‹ Les Plaines du PoitouChapitre 71 sur 132 · Réformation, p · texte numérisé non relu

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allignés pour le pays ». Le restant se composait partie de vieille futaie aux arbres espacés et partie de taillis.

En fin de compte, l’état misérable des forêts autemps de Louis XIV tenait avant tout au défaut de surveillance, qui encourageait les usagers à abuser de leurs droits; ils avaient profité de l’état de trouble causé par les guerres de religion au seizième siècle et au début du dix-septième, puis par la Fronde et la misère générale qui régna au dixseptième. L'autorité supérieure était privée de moyens d'action sur les subalternes éloignés; les maîtres des forêts agissaient en propriétaires effectifs, abattant, vendant les bois selon leur bon plaisir; en quoi ils étaient beaucoup plus coupables encore que les usagers.

Les bois des particuliers, et surtout ceux des abbayes, faisaient meilleure figure qne ceux du roi; les propriétaires les surveillaient de près. Mais ils abusaient en général de la source de revenus que les bois constituaient pour eux. Les coupes, trop rapprochées, avaient lieu en moyenne tous les neuf ans!; ce sont presque toujours des taillis bas que recensent les innombrables visites de forêts faites au dix-septième et au dix-huitième siècle?.

- Le projet de réformation n’aboutit pas; les choses restèrent en l’état pendant deux siècles encore, jusqu’au moment où les forestiers, à partir de 1853, se mirent enfin à l’œuvre pour relever de leurs ruines les antiques futaies poitevines. On poursuivit leur rétablissement général, les coupes devant se faire à la révolution de 120 à 150 ans; alors que les enquêteurs de Colbert avaient surtout proposé des palliatifs et qu'ils se résignaient souvent à ne rien tenter pour restaurer les forêts, le plan conçu au dixneuvième siècle devait entraîner une transformation radicale. En se réglant sur l’état des bois, sur la nature du sol, la venue plus ou moins rapide des arbres, en un mot sur les aptitudes particulières à chaque forêt, on adopta un plan de campagne qui fut méthodiquement appliqué.

On commença en 1853 par la forêt de Moulière, la plus délabrée de toutes; elle fut soumise pour les deux tiers de sa surface au régime de taillis sous futaie, à révolution de 25 à 30 ans, et pour l’autre tiers au régime de futaie avec coupe tous les 60 ans. Il n'y avait pas avantage à établir une plus longue révolution. Le pin sylvestre, qui s’accommode des sols les plus ingrats et qui réussit là où rien ne pousse, a été introduit largement. En 1878, après 25 ans de ce traitement, sur les 3.367 hectares de la forêt, il y en avait 2.428 en taillis sous futaie et 939 en voie de conversion de futaie, sur lesquels 781 restaient à préparer”. La Moulière, comme on dit dans le pays, est la seule forêt domaniale en Poitou qui soit traitée pour partie en taillis ; toutes les autres sans exception sont transformées en futaies*. En 1878, les 13.000 hectares de forêts

1. Un arrèt du conseil d'État du 4 juin 1729 défend à tous seigneurs et particuliers de couper les bois taillés avant l’âge de dix ans, et aux possesseurs ecclésiastiques avant l’âge de vingt-cinq ans (Arch. Vienne, B 46).

9, Archives Vienne, série B.

3, Statistique de 1878, p. 250-251 (tableau).

4. Celles de Châtellerault (3.744 h.), Saint-Sauvant (666), Vouillé-Saint-Hilaire (1.183 h.), l'Hermitain (615), Chizé (4.812 h.).

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appartenant à l'État se décomposaient en 1.981 hectares de futaies, 2.428 de taillis (la Moulière) et 8.591 hectares en voie de conversion de futaie. On a multiplié le pin et le châtaignier sur les sols siliceux, où ils se plaisent le mieux. Des semis de pin en particulier ont été faits sur les surfaces où le chêne venait mal et ne donnait que du mauvais bois; la valeur des forêts en a été accrue d’autant, grâce aux multiples usages auxquels se prêtent les essences résineuses. Le pin maritime, très répandu dans les propriétés privées, est moins en faveur dans celles de l'État, parce que sous le climat de Poitiers il ne donne plus une production de résine suffisante pour faire l’objet d'une exploitation rémunératrice. C’est une espèce qui a été abusivement propagée hors de son domaine naturel, qui s'arrête à la Saintonge.

L'œuvre de rénovation forestière est aujourd'hui presque achevée. Un demi-siècle de labeur a totalement effacé les traces des déprédations signalées par l’enquête de 1667. La suppression des droits d'usage, jointe à une surveillance effective, les progrès considérables réalisés par une sylviculture raisonnée et l'application soutenue d'un programme défini, ont rendu au Poitou une notable partie de son ancienne parure forestière. Quant aux bois appartenant aux communes et aux particuliers, qui ne peuvent attendre aussi longtemps que l'État pour retirer un profit de leur capital forestier, ils sont presque partout en taillis. Dans la Vienne, à côté des 3.162 hectares de futaies domaniales, il y a 81.075 hectares de taillis communaux et particuliers. De sorte que, dans l’ensemble, le bois d'œuvre est une rareté et que l’on exploite surtout du bois de chauffage; encore ne sont-ce souvent que des bourrées.

L'extrême ancienneté des défrichements et l’'émiettement forestier qui en est résulté n'ont pas permis à une forme de vie particulière de se constituer au sein des bois. Rien dans le Poitou ne rappelle ce monde de bûcherons retranchés dans les sylves du Morvan, à l'écart de la civilisation générale. Les industries du bois, si florissantes dans la forêt Noire et le Jura, où elles ont fait naître de nouveaux centres de population, manquent complètement en Poitou. Ici l’homme n’a pénétré dans la forêt que pour la détruire : forgeron, il a abattu les arbres pour fondre ses minerais; pâtre, il a mené ses chèvres et ses moutons dévorer les jeunes pousses printanières ; laboureur, il a promené le soc de sa charrue sur l’emplacement des souches déracinées; vigneron, il a creusé de sa pioche le sol des antiques futaies et substitué à l’imposante ramure des chênes séculaires le tronc court et noueux des ceps. Il n’y a guère que la fabrication du charbon de bois qui donne lieu de nos jours à une industrie vraiment forestière : encore se limite-t-elle aux besoins strictement locaux. Et pourtant les débouchés ne manquent pas aux produits de l'exploitation des bois : le Limousin doit faire appel au dehors pour s’alimenter en combustible comme en matériaux de construction; la Vendée n’est guère mieux partagée. Ces deux voisins immédiats et besogneux devraient être pour le Poitou forestier des clients assurés, ce qu’ils ne sont pas. Le trafic des bois est insignifiant entre ces diverses contrées. Autrefois, la rareté des moyens de communication et le mauvais état des chemins expliquaient cette absence de rapports. Mais de nos jours où routes et chemins de fer sillonnent le pays en tous sens et mettent en relations aisées les contrées voisines, on ne peut guère s'expliquer l’état

d'abandon du commerce des bois que par la concurrence des bois du Nord importés par Nantes, la Rochelle et Bordeaux. Leur bas prix défie toute concurrence. D'autre part, les forêts de l'État sont trop peu étendues dans la région pour alimenter à elles seules une exportation notable.

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Rôle historique de la forêt comme limite de peuples. — Dépourvues de vie locale, les forêts poitevines sont restées longtemps des lieux d'isolement, des marches frontières entre peuples voisins. Au nord par les forêts de Fontevrault, de Scévolle, du Mirebalais et de Châtellerault, par celles de la Guerche et de la Groie, le Poitou était séparé de l’Anjou et de la Touraine. Les marécages de la Brenne rendaient fort difficiles les communications avec le Berry. L'accès du Limousin semblerait avoir été plus facile : de ce côté, ce sont les brandes qui dominent, le pays est découvert, mais la brande est un désert qui sépare les peuples aussi bien que la forêt. Celle-ci reprend au sud depuis Ruffec jusqu’au marais poitevin, mettant une barrière entre le Poitou et la Saintonge. Cette ceinture de forêts etde brandes, qui court depuis l’Anjou jusqu’à l’Aunis en passant par la Brenne, enferma primitivement le territoire du pays gaulois des Pictons. Le nom d’Ingrande, qui indique une ancienne limite, se retrouve trois fois dans cette zone : d’abord dans la forêt de Fontevrault, où existe une ferme de ce nom à 2 km. S.-E. de Couziers!, puis sur la Vienne, au N. de Chàtellerault, enfin au confluent de l’Anglin et du Salleron, à l’ouest du Blanc. Du côté de la Saintonge, l'enceinte forestière était assez bien conservée à l’époque gauloise. Les fondeurs et les verriers, ces grands destructeurs de bois, n'y ayant que faire, faute de minerais, les forêts ont été plus respectées que sur les confins du Limousin. On ne trouve trace de leurs établissements que sur quelques points, surtout dans le N.-W., à Ferrières, aux Charbonnières, aux Fonderies (près du gué d’Alleré), à la Forge (près Saint-Sauveur), au bois du Fourneau (près Benon). C’est précisément, coïncidence significative, la zone la plus déboisée. Il ne faut pas perdre de vue que le Bois occupe les terres de Varennes, sol moins fertile que ceux qui l’avoisinent au nord et au sud. C'est aussi la partie la plus élevée du pays. Quoi d'étonnant qu’une agriculture encore primitive dans son outillage et ses méthodes n'ait point songé à s’en emparer? Mais ici la frontière ne concordait pas absolument avec la forêt. Cette frontière, nous la connaissons, si l’on admet, ce qui paraît prouvé, que les anciens diocèses épiscopaux ont eu les mêmes limites que les cités gallo-romaines, et que celles-ci ont correspondu aux peuples (ou civitates) gaulois. Le diocèse de Poitiers (cité des Pictons) englobait Aulnay, la Villedieu, Contré, Dampierre-sur-Boutonne, les Eduets, Longuepierre, Romazières, Saint-Brice, Saint-Séverin, Saleignes, Salles-les-Aulnay, Villiers, Villiers-le-Larron?, toutes paroisses situées au sud de la ligne des forêts qui appartenaient en entier de ce côté auterritoire poitevin. Mais au N.-W. le diocèse

1. Racow. Bull. Soc. ant. Ouest, XIV, p. 470. 2. Lepaix. Dictionn. topozraph. des Deux-Sèvres, p. 175, archiprètré de Melle.

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de Saintes arrivait jusqu'au Marais et jusqu’à Niort, avec la Sèvre pour limite : Coulon, Saint-Liguaire, Bessines, Saint-Symphorien, Granzay, Gript, la Foye-Montjault, Dœuil, Loulay, en dépendaient!, de telle sorte que la limite entre Pictons et Santons, au lieu de suivre la ligne des bois, la recoupait perpendiculairement : la vraie frontière était constituée par le Marais, obstacle autrement sérieux qu’une forêt. Ainsi la grande zone boisée qui prend en diagonale depuis Mansle et Ruffec jusqu'à Courçon était partagée entre la Saintonge et le Poitou, qui en possédait les deux tiers environ. Un érudit poitevin, Beauchet-Filleau, frappé de cette constatation qui ne cadrait pas avec ses idées, mais désireux malgré tout de mettre les faits d'accord avec la théorie, a supposé que primitivement la limite avait suivi l’axe de la forêt et que c'étaient les Romains qui, après avoir percé les routes à travers bois, avaient introduit des modifications territoriales et donné aux circonscriptions des cités les limites qui se sont ensuite transmises aux diocèses ?. Cette hypothèse absolument gratuite ne repose sur aucun fait, elle a été inspirée par la seule préoccupation de ne pas introduire une exception à une règle regardée comme immuable; on ne saurait y souscrire. Mais, ces réserves une fois faites sur les points de détail, il n’en est pas moins vrai que, à considérer les choses en gros, c’est au travers d’une région de forêts que passait, avec un tracé plus ou moins capricieux, la frontière entre Pictons et Santons. Interprété avec plus d’élasticité que n’en admettait Beauchet-Filleau, le principe de la forêt limite de peuples s'accorde suffisamment bien avec les faits pour qu’on le regarde comme justifié au sud comme au nord du Poitou.

1. LeDAIN. Dictionn. lopograph. des Deux-Sèvres, p.175, archiprètré de Melle. 2 BraucuetT-FiEAuU. Recherches, p. 420-427,

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