Observation personnelle
3. Il faut toutefois noter que le mois de janvier paraît avoir été particulièrement sec sur le littoral pendant la période 1881-1900, Au cours des trente années 1861-1890, Rochefort-a reçu une moyenne de 57 mm, au lieu de 43, le total annuel restant le même,
y forme un ilot plus arrosé, recevant de 64 à 67 mm. La Gâtine d’une part, le Massif central de l’autre, doivent à leur relief de recevoir aussi plus de 60 mm. d’eau.
Les deux mois suivants présentent dans l’ensemble les mêmes caractères généraux. En février, toutefois, les hauteurs d’eau diminuent : Chey, sur le plateau de Melle, n’accuse que 59 mm., Pamproux 49, Poitiers et Lussac 39. Mars reproduit presque exactement les conditions de janvier.
Printemps. — Avec le mois d'avril survient un changement dans la répartition des pluies : la plaine de Poitiers continue à être peu arrosée (Poitiers, 52 mm.; Châtellerault, 47), tandis qu'une recrudescence se manifeste sur le plateau de Melle, la Gâtine et tout le versant occidental. Chail (au S.-E. de Melle) reçoit 82 mm., Melleran 78, Chey 70, Niort 65, Luçon 54. La pluie tombe par très fortes averses, parfois accompagnées d’orages'. Elle continue à être abondante en mai dans les mêmes régions : Luçon, 60 mm.; Niort, 68; Chey, 74, et elle augmente rapidement dans la partie orientale : Poitiers, 57 mm.; Châtellerault, 58. La prépondérance des pluies de printemps et du début de l’été dans les stations continentales s'affirme nettement.
Été. — Elle atteint tout son développement en juin : le maximum, qui était encore sur le plateau de Melle pendant le mois précédent, se transporte à l’est, vers le Massif central et le Berry. Une progression régulière se constate depuis Bel-Ébat (56 mm.), par Niort (64), Lussac (67), le Blanc (69); le minimum se tient sur le marais (Arçais, 54 mm.), l'Aunis (55 mm.) et la Saintonge (Saintes, 52). En dehors de cette zone les quantités de pluie vont en croissant vers le N., l'E. etle S.-E.; Ruffec reçoit 75 mm., Angoulême 79. De l'embouchure de la Loire à celle de la Gironde règne, au voisinage de la côte, une zone relativement sèche, où l’on constate le minimum absolu de tout l’ouest de la France, 47 mm. aux Sables-d'Olonne. Cette précocité de la sécheresse pourrait faire penser dans une certaine mesure au régime des côtes méditerranéennes, si l'accroissement régulier, quoique ralenti, de la pluviosité jusqu’en juin ne venait contraster avec la diminution rapide qui se manifeste sur les bords de la Méditerranée après le mois d’avril et interdire toute comparaison entre les deux régions.
Juillet et août sont les deux mois secs par excellence. En juillet, Luçon reçoit 46 mm., Niort 48, Chey 53, Poitiers 43. En août, les quantités respectives dans les mêmes stations sont de 41, 48, 57 et A2 mm. L'écart n’est que de 5 mm. entre Niort et Chey, malgré une différence d'altitude de 100 m., ce qu'il faut sans doute attribuer à l’échauffement de l’air. De même qu’en juin, c’est encore dans les plaines du Poitou et sur la côte que s’observe le minimum de l’ouest de la France. La quantité augmente faiblement vers Saintes, Angoulême et Bordeaux, et beaucoup vers le Berry. Au Blanc il tombe 63 mm. en juillet, 59 en août. C’est le régime de la France centrale.
Les pluies d'été sont principalement dues aux orages, assez fréquents dans la saison chaude. À Niort, seule localité où il en ait été fait un relevé satisfaisant, on en a
1. On compte en moyenne deux jours et demi d'orage à Niort pendant le mois d'avril (période décennale 1891-1900).
PE SCELATINES DU POTITOU 3 101
compté 30 en moyenné par an pendant la période décennale 1891-19001. Aucun mois de l’année n’en est exempt; il y a à peu près une journée orageuse par mois, de décembre à mars. Mais ce sont les mois de mai (4), de juin (4,5) et de juillet {5,3) qui fournissent Le plus fort contingent; la fréquence se ralentit en août (3) et en septembre (3), pour arriver à 2,3 en octobre et à 1,8 en novembre. Les orages d'été sont causés soit par l’arrivée d'une dépression se dirigeant vers l'Angleterre, soit par un mouvement d'origine locale. Le premier cas est le plus fréquent. Quand une dépression approche de nos côtes, le baromètre s’abaisse aux environs de 760 mm., le vent tourne au S.-E., la température s'élève, la pression devient uniforme sur une grande étendue de pays, une circulation verticale tend à s'établir dans les couches d’air. L'ensemble des conditions nécessaires à la formation des orages est alors réalisé. Ceux-ci éclatent d'abord sur la côte, puis ils se transmettent à l’intérieur suivant une trajectoire parallèle à celle de la dépression principale; sa direction est généralement S.W.-N.E. Ce n'est toutefois pas avec une seule station qu'on peut suivre la marche des orages en Poitou, et rien ne permet de suppléer à cette lacune. Quant aux orages d’origine locale, ils prennent presque toujours naissance par temps calme et très chaud, lorsque l’excès de chaleur à ramené la pression barométrique dans l’ouest de la France aux environs de 763 ou 762 mm. Il se creuse alors dans la région des pertuis une faible dépression (757 ou 758 mm.) où l’ascension verticale de l’air, très chargé de vapeur d'eau, détermine la formation de nuages orageux. Il ne semble pas que le rayon d’action de ces orages dépasse sensiblement le Poitou et l’Angoumois; cette fois encore on est arrêté dans leur étude par l'insuffisance des renseignements ?}
Automne. — Les premières dépressions automnales, qui commencent à se montrer dans la seconde quinzaine de septembre, déterminent une reprise des pluies qui se fait sentir surtout dans la moitié occidentale du Poitou : on relève en septembre 56 mm. à Luçon, 59 à Bel-Ébat, 62 à Niort, 77 à Chey. Poitiers n’en reçoit plus que 51, Châtellerault 46. Au Blanc on trouve le minimum de la saison chaude (50 mm.), qui survient ainsi deux mois plus tard à la lisière du Berry que dans la plaine de Niort.
Le contraste entre l'E. et l'W. va s’exagérant pendant l'automne. Les trois mois d'octobre, novembre et décembre apportent 280 mm. d’eau à Luçoh et 271 à Niort, contre 203 à Poitiers. C’est la saison où les bourrasques se succèdent avec le plus court intervalle et où elles abordent le plus franchement nos côtes. L'air est encore assez tiède au voisinage de la mer pour contenir une forte proportion de vapeur d’eau qui, condensée brusquement, donne de grosses averses. Il est déjà moins humide dans le N.-E. du Poitou, où il fait plus froid, et les vents qui ont passé sur la Gâtine ont abandonné une grande partie de leur humidité. Ces deux causes combinées font que
1, Ann. de la Société météorol. de France, années 1891-1900, résumés mensuels des observations faites par les membres correspondants de la Société.
2. Toutes ces données sur la marche des orages ont été empruntées au Bulletin quotidien du Bur. c. mét., ainsi qu'aux résumés annuels publiés dans les Ann. du B. C. M., t. Is. C’est l'unique source utilisable.
102 L'ESNPIAIN ESS D UN OMLOIT
l'écart va sans cesse grandissant d'octobre à décembre entre l’est et l’ouest du pays: Entre Poitiers et Niortil est de 18 mm. en octobre, de 21 en novembre, de 29 en décembre. Dans ce dernier mois, Luçon (84 mm.) accuse une chute de pluie presque double de celle de Châtellerault (47 mm.). Les courbes d’égale précipitation, assez espacées dans l’ouest, se resserrent beaucoup à l’est de la Gâtine et de l’anticlinal de Montalembert.
L'abondance des pluies d'automne est, en Poitou, un trait de climat aussi caractéristique que la sécheresse de l'été, à laquelle elle succède brusquement. Le régime des pluies est plus extrême dans cette partie de la France que dans les régions qui l’avoisinent au N. et au S., qu’à Tours et qu’à Bordeaux. Si l’on établit une comparaison d’une part entre Rochefort, Saint-Nazaire et Bordeaux, d'autre part entre Poitiers, Tours et Bordeaux, on est conduit aux résultats que voici : Rochefort et Poitiers sont, au point de vue de la quantité, des termes de passage entre la région du N.-W. et celle du S.-W. de la France, mais ils possèdent déjà, au point de vue de la répartition mensuelle, tous les caractères propres au S.-W. Bien que Poitiers soit deux fois plus près de Tours que de Bordeaux, ses affinités sont avec Bordeaux : même marche dans la réduction des pluies en février, dans leur accroissement au printemps, avec diminution brusque en juillet, tandis que la sécheresse ne se manifeste qu’en août à Tours; même reprise des pluies en septembre, alors qu’elle ne se produit qu’en octobre à Tours; enfin, grande abondance des chutes d'automne. De même le régime de Rochefort se calque sur celui de Bordeaux; il s’écarte de celui de Saint-Nazaire par l'existence d’un maximum secondaire de printemps. Saint-Nazaire, avec une saison sèche de mars à septembre et une saison pluvieuse d'octobre à mars, se rattache au régime de Brest.
Le trait de climat le plus intéressant que met en évidence la comparaison entre stations éloignées, c’est qu’en octobre la côte d'Aunis est la partie la plus arrosée des côtes de France depuis Brest jusqu'à Arcachon. Pour la période de 30 ans 1861-1890, la moyenne de Rochefort s’est élevée à 98 mm. contre 92 à Bordeaux, 82 à Saint-Nazaire et 91 à Brest. En novembre (92 mm.) il garde encore l’avantage sur Bordeaux (91 mm.) et n’est distancé que par Brest (96 mm.). Le coefficient du mois d'octobre ressort à 1,63, proportion beaucoup plus voisine de celle des stations méditerranéennes ou asturiennes que de celle des stations françaises de l'Atlantique. La période de vingt ans que nous avons considérée pour établir nos cartes donne un coefficient encore bien plus élevé : 1,90. Cela tient à ce que la période est trop courte et renferme une série de mois d'octobre extrèmement pluvieux, qui exagère la proportion normale du mois. Mème en tenant compte de cette anomalie, il reste acquis que le contraste entre l'été et l'automne est plus fort au voisinage du marais poitevin que partout ailleurs. La cause de cette exagération paraît résider dans la topographie de la côte; c'est dans l'angle que dessine la rencontre de la côte de Saintonge, orientée S.-N. avec celle de Vendée, orientée S.E.-N.W., que se produisent les abats d’eau les plus considérables. Et c’est précisément au sommet de cet angle que le système de crêtes Montalembert-Gâtine est le plus rapproché de la mer; double circonstance également favorable à la production des grandes averses. |
"([UAB-J0rAuef) s91279d sp Uorn4n dy — ‘8% "OI DUIQY "SUD