajouté 7 stations de la Gâtine et du Bocage et une de l’Anjou, Fontevrault, qui ont été empruntées à un travail publié antérieurement?. Mais il a fallu éliminer la grande majorité des
1. Annales du B. C. M., t. III, Pluies en France. 2. Sorre. Les Pluies en Vendée.
stations, soit à cause de la trop courte durée des périodes d'observation, soit à cause de lacunes trop nombreuses et impossibles à combler, soit enfin à cause d’écarts inadmissibles présentés avec des stations voisines qui paraissent mériter confiance. Cette dernière considération nous oblige en particulier à laisser de côté les stations du Marais, à l'exception d’Arçais. L'examen de la série de Marans nous a montré qu’elle était des plus irrégulières : les trois années 1885, 1886, 1887 concordent complètement avec Luçon; par contre, l’année 1889 présente un écart de 200 millimètres en moins, et on peut en relever d’autres encore presque aussi considérables. Il a fallu de même négliger l’Aiguillon, qui donne des hauteurs de pluie beaucoup trop faibles; le chiffre indiqué pour 1890 n’est que de 363 millimètres, contre 636 à Luçon; pendant l'année 1897 il ne serait tombé que 484 millimètres d’eau à l’Aiguillon, tandis qu'il en tombait 778 à Luçon et 729 à la Rochelle. Il est probable que, comme il arrive souvent au voisinage de la mer, les pluviomètres de cès stations côtières sont trop exposés au vent et qu'ils ne reçoivent qu'une partie de la pluie, dont les gouttes sont chassées obliquement, au lieu de tomber perpendiculairement dans le réservoir. Enfin, il faut tenir compte aussi de ce que les lectures peuvent n'être pas toujours faites immédiatement après les averses, ce qui, en été surtout, donne à l’évaporation le temps d'agir. C'est à cette dernière supposition que nous attribuons la faiblesse des pluies d'été enregistrées à la Rochelle; nous avons rétabli par comparaison avec Luçon et Bel- Ébat les nombres fournis par cette station qui nous ont paru manifestement erronés. C'est en nous appuyant sur ces principes de critique que nous avons finalement retenu un total de 36 stations, qui ont servi à établir les cartes mensuelles et annuelle. Sur ce nombre 22 seulement sont situées dans les plaines du Poitou, les 14 autres jalonnent le pourtour : 7 se trouvent dans le Bocage et la Gâtine, 4 sont sur les confins de la Touraine et du Berry, et 3 en Saintonge.
Une autre remarque importante à faire, c’est que la moitié orientale du Poitou est très mal pourvue d'observations : on y trouve juste 3 stations utilisables, Poitiers, Châtellerault et Lussac. Il y a une lacune énorme entre Poitiers et Saumur, qu'on ne peut aucunement combler. Les collines du Mirebalais doivent déterminer par leur relief une augmentation des pluies qu'aucune station n’enregistre. Châtellerault, situé à l’est de ce petit massif, accuse un minimum qui paraît être en rapport avec l’existence de cet écran. Au sud de Poitiers il faut aller jusqu’à Ruffec et à Confolens pour trouver de longues séries homogènes; aussi le tracé des courbes dans cette région est-il fortement hypothétique.
Ces explications préliminaires étant données, voyons comment se répartit la pluie, d'abord sur l’ensemble de l’année, puis au cours des dilférentes saisons.
Année. — La carte annuelle montre une distribution fort simple, en relation directe avec le relief du sol. La quantité va en augmentant depuis la côte jusqu’au sommet de la Gâtine et de l’anticlinal de Montalembert, ainsi que sur les pentes du Massif central. On note 642 mm. aux Sables-d'Olonne, 704 à Bel-Ébat (Rochefort), 755 à Luçon (15 m.), 803 à Niort (alt. 35 m.), 883 à Chey (135 m.), 885 à Melleran (160 m.), et il est probable que le haut du plateau de Melle reçoit 900 mm. À Mazières-en-Gâtine (209 m.),
REVUE DE GÉOGRAPHIE ANNUELLE, Torre III, PLV, 1909:
930 S'Maurice la fougereuse
Barro
Chatellerault 615
DCE MIA MN MASSHOMNED JEAN EA UAJNARSIOBNLD JUPENAMMONJEASSROMNAD
Hauteur mensuelle
Coefficient
Fic. 42. — Régime pluviométrique comparé de Luçon, Niort, Poiliers, Le Blanc.
Le = di: ne 4 ln 2}
il tombe 977 mm. d’eau, à Champagne-Mouton (120 m.) 937 mm., à Confolens (130 m.) 914 mm.'. À Ruffec (110 m.), situé en contre-bas du plateau de Montalembert, on ne relève que 798 mm. La décroissance est brusque sur le versant oriental de la Gâtine : Pamproux (80 m.) n’a plus que 803 mm., Parthenay (181 m.) que 709 mm. Le minimum s’observe dans la plaine qui s'étend de Poitiers à Loudun : Châtellerault accuse 609 mm., Saint-Maurice-la-Fougereuse 615 mm.; Poitiers, avec 649 mm., présente sen siblement le même total que les Sables-d'Olonne.
Malgré la forme très aplatie des hauteurs de la Gâtine et de Montalembert, et la facilité avec laquelle les vents les franchissent, l'obstacle qu’elles opposent suffit à les obliger à abandonner la plus forte partie de leur humidité. L'existence de cet écran fait naître entre les deux moitiés est et ouest du Poitou une différence de pluviosité qui persiste au cours de toute l’année.
On est ainsi amené à distinguer dans les plaines poitevines trois zones principales de réparfition des pluies : 1° une zone sèche, au N.-E., recevant moins de 650 mm. par an, que limite vers le sud une ligne reliant Argenton-Château, Poitiers, Chauvigny et Tournon-Saint-Martin; — 2° une zone très mouillée, avec plus de 850 mm., reliant la Gâtine au Massif central par les hauteurs de Melle, de Montalembert et de Nanteuil; — 3° une zone intermédiaire, de 650 à 850 mm., peu développée dans l’est du Poitou, très développée dans l’ouest. Les plaines de Niort et de Luçon sont ainsi mieux pourvues d’eau que celles de Poitiers et de Loudun; nous en verrons les conséquences au point de vue agricole.
La pluie tombe en général par fortes averses. À Niort, où le nombre moyen des jours de pluie est de 147, chaque chute d’eau correspond à une hauteur moyenne de 5,4, ce qui est une proportion double de celle que l’on constate à Paris. En outre, les alternances de soleil et de pluie sont beaucoup plus fréquentes que dans le nord de la France. A Poitiers, pendant le mois d’octobre 1907, où il a plu 28 jours durant, il n’y a pas eu une seule journée privée de soleil?. Le ciel est rarement couvert en totalité. C’est un caractère méridional, qui s’ajoute à beaucoup d’autres.
Examinons maintenant la répartition saisonnière des pluies.
Hiver. — Pour ne pas couper en deux la période pluvieuse de la fin de l'année, nous commencerons par le mois de janvier au lieu du mois de décembre, que l’on prend d'ordinaire comme début de l’année météorologiqne. En janvier le vent vient surtout du N.-E.; mais c’est un mois sec, avec un minimum au nord de Poitiers et un autre en Aunis. Châtellerault n’accuse que 39 mm., la Rochelle 40, et Bel-Ébat (Rochefort) 43 mm.?. Une zone de plus de 50 mm. s’étend en diagonale des Sables-d'Olonne à Ruffec et de Parthenay à Lussac. Le plateau de Melle, avec son altitude de 170 à 190 m.,
1. Pour Confolens, nous avons pris la moyenne des trente années 1861-1890, les observations ultérieures étant tout à fait défectueuses. Cette moyenne est un peu plus élevée que celle de la période de vingt ans qui a servi de base à nos calculs ; mais l'inconvénient qui en résulte est minime.