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III. La température. — L'étude des températures, qui repose, comme celle des pluies, sur des données éminemment variables, exige, pour aboutir à des résultats vraisemblables, de longues séries homogènes d'observations bien faites. Or le Poitou n’en fournit aucune qui réponde entièrement à cet ensemble de conditions. I] faut laisser de côté les observations faites à l’école normale de la Roche-sur-Yon, bien qu'elles embrassent une période de vingt ans allant de 1881 à 1900, parce que certains mois accusent des températures évidemment trop élevées. Il ressort de la comparaison avec Nantes et Bordeaux que l'excès atteint 0°,5 pour mars et octobre.
Des lacunes trop nombreuses empêchent, d'autre part, d'utiliser pour le calcul des moyennes la série de dix ans (1891-1900) que l'on possède pour Niort!, et l'on ne peut faire état non plus de celle qui a été commencée en 1895 à Montamisé, près de Poitiers, par la Commission météorologique de la Vienne, parce qu’elle est encore trop courte. Il est infiniment préférable de se servir des cartes construites par M. Angot pour ses études sur la température en France pendant la période de cinquante ans 1851-1900?. Les isothermes tracées dans la région poitevine reposent sur les observations de Nantes, Angers, Vendôme et Bordeaux. Déduites des nombres fournis par ces quatre stations, elles offrent beaucoup plus de garanties d’exactitude que celles que l’on pourrait tenter de construire avec les rares observations poitevines, qui entraîneraient à coup sûr à commettre de grosses erreurs.
La température qui règne en Poitou est douce et répond exactement à la moyenne générale de la France (11°,9). L'isotherme annuelle de 12° traverse la partie S.-W. par la Roche-sur-Yon, Niort et Ruffec, l’isotherme de 11°,5 écorne l'extrémité septentrionale en passant par Loudun. La prédominance des influences maritimes se dénote par le relèvement des courbes vers le N.-W., qui est très accusé pour celle de 12°. Mais il faut tenir compte de ce que toutes ces isothermes sont réduites au niveau de la mer. Or ce sont les températures vraies qui sont intéressantes pour le géographe, parce qu'elles seules sont en relation directe avec les phénomènes que l’on peut observer, en particulier avec ceux que présente la végétation. Déduction faite de l’abaissement de température qui résulte de l'altitude, on peut admettre que les moyennes vraies doivent être de 12°,2 à la Rochelle, 11°,9 à Niort, 11°,1 à Poitiers. Le plateau de Melle, élevé de 180 mètres, doit avoir une température de 11°, et la plaine de Poitiers, moins haute (145 m.), mais plus continentale, 109,9. Le Marais poitevin, situé au niveau de la mer, possède la moyenne la plus élevée {12°,1 à 120,2). Mais ces moyennes annuelles n’ont qu’une valeur théorique, c’est la distribution de la température au cours des mois successifs qui donne au climat son véritable caractère.
Hiver. — L'hiver n'est pas froid, grâce au voisinage de la mer. En janvier, Poitiers a une moyenne vraie de 3°,3, Niort de 4°,5, la Rochelle de 50,5, l'ile de Ré de 6°. À Niort, pendant la période de 1891-1900, l'amplitude journalière en janvier a été de 4°, variant entre un minimum de 2°,2 et un maximum de 6°,1; mais comme cette période à
1. Annuaire de la Soc. méléorol., années 18911900, passages cités, 2, Ann, B. C. D., 1903, t. 1%, planches VII:X, 257 8
été froide dans son ensemble, les chiffres devraient être un peu relevés. Les moyennes masquent d’ailleurs des variations considérables dans les extrêmes absolus : on a noté — 13° en janvier 1894, —12°,5 en décembre 1899, — 12° en janvier 1893, — 11° en février 1895. Par compensation, les maxima ont respectivement atteint dans ces mêmes mois +- 120, + 110,5, + 120,5 et + 8°. L’amplitude totale s’est donc élevée à 25 degrés environ, sauf en février 1895. Le thermomètre a marqué 14°,5 en janvier 1897 et 1899, 19° en février 1899.
Les écarts sont plus forts dans la plaine de Poitiers. À Montamisé, en décembre 1899, le thermomètre est descendu à — 159,8, presque aussi bas qu'en décembre 1879, et il s’est produit un maximum de 21° en février 1899. C’est l'effet d'une situation plus continentale. Le contraste entre la température tiède du golfe de Gascogne et la température basse de la France centrale se manifeste par le resserrement des isothermes le long de la côte. C’est le même phénomène qu’en Bretagne et qu’en Provence. L'air se refroidit de l’W. à l'E. et non du S. au N., et cela très vite : entre la Rochelle et Niort, pour une distance de 55 kilomètres, l'écart est de 1°,2 en décembre, de 1° en janvier. Aussi les gelées sont-elles beaucoup plus fréquentes dans la région de Poitiers qu’auprès de la côte. On a compté en moyenne, pour la période 1881-1900, 50 jours de gelée par an à Parthenay, 41 à Niort et à la Roche-sur-Yon, 30 environ sur le littoral*.
Les trois mois de l'hiver se ressemblent beaucoup, la distribution générale de la température restant à peu près la même. En février toutefois les isothermes commençent à s’espacer, l'écart n’est plus que de 1° entre Poitiers et la Rochelle, au lieu de 19,7 en janvier.
Printemps. — 11 se réduit encore davantage en mars. L’échauffement du continent tend à rendre les isothermes parallèles aux latitudes, et elles coupent obliquement la côte. L'écart est ramené à 0,4 entre Poitiers et la Rochelle [température réduite au niveau de la mer). La hausse depuis janvier est de 3°,7 à Poitiers, de 2°,4 à la Rochelle. Niort, avec une moyenne de 7°,7, possède une température intermédiaire entre celles de ces deux villes.
Avril montre un progrès constant de la chaleur dans l’intérieur du pays : la Rochelle, Niort et Poitiers sont exactement sur la même ligne isotherme de 119,5.
En mai, les isothermes prennent la direction du N.-E.; Poitiers et Niort deviennent plus chauds de quelques dixièmes de degré que la Rochelle. Mais il s’agit là de températures réduites au niveau de la mer. Dans la réalité, la différence d'altitude entre la côte et l’intérieur fait que la température vraie reste encore plus élevée dans la région côtière, où elle est comprise entre 14° et 149,3, que dans la plaine de Poitiers où elle avoisine 139,5.
Ce sont là des nuances qu’enregistrent fidèlement les phénomènes de végétation : le chène commence d'ordinaire à prendre ses feuilles le 23 avril dans le Marais et à Niort,
1. Ces nombres, vérifiés et calculés à nouveau, diffèrent peu de ceux que nous avions donnésil ya quelques années (Répartition des jours de gelée en Fränce, Ann. de géegr., XI, 1902, p. 111, pl. IV).
le 25 à Poitiers, le 27 sur le plateau de Melle. À mesure qu'on s’élève en altitude, la végétation subit un retard correspondant à l’abaissement de la température.
Eté. — L'été est chaud : la moyenne à Niort est de 18° en juin, 19°,8 en juillet, 190,6 en août. Même sur les plateaux elle dépasse 19° en juillet et en août. La distribution de la température est inverse de ce qu’elle était en hiver. Les isothermes remontent parallèlement à la côte de Saintonge du sud au nord, puis s’infléchissent au N.-E., en donnant à Poitiers un demi-degré de plus qu’à la Rochelle en juin et en juillet. Le mois d'août montre une tendance à l’égalisation, parce que la mer continue à s’échauffer. C’est ainsi que la Rochelle a des moyennes de 170,4 en juin, 190,5 en juillet, 190,3 en août. L'ile de Ré n’atteint pas 19° en juillet; il y fait moins chaud que sur le haut du plateau de Melle, malgré une différence de niveau de 170 mètres. L'influence rafraichissante des vents d'ouest, prépondérants en été, se traduit ainsi de la façon la plus nette par l’abaissement graduel de la température à mesure qu’on se rapproche de la côte.
L'amplitude diurne pendant les mois d'été estassez faible. Sa valeur à Niort est de 12°. Dans cette station, les maxima moyens ne sont pas très élevés : 240,7 en juin, 26°,8 en juillet, 260,7 en août, malgré des maxima absolus qui ont pu atteindre 37°,5 en juillet 1900. On a noté à Poitiers dans le même mois 390,2, et, en juillet 1870, 419,2; cette dernière température est la plus haute qu’on ait constatée dans l’ouest, avec le maximum de 41,9 relevé à Bordeaux en août 1892?. On peut dire que, dans la partie sud du Poitou tout au moins, le thermomètre atteint ou dépasse 30° environ quinze jours par an°. Les minima absolus présentent des écarts bien moindres : d'ordinaire ils dépassent 10° à Niort et ne diffèrent que de 4 degrés environ des minima moyens, qui atteignent 120,5 en juin, 14°,9 en juillet et 140,5 en août. La plus basse température observée a été de 8° en juillet 1900. La constance de la chaleur est donc un trait essentiel de l’été poitevin, qui présente la plus grande analogie avec celui de la Gascogne.
Pendant les trois mois de juin, juillet et août, la différence de température entre Niort et Bordeaux ne dépasse pas un demi-degré, alors qu’elle est d’un degré avec Nantes et Angers, pourtant un peu moins éloignés. C’est une observation du même ordre que celle que nous avons déjà faite pour le régime des pluies.
Automne. — Le mois de septembre ramène exactement les conditions qui régnaient en avril; la décroissance de température se fait du N. au S. et devient très sensible. La moyenne n’est plus que de 16°,6 à 16°,7 pour la Rochelle et Niort, de 16°,4 pour Poitiers, tandis qu’elle est encore de 18° à Bordeaux. Le refroidissement est donc beaucoup plus accusé en Poitou qu’en Gascogne, et les analogies de température, qui étaienten juillet avec la vallée de la Garonne, sont en septembre avec celle de la Loire, que longe l’isotherme 165.
Avec octobre se prépare le régime d’hiver; la mer est plus chaude que la terre, et
. À. ANGOT. Phénomènes de la végétation en France, Ann. B. C. M., année 1892, t. I°', pl. B, 21. . A. ANGOT. Etude de la température, Ann. B. C. M., 1904, t. 1°", p. 338. . Moyenne déduite de celles de Nantes, Angers et Bordeaux (ANGor, tbidem).
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les isothermes s’infléchissent du N.-W. au S.-E., mais il subsiste encore une certaine égalité de température; la Rochelle a 12°,5, Niort 12°, Poitiers 11°,7. L'écart est d’environ 0°,8 entre la Rochelle et Bordeaux, il est de 1°,7 entre Bordeaux et Poitiers, c'est-à-dire deux fois plus grand.
L'opposition entre la côte et l’intérieur s’affirme complètement au mois de novembre, qui offre tous les caractères des mois d'hiver. On relève 8°,2 à la Rochelle, 7°,8 à Niort et 7°,4 à Poitiers. La température vraie des plateaux, qui se tient un peu au-dessous de 7°, est inférieure d’environ 1°,5 à celle de la côte.
En définitive, la région des basses plaines côtières est’ la plus favorisée par la chaleur. C’est entre Luçon, Saint-Maixent et Saint-Jean-d'Angély que sont réunis les principaux avantages du climat : un hiver généralement doux, sauf gelées exceptionnelles, un printemps tiède et bien arrosé, un été chaud et d’allure constante, suffisamment sec sans l'être trop, un ciel souvent clair, un soleil vif répandant beaucoup de lumière. Aussi ne faut-il pas s'étonner, la nature du sol aidant, d'y trouver la région la plus fertile, la plus riche et la plus peuplée du Poitou.
IV. Influence du climat sur la végétation. — Colonies de plantes méditerranéennes. — Ces avantages du climat ont une répercussion très marquée sur la végétation. Un assez grand nombre de plantes méridionales se sont infiltrées parmi la flore indigène, que caractérise le chêne rouvre. Ce sont naturellement celles qui offraient le plus d'aptitude à l’acclimatation dans une région relativement humide qui ont réussi à s'y fixer; les autres, trop exigeantes sous le rapport de la chaleur et de la sécheresse, ne pourraient y prospérer.
Les botanistes ont constaté l'existence de 128 espèces méditerranéennes, apparlenant à 93 genres!. La grande majorité vivent sur les terrains calcaires, où elles échap= pent mieux que sur les autres sols aux inconvénients de l'humidité et du froid. L'eau n'y séjourne pas, grâce à l'extrême perméabilité des calcaires, et la roche s’échauffe plus rapidement sous les rayons du soleil. Mais on en rencontre aussi un certain nombre (10 espèces) sur les terrains sablonneux, et quelques autres habitent les marécages; l’Zris spuria, notamment, aux fleurs d'un blanc jaunâtre veiné de bleu, est très répandu dans le marais communal de Luçon, et on le rencontre fréquemment aussi depuis Jard jusqu’au gué de Velluire, c'est-à-dire dans la partie du marais la plus chaude en hiver. En elfet, si certaines espèces méditerranéennes ne sont pas très sensibles au froid et peuvent s’avancer assez loin dans l’est du Poitou, le plus grand nombre d’entre elles recherchent les localités où l'hiver se fait le moins sentir, par conséquent le voisinage de la côte. En dehors des huit espèces propres aux dunes et qu’on ne saurait rencontrer ailleurs, on en compte seize autres qui ne sont pas spécialement maritimes et qui sont néanmoins presque toutes cantonnées en Aunis sur les falaises et sur les coteaux pierreux du bord de la mer, ainsi que dans quelques îles du Marais. On y rencontre des arbrisseaux, comme Phïllyrea media et Ph. angustifolia,