‹ Les Plaines du PoitouChapitre 8 sur 132 · WELscH. Réunion extraord., etc., p · texte numérisé non relu

WELscH. Réunion extraord., etc., p

on n y a jamais trouvé de fossiles, l’âge de la formation reste indécis, tout comme ses rapports exacts avec les calcaires lacustres.

Au sud-ouest, à la Mothe-Sainte-Héraye, les sables marbrés reposent sans conteste sur le terrain lacustre, d'âge éocène moyen; quand on arrive de Saint-Maixent par la route de Geay, on les voit former au-dessus des meulières, qu’ils dominent de 25 mètres environ, une butte boisée que gravit à mi-côte la route’; la superposition est des plus nettes. En ce point les sables sont plus récents que le terrain lacustre.

Il semble qu’il en soit de même au N. de Saint-Martin-Lars; mais dès que l'on arrive vers Gençay et Fleuré, la stratigraphie devient des plus confuses. Tout en restant à la même altitude, on passe sans cesse d'une formation à l’autre, sans que l’on puisse arriver à déméler les niveaux réciproques. La notice géologique de la feuille de Poitiers classe les argiles à cazettes de Fleuré, que leur nature rend inséparables des autres argiles marbrécs, dans l'étage des calcaires lacustres, en les considérant comme un facies local de ceux-ci, tandis que de Longuemar les en distingue et les place au-dessous. Cet exemple montre la difficulté de la question.

Si l’on passe sur la rive droite de la Vienne, de nouveau les rapports deviennent nets, mais cette fois ils sont renversés : les calcaires lacustres situés entre Lussac

et Saint-Savin reposent sur les argiles marbrées, qui les séparent du calcaire jurassique sous-jacent. C’est la même disposition des assises que l’on retrouve ensuite dans la Brenne.

Il ressort de ces faits que, d'une part, sidérolithique et calcaires lacustres sont dans une étroite dépendance mutuelle, et que, d'autre part, la différence de nature des deux sols fait soupconner des changements géographiques importants à la fin de l’éocène, puisqu'on voit alterner un régime lacustre et un régime fluvial; mais de ces changements eux-mêmes nous ne savons rien.

III. Les alluvionnements miocènes. Les bornais. Soulèvement du Massif central. — Les conditions de pente et de relief qui existaient à l’époque oligocène nous restent inconnues. [l n’en est plus de même au miocène. Un régime nouveau s’installe, conséquence du soulèvement du Massif central. Cette vieille pénéplaine, si dépourvue de pente auparavant que des lacs avaient pu s’y étendre, se relève fortement au début du miocène et prend la forme d’un plan incliné au N.-W. L’érosion, dont les forces semblaient éteintes, retrouve une nouvelle énergie et mord avec vigueur sur cette masse compacte et résistante. Les débris arrachés par des cours d’eau torrentiels vont s'accumuler à la surface des plaines situées sur le pourtour du massif; le Poitou en reçoit sa part, comme le Bourbonnais, comme le Berry, comme la Sologne. Il lui en vient aussi du Massif vendéen, qui a participé au même mouvement de surrection que le Massif central. Des courants dévalent suivant les lignes de plus grande pente, pour aller se perdre probablement dans la cuvette de la Sologne, extraordinairement dépri-

1. La carte d'état-major (feuille 142, Niort) indique par erreur la cote 144 à la base de cette butte; c’est 104 m. qu’il faut lire, ainsi qu’il résulte d’une vérification que nous avons faite sur le terrain.

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mée par rapport aux régions voisines. Ils laissent des témoins de leur passage en Touraine dans la forêt de Chinon et à Langeais!, puis sur la rive droite de la Loire. Aucune trace de vallées de cet âge ne subsiste dans le détroit poitevin; du moins rien ne permettrait de les reconnaître. Mais il est possible toutefois qu’une partie des galets de quartz roulés qui jonchentles plateaux poitevins soient un résidu de ces vieux apports. Le volume des cailloux, qui témoigne d’une énergie torrentielle considérable en rapport avec de fortes pentes, tendrait à le faire supposer.

Puis un changement survenu dans la région armoricaine, qui précède l’arrivée de la mer des faluns, modifie la pente du sol dans le nord du Poitou et détourne les cours d’eau vers le N.-W. A l’alluvionnement fait suite une phase de creusement. Une vallée monoclinale se dessine dans le Loudunais, en bordure des affleurements de craie sénonienne; elle prend naissance au S.-E. auprès de Neuville pour se poursuivre dans la direction des Ponts-de-Cé et du bassin d’'Ancenis, sur l'emplacement de la vallée actuelle du Layon. Une autre vallée, de direction E.-W., se creuse au sud de la Touraine entre Charnizay et Paulmy. Toute cette topographie miocène est mise en évidence par l'allure des dépôts de faluns.

Rôle de la mer des faluns. — L'affaissement du massif armoricain vint alors changer la face des choses. Depuis la fin du crétacé, aucune mer n’était revenue dans la partie méridionale du bassin de Paris; aussi l’arrivée de la mer des faluns en Touraine, pendant le miocène moyen, ouvrit-elle une nouvelle phase dans l’histoire du sol poitevin.

D'après l'altitude des gisements faluniers, on peut reconstituer à peu près les contours de l’ancien rivage depuis les environs de Mirebeau jusque dans la Touraine méridionale, en se guidant sur le tracé dela courbe de 120 m. environ. Nous la voyons passer au sud de Thouars, puis auprès d’Amberre, pour remonter ensuite au nord en contournant les plateaux de Mirebeau (160 m.) et de Monts-sur-Guesnes (146 m.); c’est au fond de cette baie largement ouverte, au moulin Pochard (110 m.), près d'Ambrette, et à 5 kilom. au sud de Mirebeau, que subsiste l’unique gisement de faluns situé en Poitou. Si nous nous reportons vers le confluent de la Vienne et de la Creuse, nous retrouvons de nouveaux faluns à Paulmy (125 m.) et à Charnizay (134 m.); ils sont plus élevés que ceux d'Amberre et de la Touraine centrale, ce qui paraît indiquer un mouvement local postérieur à leur dépôt; et comme ils ont dû s’accumuler un peu au-dessous de la zone de balancement des marées, le rivage devait se trouver vers 135 ou 140 mètres, en dessinant une baie limitée à l’ouest par l’anticlinal de Châtellerault et à l'est par celui de Saint-Flovier.

Le niveau de base des cours d’eau poitevins se trouva relevé, et, conséquence obligée, ces cours d’eau durent remblayer leurs vallées pour se mettre en harmonie avec leur nouvelle embouchure. La pente se trouvant réduite, les alluvions encombrèrent

1. Ces dépôts, rapportés au pliocène (feuille de Loches), sont incontestablement miocènes. Ils se relient à ceux du Blaïsois, qui ont fourni des fossiles miocènes, par une série de témoins échelonnés sur la rive droite de la Loire.

Courbes bathym étriques

+ Gisement de Faluns ---Rivage probable

: __— Courbes hypsométriques

Répartition des bornais | +.+.+ Limite d'expansion des

bornais

CPasseras

Fc. &. — Carte montrant les relations entre la mer de faluns et les sables quartzeux (bornais) des plateaux.

les lits des rivières, qui se perdirent dans les sables qu’elles amoncelaient; la masse

des apports fluviaux finit par se confondre en une seule nappe commune qui recouvrit entièrement le plateau poitevin. Les traces de ce remplissage, dont l'épaisseur a été bien réduite par l'usure des âges, subsistent encore aujourd'hui sous la forme de sables argileux à cailloux de quartz : ce sont les bornais des paysans poitevins!.

Les bornais. — Jusqu'ici on les a considérés comme pliocènes, simplement parce que ce sont des dépôts de plateau; nous les regardons au contraire comme miocènes, en raison de leurs relations avec les faluns. Bien qu'on n’y ait jamais trouvé de fossiles, leur position stratigraphique nous paraît justifier cette attribution nouvelle. Voici sur quelles données nous nous appuyons. Ce terrain, d'aspect très constant, se suit jusque dans la région des faluns en Touraine, où les paysans lui donnent le nom de « bournais », comme en Poitou. Par les forêts de Moulière, de la Guerche et de la Groie, puis par la rive droite de la Creuse, il atteint les gîtes fossilifères de Charnizay, de Paulmy et de Ferrière-Larçon, où il entre en contact direct avec eux, ce qui permet d'étudier en toute sûreté leurs rapports réciproques : or, et ce fait est capital, on ne l'y voit jamais ni au-dessous ni au-dessus des faluns, mais toujours au même niveau stratigraphique que ceux-ci; on peut constater qu'il y a passage latéral de cette formation à celle des faluns fossilifères. Dans les limites de l’ancienne mer falunienne, c'est un facies de décalcification, comme il est aisé de s’en convaincre en étudiant les gites de faluns dont nous venons de parler, ainsi que ceux des environs de Sainte-Maure; on y voit tous les passages possibles entre le falun normal et le sable un peu argileux, veiné de gris et rouge, où le nombre des coquilles diminue progressivement de bas en haut jusqu’à disparition complète; on a alors du bornais, processus d’altération que M. Dollfus a mis en vive lumière? et que nous avons constaté aussi sur d'autres points. En quelque lieu que ce soit, le falun décalcifié est indistinguable du bornais poitevin; les mêmes éléments minéralogiques se trouvent dans les deux formations, avec des dimensions identiques et en proportions égales. Pour nous, le falun de la Touraine méridionale n’est pas autre chose que du bornais déversé dans la mer et mélangé de coquilles marines. L'identité complète qui existe entre le falun décalcifié et le bornais poitevin, jointe à ce fait que les gisements des deux formations se Juxtaposent en arrivant partout en contact latéral, et non pas en superposition, sans qu'il y ait jamais ravinement, nous a décidé à classer les sables quartzeux des plateaux poitevins dans l'étage des faluns; ils en sont le facies continental. A ces raisons s’en ajoute une autre qui nous parait tout aussi décisive : c’est qu’il est impossible de raccorder les sables bornais avec un autre niveau de base que la mer des faluns; nous connaissons en effet, pour le miocène supérieur et le pliocène, les rivages qu'occupa successivement la mer dans son retrait vers l’ouest, et l’abaissement du niveau de base qui en résulta est incompatible avec l’altitude occupée par les bornais dans le

1. C'est le terrain marqué p sur la carte géologique, terrain de transport des plateaux. Il est indiqué comme quaternaire sur la deuxième édition (1905) de la carte géologique de France au 1.000.000°,

2. G.-F. Dozrrus. Les Faluns de la Touraine, p. 24-26. — Dorzrus et DAUTZENBERG. Conchyliologie du miocène moyen, p. 24, 25 et 52.

nord du Poitou. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point dans le chapitre consacré à l'évolution du réseau hydrographique.

Les bornais ont recouvert d’un manteau presque horizontal la plaine qui s’étend depuis Poitiers et Saint-Savin jusqu’à l’ancien rivage des faluns; en amont ils s’élèvent vers la Gâtine et le Limousin, en même temps que le volume des cailloux roulés croît rapidement en raison directe de la pente; les plateaux qui dominent la rive gauche de la Gartempe aux environs de Montmorillon en offrent un excellent exemple : de la cote 174, près de Moulismes, à la cote 156, à l’ouest de Montmorillon, la distance est de 8 kilomètres, ce qui donne une pente moyenne de 2 mètres par kilomètre; les graviers, épais de plusieurs mètres, y atteignent couramment la grosseur du poing, et les champs en sont tout blancs, vrais champs de cailloux à peu près incultivables. Par contre, à 20 kilomètres plus au nord, à Paizé-le-Sec, où l'altitude est de 145 mètres, le sol devient horizontal, les gros cailloux ont presque disparu, et de là jusqu'aux limites de la Touraine les sables fins ou demi-fins prédominent. L’allure générale de ce terrain de transport est mise en évidence par la carte ci-jointe, qui donne la répartition des affleurements actuels. On ne peut s'empêcher de noter les analogies avec le plateau des Landes, autre vaste cône de déjection où les rivières pyrénéennes ont aussi confondu leurs alluvions; l’analogie se poursuit même Jusque dans la présence de l’alios dans les deux formations. Seulement, comme les sables poitevins sont beaucoup plus anciens, ils sont démantelés et ne subsistent plus qu’à l’état de lambeaux, qu’on peut suivre vers le sud jusqu'aux environs de Confolens et de Civray, et vers l’ouest jusqu'à la Gâtine de Parthenay. On trouve bien encore dans la région charentaise, de même qu au nord de Melle, dans la forêt de l’'Hermitain, des îlots épars de cette formation. Mais ils sont tellement éloignés les uns des autres et si restreints, que nous ne nous risquerons pas à les rattacher à la grande nappe du bassin de la Vienne, d'autant plus que la stratigraphie des terrains sableux superficiels est à peu près impossible à établir dans la région comprise entre Alloue et Ruffec, où tous se ressemblent”.

Ces sables miocènes sont le plus récent dépôt continental du Poitou; la phase de

comblement à laquelle ils correspondent a été suivie d'une phase d’érosion, qui dure encore aujourd’hui, et au cours de laquelle il ne s’est plus constitué que des alluvions de vallées.

1. Wezscu. Notice de la feuille de Confolens (154), — Les bornais du plateau de la Bussière, sur la rive gauche de la Gartempe, près de Tournon-Saint-Martin, avaient déjà été rapportés au niveau des sables de la Sologne par M. Dozzrus (Bull. Serv. GC. G. n° 91, p. 12-13).

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Traits généraux. — L'œuvre de sédimentation qui a progressivement comblé le détroit poitevin ne s’est pas poursuivie d’une façon absolument continue; on a vu dans le précédent chapitre qu’elle avait subi des temps d’arrêt pendant lesquels l’érosion avait largement démantelé les couches émergées : d’abord entre la fin du jurassique et le dépôt du cénomanien, puis au début de l’'éocène, ensuite entre le dépôt des calcaires lacustres et l’arrivée de la mer falunienne ; un quatrième cycle d’érosion reprit après le départ de la mer miocène pour durer jusqu’à nos jours. C'est de la combinaison de ces cycles d’érosion et d’une série d'accidents tectoniques survenus vers le milieu de la période tertiaire que résulte le relief actuel du Poitou.

Le caractère de plaine, qui est le trait essentiel de la topographie poitevine, tient surtout à ce que les assises du sol sont dans l’ensemble restées horizontales, ou presque; les dénudations longtemps poursuivies ont encore accentué ce caractère, et si l'on rencontre, sur un certain nombre de points, des reliefs notables, lignes de coteaux ou buttes isolées, c’est que l'ordonnance générale des couches a été dérangée par des mouvements orogéniques, ou bien que des modifications récentes du niveau de base ont redonné à l'érosion une nouvelle énergie. Souvent les deux causes se contrarient, le travail des eaux courantes tend à faire disparaître les dénivellations créées par les mouvements de l'écorce terrestre ; nous assistons actuellement à cette œuvre de destruction, qui se poursuit sous nos yeux.

Au N., dans le Mirebalais, au S.-W., dans la plaine de Niort et la Saintonge, ce sont les reliefs d'érosion qui l’emportent; le plongement des assises vers les bassins de Paris et d'Aquitaine a entraîné la mise en saillie des couches dures par déchaussement. Les plateaux y sont découpés en crêtes allongées, ou bien se terminent par des rebords plus où moins raides au-dessus des plaines qu’accidentent parfois des témoins isolés. Tous ces traits rappellent ceux qu’on observe dans la partie orientale du bassin de Paris, mais avec beaucoup moins de régularité : les dislocations des couches et les placages des dépôts tertiaires interrompent souvent la continuité des crêtes, qui sont elles-mêmes peu élevées, n’atteignant la plupart du temps que quelques

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