‹ Les Plaines du PoitouChapitre 7 sur 132 · Wezscu. Le Haut Poitou, p · texte numérisé non relu

Wezscu. Le Haut Poitou, p

2. Dessarpixs. Géographie de la Gaule romaine, t, IT, p. 425, — Loncnow, Atlas historique, fase. I, carte 1.

de ceux qu'ait traversés le Poitou, fut suivi d’un retour des eaux marines au début de l’époque cénomanienne, dans la seconde moitié des temps crétacés; toutefois l’ancienne communication entre les bassins de Paris et d'Aquitaine ne fut pas rétablie de ce côté; un isthme persista entre les deux en reliant le massif central à la Vendéet. De part et d'autre les mers s’étendirent transgressivement sur l’ensemble des couches jurassiques arasées; d’abord les sables fins, surmontés de marnes argileuses, du cénomanien, dont l'épaisseur atteint 50 mètres à Lencloître, en Mirebalais, puis les calcaires plus ou moins sableux, parfois marneux, du turonien, que l’on exploite comme pierre de taille sous le nom de tuffeau; enfin les marnes, les sables fins et les grès du sénonien constituèrent un ensemble d'assises épais de plus de 100 mètres, qui fut à son tour la proie de l'érosion. De ces couches, en général très meubles et faciles à affouiller, il ne subsiste que des lambeaux sur les confins du Poitou et de la Touraine; tout le reste a disparu. Il faut aller au sud jusqu’à la Champagne saintongeaise et jusqu à Angoulême, c’est-à-dire hors du Poitou, pour retrouver les assises correspondantes. Aussi les formations crétacées ne jouent-elles qu'un rôle tout à fait local et très limité dans la constitution du sol poitevin; elles y ont donné naissance à un pays particulier, le Mirebalais, qui établit le lien entre la Touraine et le Poitout avec une prédominance marquée de l'élément tourangeau, dans le paysage comme dans la population. Les formes abruptes disparaissent; plus de ces falaises, de ces rochers bizarrement découpés qui font l'originalité des vallées poitevines taillées en plein calcaire jurassique. Les pentes s’adoucissent, elles se raccordent avec les fonds de vallées par des courbes très allongées; vers le sommet, un petit escarpement, que la couleur blanche signale de loin aux regards, apparaît toutes les fois que le banc de tuffeau calcaire, couronnement de la plupart des buttes, estassez épais ; des entrées de carrières le percent de loin en loin, parfois des caves y ont été installées : ce sont déjà les usages de la Touraine.

Les dépôts tertiaires.

I. Calcaires lacustres. — Au début de la période tertiaire, le seuil du Poitou fut réduit à l’état de plaine parfaitement nivelée et légèrement déprimée par rapport aux contrées voisines. Vers le milieu de la période éocène, les eaux s'y accumulèrent en lacs, au sein desquels se constituèrent des dépôts calcaires, souvent très chargés de silice. De ces dépôts, qui paraissent avoir recouvert en entier les plateaux poitevins, il ne subsiste plus aujourd'hui que des lambeaux isolés par l'érosion. Le plus vaste est celui qui se développe de Saint-Martin-Lars et de Champagné-Saint-Hilaire à Poitiers et à Châtellerault, où il avoisine les calcaires lacustres de Touraine; il s'étend à l’est entre la Vienne et la Gartempe, en constituant le plateau qui va de Lussac à Saint- Savin. La roche se présente en général sous la forme de calcaires blanes plus ou

1. Opinion combattue par M. DE GROSSOUVRE, qui croit à une communication directe des deux bassins (Ztude paléogéographique, p. 398-103).

moins tendres, fistuleux, souvent imprégnés de silice à leur partie supérieure, avec des inclusions fréquentes de géodes chalcédonieux. Aux approches de la surface, elle se décompose en une argile rouge, empâtant des blocs de meulière qui ne sont que le produit de la décalcification sur place par les eaux d'infiltration. L'élément calcaire a disparu par dissolution, la silice seule a subsisté, ce qui donne à la roche un aspect caverneux plus ou moins prononcé, suivant le degré d'altération. Parfois la silice envahit toute la masse, au point de former des blocs transparents, qui renferment fréquemment des graines de chara fossilisées. Quand on traverse la forêt de Moulière, qui repose sur ce terrain, on rencontre à chaque pas d'innombrables fosses, tantôt envahies par les ajoncs et les fougères, tantôt remplies d’eau, qui dénotent l’emplacement d'anciennes exploitations de pierre meulière, aujourd'hui abandonnées. Pays plat, monotone, triste à la longue, coupé de forêts que l’homme a saccagées, comme celle de Moulière, pays aride et pierreux aux environs d'Usson et de Saint-Martin- Lars, où le roc nu affleure au ras du sol, sans même porter de terre végétale, tels sont les aspects ordinaires des régions de calcaires lacustres.

Totalement absente au sud et à l’ouest de l’axe de Montalembert, cette nature de terrain se retrouve en îlots épars à Combourg, sur la Clouère, puis entre Voulon et Lusignan, et surtout dans la cuvette de Saint-Maixent, où un effondrement local a assuré sa conservation.

IT. Sables et argiles marbrés. — En relation avec le lacustre apparaît une grande nappe argilo-sableuse qui revêt presque tout l’espace compris entre la Gâtine de Parthenay, la Brenne et les premières pentes du Limousin. La présence fréquente du minerai de fer a fait donner à ce terrain le nom vague de sidérolithique; nous préférons celui de sables et argiles marbrés qui a été donné par de Longuemar et qui répond parfaitement à l'aspect de cette formation, bariolée de vives couleurs, jaune, rouge, ocre, orangé ou violet; aux environs de Montmorillon, on rencontre une variété d'argile d'une belle teinte rose, dite montmorillonite. « L'ensemble paraît formé d’une série de lentilles d'argiles et de sables enchevêtrées entre elles, sur une épaisseur qui peut dépasser 25 mètres?. » L'origine n’est guère douteuse, c’est le produit de la destruction des roches cristallines du massif central et de la Vendée; mais nous ignorons le mode de transport de ces alluvions, qui ne présentent pas de lits de cailloux roulés. Elles ont dû s’épancher sur une surface très peu inclinée. Souvent on les trouve effondrées dans des puits naturels du calcaire jurassique qu'elles ont comblés. L'absence de stratification achève de compliquer leur étude, et comme

1. De LoxcuEemar (Etudes géologiques, 1, p. 367) rapportait cette formation lacustre à l'étage du calcaire de Saint-Ouen (éocène supérieur). MuNIER-CHaLMaAS, qui a étudié des fossiles récoltés par M. Welsch à la Bussière et à Saint-Pierre-de Maillé (Vienne), les à classés dans le calcaire grossier supérieur (fin de l'éocène moyen) [Welsch, CR collab., B.S. C. G.F., VI, 1894, p. 28]. M. Dorrrus (CR. collab. B. S. C. G. F., XIII, 1903, p. 13) les assimile au contraire au calcaire de Beauce (aquitanien). Nous adoptons ici l'opinion de Munier-Chalmas, qui a eu entre les mains des échantillons mieux conservés que ceux de M. Dollfus.

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