LA BRANDE
Avec la brande se montre un des traits les plus originaux de la physionomie du Poitou. Ce nom, qui est proprement celui d’une espèce de genêt, désigne une lande où croît une épaisse végétation de genèêts, d’ajoncs, de bruyère, de fougères, toutes plantes à taille d'homme et souvent plus grandes encore; les ajones surtout atteignent communément une hauteur de 3 m., vraie brousse épineuse où l’on n’est guère tenté de s’écarter hors des sentiers. La couleur générale est d’un gris verdâtre tirant sur le brun rosé quand dominent les bruyères, sur le vert quand ce sont les callunes (Calluna vulgaris). Lorsque, à l’époque de la floraison, les ajones et les genêts mettent l'or de leurs pétales sur la brande, celle-ci s’anime, s'égaye aux rayons du soleil, captive le regard par l'éclat de sa parure. Encore que monotone, elle ne produit plus l'impression de morne tristesse que l’on éprouve l'hiver en la traversant sous un ciel bas, dans une teinte générale de grisaille.
La brande a incontestablement succédé à la forêt; non seulement l'association végétale qui la constitue forme aussi les fourrés du sous-bois, ce qui donnerait déjà une forte présomption, mais encore on a la preuve directe de cette succession. Toutes es fois que l’on essarte un bois sur une étendue quelconque, on voit les ajoncs, les fougères et les genêts essaimer rapidement et couvrir de leur tapis végétal la surface précédemment occupée par les arbres. Ces plantes, extrêmement envahissantes et difficiles à extirper, étouffent de leur végétation pressée les rejets des souches, qui se font péniblement jour. Si l’on mène pacager les animaux, les chèvres surtout, dans ces essarts, c'en est fait du rétablissement de la forêt; les jeunes pousses sont dévorées avidement, la sève s’épuise, et bientôt les dernièrs rejetons ont disparu. C’est ainsi qu’au dix-septième siècle la forêt de Moulière s’est trouvée transformée en brandes, avec bien d’autres; il a fallu détruire ajoncs, genêts et fougères pour permettre aux nouveaux semis de prendre racine et de se développer à la lumière.
La région des brandes comprend une grande partie du seuil du Poitou. Elle englobe tout le département de la Vienne, les arrondissements de Confolens et de Parthenay,
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et s'étend bien au delà sur le Limousin, la Vendée et la Touraine. Son aire d'expansion correspond exactement à celle des terrains siliceux, avec une prédilection marquée pour les sables argileux marbrés et les bornais, la terre de brandes des paysans. La concordance avec l'extension des terrains tertiaires est frappante : en suivant leurs contours sur une carte géologique, on délimiterait en même temps la zone des brandes.
Cette formation manque complètement dans les plaines calcaires : ni dans le Loudunais, ni dans la plaine de Neuville, ni dans celles de Niort et de Luçon, ni dans l’Aunis, on n’en trouve trace. Les quelques plaques de cailloutis quartzeux du plateau de Melle sont restées en forêt. La brande fuit aussi les sols siliceux riches en acide phosphorique, représentés par les terres rouges à châtaigniers, où les arbres puisent assez de vigueur pour repousser son invasion.
La terre de brandes. — La composition de la terre de brandes est très variable d'un point à un autre; elle revêt souvent plusieurs aspects différents dans un même champ, plus argileuse ici, plus sableuse là, plus compacte sur un point, plus légère sur un autre.
Deux terrains constituent sa masse principale : les argiles marbrées et les bornais; il faut y ajouter les meulières lacustres, d'importance beaucoup plus réduite.
Argiles marbrées. — Les sables argileux marbrés se montrent généralement à l’état de masse fine, compacte, englobant parfois des cailloux roulés du jurassique!. Aux environs de Montmorillon et de la Trimouille ils passent à des bancs de grès tendre qui atteignent 50 mètres d'épaisseur et qui se relient à ceux de la Brenne et du Berry. Souvent on a affaire à des argiles presque pures, comme à Fleuré, où on les exploite sous le nom de terre à cazettes. Cependant, même dans ce cas, la structure sableuse se révèle à l'examen microscopique : la silice y est à l’état de particules très fines?. Il est fréquent de rencontrer des sels de fer, en assez grande abondance parfois pour agglomérer les grains de sable; c’est ainsi que se sont constitués les pou= dingues ferrugineux qui forment une assise continue depuis le Vigeant jusqu’à la gare de Roumazières. 11 arrive même que des pisolithes ferrugineux soient réunis par un ciment également ferrugineux, ce qui donne alors des poudingues de minerai de fer disséminés en divers endroits. Un sol composé de pareils éléments minéraux ne paraît pas à première vue devoir être bien fertile; cette mauvaise impression est confirmée par l'analyse chimique. Les substances les plus utiles aux plantes, à savoir la chaux, la potasse, l’azote et l'acide phosphorique, font presque également défaut dans ces terrains. L'analyse des terres fines, c’est-à-dire de celles qui sont assez ténues pour que les plantes puissent y puiser leur nourriture au moyen de leurs racines, montre un excès de silice et une insuflisance notoire de tous les éléments nutritifs. A
1. C'est ce que nous avons pu constater auprès de Poitiers, sur la route de la Tranchée à Saint- Benoît, où ces sables remplissaient des puits naturels du calcaire,