Werson. Réunion extraord., p
2. Bull. synd. agricult, Vienne, analyses des terres, n°° 17, 465, 466, 100 et 340.
la potasse se présente en quantité relativement élevée par rapport aux autres éléments; cela tient peut-être à ce que les feldspaths riches en potasse qui leur ont donné naissance n'ont pas été complètement épuisés par le lavage des eaux.
Argiles à meulières. — Quant au sol arable fourni par les argiles à meulières d’origine lacustre, il varie beaucoup de nature. C’est parfois le plus pauvre de tous les terrains poitevins en acide phosphorique : la moyenne tombe à 0,2 p. 1,000 à la Villedieu, avec un minimum observé de 0,15, tandis que la proportion du calcaire s'élève à 13 p. 1.000, celle de la potasse à 1,9 p. 1.000. À Fontprévoir, auprès de Leignes, la teneur en acide phosphorique atteint par contre 0,7 p. 1.000. Il y a donc de grandes différences locales à cet égard. Mais la silice abonde toujours : 858 p. 1.000
à l'ontprévoir, 770 p. 1.000 à la Villedieu, et c’est ce qui fait qu’au point de vue de la végétation les sols à meulières se comportent de la même manière que les bornais et les argiles marbrées. Les uns et les autres se couvrent de genêts, de fougères, de bruyères et d'ajones en épais fourrés. Le bouleau affectionne les parties les plus sableuses, au sol léger.
. Les gros graviers et les sables purs ne retiennent pas les eaux de pluie, qui filtrent rapidement dans leur masse; leur surface est occupée par des brandes sèches où domine le genèêt. Les bornais argileux sont encore relativement perméables, grâce à la forte proportion de sable qu’ils renferment; mais, s’il survient de grandes pluies un peu prolongées, ils se tassent beaucoup et cessent de livrer passage aux eaux d'infiltration. Ce caractère va s’exagérant encore dans les sables argileux marbrés, qui se transforment en une épaisse bouillie dès qu’ils sont trempés. L’eau, qui ne peut plus pénétrer dans la masse du terrain, glisse à la surface et va s’accumuler dans les creux, où elle forme des mares. Rien n’est si aisé que de créer un étang par la construction d'un barrage en travers d’un pli de terrain. Les régions de brandes qui avoisinent Montmorillon et l'Isle-Jourdain abondent en étangs artificiels de ce genre.
En été, c’est l'inverse qui se produit. L’argile, qui n’a pas pu retenir les eaux d’hiver, se dessèche rapidement et se fendille. En se contactant, le sol comprime et étouffe les racines des plantes : c'est ce qu’à Champagné-Saint-Hilaire les paysans appellent des terres rnalines.
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La culture en terre de brandes jusqu’au milieu du dix-neuvième siècle. — On s'explique qu’un sol aussi pauvre et aussi difficile à travailler ait longtemps rebuté les cultivateurs, qui n’en ont pris totalement possession que fort tard, dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle seulement. Jusqu'à cette époque ils en ont abandonné une grande partie à la brande, qui servait au pacage des bestiaux, ceux-ci mangeant pendant l’hiver, dans les étables, de l’ajonc haché et broyé. Les fougères fournissaient des litières pour les animaux, on en faisait aussi des paillasses réputées très favorables à la santé de l’homme. Enfin on pratiquait l’écobuage, incendie périodique d’étendues plus ou moins considérables de brandes, coupées au préalable, pour
les mettre ensuite en labour; les cendres servaient d'engrais, et accessoirement d'ingrédient de lessive. Le paysan tirait ainsi le parti qu'il pouvait de la brande, qui pendant des siècles a tenu une place considérable dans la vie agricole du Poitou, restée demi-pastorale. Par la pratique de la culture extensive, combinée avec l'élevage de la chèvre et du mouton, par la pratique de l’écobuage surtout, se manifestait une persistance tenace de méthodes très primitives, en rapport avec la pauvreté même du sol.
Les voyageurs qui traversaient ces tristes régions en recevaient une désagréable impression. Quelques-uns de ceux qui les ont parcourues à la fin du dix-huitième siècle en ont laissé des descriptions peintes des couleurs les plus noires : « Depuis Poitiers jusqu’à chez moi [en Limousin}, écrit une dame, il y a 25.000 arpents de terrains qui ne sont que de la brande et des joncs marins [ajoncs]. Les paysans y vivent de seigle dont on n'ôte pas le son, qui est noir et lourd comme du plomb... Depuis Poitiers jusqu’à Montmorillon, il y a neuf lieues qui en valent seize de Paris, et je vous assure que Je n'y ai vu que quatre hommes, et trois de Montmorillon à chez moi, où il y a quatre lieues. » Suivant un rapport adressé en 1788 à l'Assemblée provinciale, la route de Poitiers à Limoges par Lussac et Bellac « ne traversait qu’un terrain aride et presque inhabité? ». En 1779, « la paroisse d’Archigny était moitié en brandes, l’autre moitié en terres labourables et bois? ».
Cependant, à la fin du règne de Louis XV des efforts avaient été tentés pour restituer à la culture une partie des terres occupées par la brande. A la suite de la promulgation de l’édit royal de 1765, qui exemptait d'impôt pendant cinq ans les personnes qui défricheraient un sol resté inculte depuis plus de quarante ans, une grande activité se manifesta parmi les propriétaires poitevins. Les registres de l'élection de Poitiers contiennent plus d’un millier de déclarations de défrichements faites entre 1766 et 1782*. La presque totalité émanent de petits cultivateurs qui cherchent à mettre en valeur quelques boisselées de terrain, équivalant en général à deux ou trois hectares, souvent à moins d'un. Il s’en rencontre dans toutes les paroisses de l'élection, mais surtout dans la zone des brandes. Les déclarations portent sur 90 hectares à l'Hommaizé, 64 à Chauvigny, 24 à Nieul-l'Espoir, 33 à Sillards, 28 à Mignaloux, 72 à la Peyratte, 75 à Bonneuil-Matours, 85 à Vernon, 102 à la Ferrière-en-Gençay. Les défrichements de grande étendue effectués sur les propriétés des privilégiés ont été extrêmement rares, parce que, les terres de cette catégorie ne payant pas la taille, leurs propriétaires n'avaient pas un intérêt financier à les faire défricher. Aussi est-il tout à fait exceptionnel de voir en 1767 le marquis de Morunnay faire défricher 800 arpents (environ 280 hectares) à Romagné, près de Civray; en 1771, un sieur Mizac, garde-étalon à la Ferrière-en-Gençay, défricher 100 hectares de brandes dans sa terre de Villiers ; ou encore M. de Péruse des Cars consacrer douze années à la même
1. Ephémérides du ciloyen, XX, 146. Cité par Riser. Géol. agricole, IV, p. 105.
2. Archives Vienne, GC, 610, Assemblée provinciale, rapport du bureau des travaux publics, supplément.