‹ Les Plaines du PoitouChapitre 48 sur 132 · Lioxp. Flore de l'ouest de la France · texte numérisé non relu

Lioxp. Flore de l'ouest de la France

au féuillage persistant, comme Daphne Gnidium, qui possède des feuilles piquantes et des fleurs poilues, type de plante adaptée à la sécheresse. Mais les formes herbacées dominent : la Centaurée rude (Centaurea aspera), dont les involucres sont hérissés d’épines, est très commune sur tout le littoral. Ce sont des plantes qui redoutent la gelée, aussi ne pénètrent-elles pas dans l’intérieur du pays. |

À mesure que l’on s’avance à partir du bord de la mer dans la direction de Poitiers, on voit diminuer le nombre des espèces méditerranéennes. L'Aunis renferme la presque totalité de celles qui habitent le Poitou; les Deux-Sèvres n’en ont plus que 27. La Vienne, il est vrai, en compte 48, mais un bon nombre d’entre elles ne sont représentées que par de rarissimes individus, difficiles à découvrir dans les recoins où ils se cachent. 14 espèces seulement franchissent le Claïin pour s’éparpiller sur sa rive droite, tandis que 34 vivent dans les plaines de la rive gauche.

L’aire d'expansion de la grande majorité des plantes méditerranéennes est assez bien représentée par celle de l’Erable de Montpellier (Acer Monspessulanum), grand arbre forestier très répandu à l’intérieur d’une zone dont la limite septentrionale passerait par l’Aiguillon, Luçon, Fontenay-le-Comte, Saint-Maixent, Lusignan, Poitiers, Lussac et Champagne-Mouton. Ses feuilles, petites, trilobées, épaisses, d’un vert foncé et luisant, le font reconnaître au premier coup d'œil parmi les autres arbres. Son bois, dur, compact, d'un grain fin et égal, à la teinte rosée, est très employé par les menuisiers du pays pour la fabrication des objets qui ont besoin d’être résistants. Cet arbre, appelé en patois du nom d’agère ou ager, a donné son nom à beaucoup de lieux dits, depuis Ruffec jusqu'à la Rochelle. Assez indifférent au sol, il demande surtout de la lumière et de la chaleur estivale.

La plupart des autres espèces se montrent plus difficiles. Le chêne vert (Quercus ler) affectionne les terrains calcaires. Plus frileux que l’érable de Montpellier, il craint le froid de l'hiver et s’écarte assez peu de la côte. Ses bosquets au feuillage d’un gris verdâtre sont rares en dehors de l’Aunis et du littoral, et il faut descendre jusque dans la vallée de la Charente pour le voir peupler les coteaux sur les deux rives du fleuve en s’avançant jusqu'à Angoulême. Quelques individus se sont égarés vers l'E. dans le département de la Vienne, où ils se blottissent dans des fentes de rochers, le long des falaises calcaires exposées en plein midi, à Saint-Benoist, près de Poitiers. Ils s’y montrent associés au micocoulier (Celtis australis), grand arbre que l’on rencontre également au Porteau (près de Poitiers), à la Roche-Tison, à Lusignan et en Aunis.

La chaleur et la sécheresse de l’été permettent aux astragales, plantes caractéristi= ques des pays secs, de s’avancer dans les mêmes régions. Deux espèces, l’Astragale pourpre et l'Astragale de Montpellier, parviennent, la première jusque dans la plaine de Lezay, la seconde jusqu’au N. de Poitiers.

De la région ibérique sont venus des genêts, des ajoncs, un chêne, le Quercus Tozza, qui remonte au N. jusqu’auprès de Blois. Mais ces plantes, d’ailleurs fort communes, sont beaucoup moins typiques que celles d’origine méditerranéenne, et leur extension n’est pas limitée au Poitou. Elles n’offrent pas le même intérêt géographique

L'homme a contribué de son côté à propager un certain nombre d'espèces méridionales. Dans les propriétés d'agrément et parfois même en plein champ, on voit assez souvent des Pins parasols (Pinus pinea) dont le panache largement étalé attire de loin les regards; mais ils n’atteignent jamais la grande taille de leurs congénères de la Provence. Le laurier-rose abonde dans les jardins; il y en a partout, jusque dans les gares de chemins de fer, au bord des voies. Le figuier se rencontre aussi bien à la campagne que dans les jardins des villes. I1 n’est guère de maison de paysan qui ne possède le sien, accolé dans l’angle d’un mur.

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