À LOT
Moulismes, dans une des parties les plus déshéritées de la région de Montmorillon, on a relevé les proportions suivantes : silice, 837 p: 1.000; argile, 85 p. 1.000; humus, 9 p. 1.000; calcaire, 3,6 p. 1.000 ; potasse, 2 p. 1.000; acide phosphorique, 0,56 p. 1.000. Auprès d'Availles-Limousine on a trouvé : calcaire, 2 p. 1.000; potasse, 1,3 p. 1.000; acide phosphorique, 0,35 p. 1.000. Des proportions analogues, quoique un peu moins défavorables, ont été rencontrées dans les communes de Dienné, de Fleuré, de Goueix, de la Ferrière-Ayroux, de la Chapelle-Viviers, toutes situées au S.-E. de Poitiers, dans la région de brandes qui s'étend entre le Clain et la Vienne. La dose d'acide phosphorique peut monter à 0,65 p. 1.000 à la Chapelle-Viviers, à 0,86 p- 1.000 à Dienné : ce dernier chiffre est le maximum constaté!. Une telle pauvreté en éléments fertilisants est en rapport direct avec l'origine des argiles marbrées, produit de la décomposition des roches cristallines du Massif central. Il semble que cette décomposition ait donné naissance à deux terrains différents, représentés l’un par de la bauxite, croûte d’altération restée sur la roche en place, l’autre par des ‘sables argileux marbrés, produit de transport entraîné au loin dans les plaines du Poitou. Il faut donc voir dans ce phénomène un effet probable du climat tropical qui régnait en Europe au début du tertiaire. La chaleur humide caractéristique de ce climat a corrodé les roches jusqu’à une profondeur souvent considérable, en agissant beaucoup plus par son pouvoir chimique que les eaux de ruissellement par leur pouvoir mécanique. Attaquant les granits et les schistes qui dominent dans le Limousin, elle en a dissocié les éléments; les feldspaths, détruits les premiers, ont perdu la plus grande partie de leurs éléments solubles, chaux, potasse, etc. L’alumine et la silice, au lieu de se combiner en un silicate et former du kaolin, ont été rendus libres. Il s’est alors opéré sur place une combinaison d’alumine et de fer, donnant naissance à de la bauxite, roche très analogue à la latérite des pays tropicaux ?. La silice a été entraînée par les eaux de ruissellement, en même temps que les sables formés aux dépens du quartz et du mica, mis également en liberté par la destruction du feldspath. Les argiles marbrées ont donc été constituées par l’ensemble des éléments qui ne sont pas entrés dans la composition de la croûte d’altération de la roche mère. Leur transport par les eaux les a soumises à un lavage incessant, qui ne pouvait que les appauvrir encore en chaux et en potasse. Il en est finalement résulté un terrain complètement dépourvu de tout ce qui aurait pu lui donner quelque fertilité. Seule pouvait s’en accommoder une végétation adaptée à l’excès de silice, végétation représentée par le jonc et l’oseille sauvage dans les bas-fonds humides, par l’ajonc et la bruyère dans les parties plus sèches. Dans les forêts, le chêne a dù être l'essence dominante, si l’on en juge par les rares témoins qui se sont maintenus jusqu’à nos jours.
Bornais. — Un peu moins déshérités se montrent les bornais : non qu'ils soient
1. Bull. synd. agricult. Vienne, analyse des terres, passim. 2. Une roche très voisine de la bauxite se rencontre sur quelques points du Poitou (WeLscu. Réunextraord., p. 861).
beaucoup plus riches en principes nutritifs, mais parce qu'ils sont moins compacts que les argiles marbrées. [ssus du démantèlement du Massif central par des cours d’eau à régime torrentiel, comme en témoigne le volume des cailloux de quartz roulés que l’on peut récolter aux environs de Poitiers, les bornais sont composés de matériaux beaucoup moins fins que ceux des argiles marbrées. Ce sont essentiellement des sables plus ou moins argileux, jaunes ou rouges, à cailloux de quartz blanc. « L’épaisseur n’est jamais grande, 1 m. à 2,50; la grosseur du gravier varie de celle d’une dragte à celle d’un œuf... Cette formation peut différer d'aspect par places; elle peut renfermer de nombreux silex d'origine jurassique arrachés aux formations antérieures et reconnaissables à leur patine bleue. Quelquefois il y a abondance de quartz roulés avec gravier. D'autres fois ce sont des argiles à sable fin, blanchâtres et limoneuses, dites terres bornais par les paysans, très abondantes sur certains plateaux, de Charroux à Joussé, de Poitiers à Sanxay... On y rencontre aussi du bétain ou grison : c’est une sorte de poudingue ferrugineux qui se forme à quelques décimétres de la surface et qui empêche les racines des plantes de pénétrer plus avant, tout en retenant quelquefois les eaux à la surface du sol. Ce poudingue est dû aux infiltrations des eaux pluviales, lesquelles dissolvent les sels de fer de la partie supérieure et les déposent au milieu des graviers et débris siliceux des couches profondes, en même temps que, pendant les sécheresses, l'ascension par la capillarité des eaux inférieures amène aussi des sels de fer. Je ne puis guère rapprocher cette formation que de l’alios des Landest. »
Tout en s'étant constitués aux dépens des mêmes roches cristallines que les sables argileux marbrés, les bornais se comportent un peu différemment au point de vue agricole : cela tient à ce qu'ils se sont formés plutôt par arrachement mécanique que par décomposition chimique. Certes, il ne faut pas nier le rôle qu’a joué dans leur origine l’altération sur place des schistes et des granits, car on peut voir le passage progressif du bornais poitevin aux amas argilo-sableux qui recouvrent par endroits les roches anciennes du Limousin. Mais ce sont surtout des phénomènes de transport violent qu’ils révèlent, et leur structure est plus grossière que celle des argiles marbrées, résultat d’une décomposition chimique complète. Des analyses faites sur du bornais prélevé à Angles ont donné 4 p. 1.000 de chaux, 1,8 p. 1.000 de potasse, 0,56 p. 1.000 d'acide phosphorique. À la Chapelle-Moulière, les proportions ont varié de 3,3 à 4,5 p. 1.000 en chaux, de 1,88 à 2,15 p. 1.000 en potasse, de 0,48 à 0,50 p. 1.000 en acide phosphorique. Les extrêmes sont fournis par la Chapelle-Bâton et Genouillé, qui ont donné respectivement 2,3 p. 1.000 et 8 p. 1.000 en chaux, 1,4 p. 1.000 et 1,7 p- 1.000 en potasse, 0,4 et 0,75 p. 1.000 en acide phosphorique?. Les doses sont en moyenne un peu moins faibles que dans les argiles marbrées, mais elles restent cependant très inférieures aux besoins de l’agriculture, qui exigent en moyenne 50 p. 1.000 de chaux, 3 à 4p. 1.000 de potasse, et 1 p. 1.000 d'acide phosphorique. Dans les bornais