LARVARON. Economie rurale
2. Renseignement communiqué par M. Chauvet, à Ruffec. 3. BARDONNET. Terrier du Grand Fief d'Aunis.
Poitou, où il s’épanouissait largement dans la plaine de Neuville et de Loudun. La superficie s'était beaucoup accrue dans le département de la Vienne après 1860. De 30.000 hectares en 1831, date de l'achèvement du cadastre, elle s'élevait à près de 44.000 en 1876!.
La plus grande partie des vins récoltés en Aunis et dans le Bois, de qualité médiocre d’ailleurs, s’en allaient dans les distilleries d’Aigrefeuille, de Surgères, de Mauzé ou d’Aigre, pour être transformés en eaux-de-vie. À part les environs d’Aigre, qui font partie des Fins-Bois, le Poitou ne donnait que des produits plutôt inférieurs, Bois ordinaire dans la Plaine de Niort, Bois communs en Aunis?. De grosses fortunes s'étaient constituées par ce commerce, et chez les plus petits propriétaires l’aisance était générale. Le reste du Poitou fournissait peu d’eaux-de-vie, en dehors de celle que fabriquaient les bouilleurs de cru pour leur usage personnel. Le vin récolté était destiné à la consommation ordinaire et s’exportait peu en dehors des lieux de production. Près des deux tiers provenaient du département de la Vienne. C’étaient des crus ordinaires, prisés surtout à cause de leur goût neutre, ne se distinguant point par un bouquet spécial, comme ceux de la Touraine ou de l’Anjou. Les meilleurs se trouvaient à Saint-Georges et à Jaulnay, puis aux alentours de Vivonne. Les vignerons venaient de traverser une série d'excellentes années, comme 1870 et 1874, ou de production énorme, comme 1875, lorsque survint le phylloxera.
Le terrible insecte apparut en 1875 dans l’Aunis et la plaine de Niort, en 1876 dans la Vienne. Ses ravages furent d'autant plus rapides et complets que les vignes, très vieilles et mal soignées, n’offraient aucune résistance à la maladie. Tout d'abord le cultivateur ne voulut pas croire à la nature du mal, il n’admit pas que les racines fussent attaquées ; elles lui paraissaient intactes, alors que la partie supérieure de la plante dépérissait. Si la production se réduisait d'année en année, du moins il vendait son vin plus cher. La destruction des vignobles du Midi lui permit de l’écouler à 25, 30 et 40 francs l'hectolitre; de 1872 à 1885, dans la Vienne et les Deux-Sèvres, il fut riche. [1 se refusa à cette époque à toute idée de défense contre la maladie‘, Le moment vint cependant où ses vignes, à leur tour, cessèrent de porter des grappes. Après la vente facile, c'était l'impossibilité complète de rien écouler sur le marché, c'était la ruine. Il fallait prendre un parti. Deux tendances se manifestèrent alors : dans le nord du Poitou, on s’acharna à conserver une culture qui pendant tant d’années avait fait la prospérité de ceux qui s’y adonnaient; dans le sud, on prit le parti radical de tout arracher et de tenter d’autres cultures.
C'est surtout dans la plaine de Neuville que s’est maintenu le vignoble. Dès le début de la maladie, certains propriétaires avaient traité leurs vignes par le sulfure de
1. LARVARON. Économie rurale. I1 n’y avait encore que 21.350 h. en 1862; l'accroissement s’est donc produit dans les années qui ont immédiatement précédé l'invasion du phylloxera. 2. Sur la fabrication du cognac, dans laquelle nous ne voulons pas entrer, et sur les subdivisions des crus, voir ARDOUIN-Dumazer, Voyage en France, 15° série, p. 116-187. 3. LARVARON. Economie rurale, 4, Ip. 1bid.
carbone et les avaient ainsi préservées de la destruction; leur exemple n'avait pas été tout de suite suivi par la grande majorité des autres, qui ne se rendirent à l’évidence qu'en constatant que seuls survivaient les plants soignés suivant cette méthode. Alors on arracha les vignes malades, pour les remplacer par d’autres provenant d'anciens plants non contaminés, qu’on traita au sulfure de carbone. Des syndicats se fondèrent pour acheter en commun le matériel nécessaire à ce traitement; en 1898, il en existait 35, presque tous dans la plaine de Neuville, groupant 2.500 adhérents possesseurs de 803 hectares; les résultats obtenus furent très bons!. Les cépages américains étaient restés d’abord inconnus; mais l'avantage qu'ils présentaient d'être inattaquables au phylloxera fit répandre de plus en plus leur emploi dans les dernières années du dix-neuvième siècle; 4.800 hectares avaient été reconstitués de cette facon en 1898?. Toutefois, la plus grande partie du vignoble, 12.350 hectares sur 17.430, restaient plantés en vignes françaises phylloxérées, qui résistaient encore, mais qui étaient inévitablement destinées à subir le sort commun. Leur surface était réduite en 1906 à 6.250 hectares. C’est donc avec beaucoup de lenteur qu’on s’est décidé à employer les moyens décisifs pour lutter contre le phylloxera; dans une contrée voisine, en Touraine, les vignerons ont fait montre de plus d'activité. Le vignoble de la plaine de Neuville laisse une impression d'abandon. Les mauvaises herbes poussent trop fréquemment dans l'intervalle des ceps, qui restent souvent privés d’échalas; les sarments s’étalent à la surface du sol. D'ailleurs, lorsqu'on emploie des échalas, ceux-ci sont toujours très courts et ne dépassent guère 0®,25 de hauteur; des fils de fer les relient entre eux. |
Il se manifeste actuellement une réaction contre l'espèce d'engouement qui s'était dessiné il y a une dizaine d'années en faveur de la reconstitution du vignoble et qui avait alors sur certains points fait décupler le prix des terres à vignes*. Aux environs de Neuville on arrache de nombreux ceps pour les remplacer par de la luzerne, de l’avoine et des pommes de terre; celles-ci acquièrent dans les terres de groie de la région une qualité exceptionnelle; on en exporte des quantités considérables par la gare de Neuville, et leur produit brut atteint 1.200 à 1.400 francs par hectare. A Villiers, c'est la luzerne qui domine, gagnant chaque jour du terrain aux dépens des vignes. Ses progrès sont liés à ceux de l'élevage des bêtes à cornes, vers lequel se tourne de
plus en plus l'attention des cultivateurs, gagnés par l'exemple des habitants de la plaine de Niort.
Les laiteries. — Ceux-ci ont été plus prompts à sentir tous les avantages qu’ils pouvaient retirer du développement de l'élevage, et leur initiative tend aujourd’hui à