LXXXVI
LE CRVEL
STANCES
Pour quel sujet prends tu plaisir A me lancer ce trait de flame, Qui vient suborner rnon désir Pour luy faire trahir mon Ame ?
LES AMOVRS DV S*’ TRISTAN
Tourne ailleurs ces regards puissans Dont tu solicites mes sens De r’entrer dessous ton Empire ; Apres nTauoir si mal traité,
Ne veux tu pas que ie respire Le doux air de la liberté ?
Cest mon agréable Elément :
La moindre contrainte m’afflige,
Et ie ne m’aime seulement Que pour ce que ie me négligé.
Sçay tu pas que mes sentimens.
Pour les soins & pour les tourmens.
Sont d’vn naturel vn peu tendre ?
Et que c’est niesme sans effort Que mon esprit ose prétendre De sauuer mon nom de la mort ?
Ne croy donc pas me rembarquer Dessus le point d’vne Tempeste,
Et ne pense pas te moquer De ceste seconde conqueste :
Contante toy que souz tes loix l’ay supporté plus de six mois Vne tyrannie importune ;
Et que i’ay moins forcé mon cœur Pour acquérir de la fortune.
Que pour adoucir ta rigueur.
Si tu formes donc le dessein De me prendre encore au passage ; Fay moy voir l’Amour dans ton sein Comme il est dessus ton visage :
LA GVIRLANDE
35 Permets que sans peine & sans bruit
le me charge en secret du fruit Dont mon esperance est bornée :
Car i’ay pris assez de soucy De semer toute l’autre année,
40 Pour recueillir en cette-cy.