LES VAINS PLAISIRS
Que i’aime à soupirer pour vous, Et que ie tiens à plus de gloire De mourir deuant vos beaux yeux, Que de viure auecque les Dieux.
Mes deuoirs ne vous touchoient guere Quand vous craigniez que le vulguaire Parlast contre vostre beauté :
Alors moins sage que vous n’estes Auiez vous bien la lascheté De craindre ce Monstre à cent testes, Qu’vn de vos regards seulement Pourroit charmer en vn moment ?
le considéré à ces paroles Ses yeux, mes deux cheres idoles Qui s’abbaisent honteusement :
Clymene me fait mille plaintes.
Et m’enseigne insensiblement Qu’il est temps de bannir nos craintes Et de rappeller nos désirs A la récolté des plaisirs.
Le sang au visage luy monte.
De roses l’amour & la honte Couurent les beaux Lys de son teint; le presse celle de sa bouche.
Et d’vne ardeur bruslante atteint le la fais tomber sur sa couche.
Où par mille plaisirs charmez Nous demeurons tous deux pasmez.
Mais comme mon bon-heur me noyé, Et que ie me fonds tout en joye, L’Aurore qui fond toute en pleurs,
Me surprenant sur ces rapines Descouure beaucoup moins de fleurs Qu’elle ne me couure d’espines ; Alors que le grand bruict du iour M’esveille, & trahist mon amour.
Le Soleil en venant de naistre S’est introduit par ma fenestre Afin d’en chasser mon espoir,
Desia sa lumière importune Monte dessus mon lict pour voir Si i’ay quelque bonne fortune.
Et rid de voir qu’auec les bras
le la cherche en vain dans mes draps.
Que le sort de l’homme est volage,^ Il ne luy monstre bon visage Que pour le tromper à l’instant :
S’il souffre ce n’est point mensonge.
Mais s’il adulent qu’il soit contant Il trouue que ce n’est qu’vn songe Dont la vaine félicité Disparoist deuant la clarté.