‹ Les Plaines du PoitouChapitre 94 sur 132 · BRANDES P · texte numérisé non relu

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transformer totalement l'économie rurale du Poitou. Dès les premières années de la crise viticole, des propriétaires de la région du Bois songèrent à tirer parti des produits de laiterie. Ce fut en 1878 que fut fondée à Chaillé, village situé entre Surgères et Saint-Georges-du-Bois, dans la Charente-Inférieure, la première laiterie coopérative; elle comprenait quarante et un sociétaires mettant en commun le lait produit par leurs vaches et partageant les bénéfices entre eux. L'installation était rudimentaire, le matériel encore primitif : on se servait de barattes à main. La fabrication du beurre était l’objet exclusif de l’entreprise. Les résultats furent si encourageants que les voisins ne tardèrent pas à imiter leurs devanciers; à mesure que le vignoble dispa= raissait, il se fondait des beurreries nouvelles un peu partout. Au lieu de rester isolées et de se faire concurrence, elles s’associèrent sous le nom de Laiteries de l'Ouest, qui fut changé plus tard en celui d’Association des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou. Au mois d’avril 1908, leur nombre atteignait 110, comprenant près de 70.000 sociétaires. Elles étaient ainsi réparties : 24 dans le Bois et en Aunis, 20 dans le Marais, 6 dans la plaine de Luçon, 26 dans la plaine de Niort et sur le plateau de Melle, 3 seulement dans la région de Poitiers, à Lusignan, Gençay et Chauvigny, et 1 dans la plaine de Moncontour, à Taizé. Les autres étaient dispersées dans la vallée de la Charente, en Touraine et dans la Gâtine‘. A ces 80 laiteries coopératives il convient d’en ajouter 18 appartenant à des particuliers et réparties à raison de 9 dans la Vienne, 3 dans les Deux-Sèvres, 4 dans le Marais et 2 en Aunis, ce qui fait un total général de 98. La Société coopérative absorbe peu à peu les établissements privés, qui supportent difficilement sa concurrence : tel a été le cas des laiteries de Chauvigny et de Gençay, dans la Vienne, de Taizé, de Saint-Varent et de Saint-Loup dans les Deux-Sèvres?.

La répartition géographique des laiteries est fort intéressante. On les voit cantonnées presque exclusivement dans les pays de plaines calcaires et dans le Marais poitevin; elles semblent fuir les pays granitiques et les pays de brandes. Cela tient à ce que les herbages de ces contrées, dont les sols sont dépourvus de chaux et d’acide phosphorique, sont plus maigres, moins nourrissants que ceux des plaines; le lait des bêtes qui y vivent est moins riche en beurre, l'exploitation industrielle serait moins rémunécratrice. Dans les plaines elles-mêmes, on a constaté que les prairies naturelles étaient supérieures aux prairies artificielles au point de vue de la qualité du lait fourni. C’est ainsi que dans la plaine de Niort les meilleurs pâturages sont ceux de la vallée de la Sèvre; les beurres d'Échiré et de la Crèche, fabriqués avec le lait des vaches qui y paissent, sont les meilleurs de la région. C’est d’ailleurs au voisinage -de la Sèvre et dans le Marais que se concentre la majeure partie de la production beurrière, qui y atteint environ 5 millions de kilogrammes*. Dans le nord du Poitou les prairies de la Dive et du Mircbalais nourrissent de nombreuses vaches, qui ont

. Carte des laiteries coopératives des Charentes et du Poitou.

. Enquête sur l'industrie lailière, p. 302. :

Documents communiqués par la station d'industrie laitière de Surgères ; les chiffres sont ceux de l’année 1907.

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