‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 131 sur 185 · XCIV · texte numérisé non relu

XCIV

LES DESDAINS D. M. D. M.

ODE

Diane si vous estes belle Autant que la sœur du Soleil,

Vostre courage est tout pareil ; le vous treuue aussi fiere qu’elle.

Encore aima-t’elle autrefois.

Et bien qu’elle errast par les bois De tant d’austérité pourueuë.

Ce cœur aussi froid qu’vn glaçon Fondit à la première veuë Des beautez d’vn ieune garçon.

LES AMOVRS DV S*" TRISTAN

La nuict, abandonnant sa Sphere, Elle va voir vn autre Amy Qu’elle tient tousiours endormy Pour mieux celer ce doux mistere.

Quand le iour la fait desloger D’entre les bras de ce Berger,

Dont son ame est si fort esprise ; On la void se décolorer,

Moins de crainte d’estre surprise Que d’ennuy de se retirer.

Mais quelque esclat qu’ait le mérité Quoy qu’il ait d’aimable & de doux ; Il n’est point icy bas pour vous D’Endimion ny d’Hypolite.

Il n’est point pour vostre beauté D’assez aimable nouueauté Dans le Ciel ny dessus la Terre :

Les grands Coeurs & les beaux Esprits Qu’enfantent la Paix & la Guerre Vous sont des Objets de mespris.

Amour, que vostre beau visage A forcé luy mesme d’aimer.

Ne sçait plus pour vous enflammer Quel charme il doit mettre en vsage.

Aussy croy-ie obseruant tousiours L’air de vos desdaigneux discours Et la froideur de tous vos gestes.

Que s’il offroit dessus vos pas Le plus beau de tous les Celestes, Vous ne le regarderiez pas.

LES DESDAINS

L'autre iour à la promenade Vos yeux se destournoient des fleurs.

Refusant mesmes aux couleurs La grâce de la moindre œillade.

Le chant innocent des oyseaux,

Le confus murmure des eaux Vous sembloit donner quelque attainte Le bruit des feuilles d'alentour Glaceoit tout vostre sang de crainte Que le vent vous parlast d'amour.

Telle estoit la Nimphe obstinée A fuir tout ce qui l'aimoit,

Qu'Apollon iadis reclamoit Sur les riuages de Penée.

Et telle estoit cette Beauté,

Ce Prodige de cruauté

Que Salamine auoit veu naistre.

Et qui put sans ressentiment Aperceuoir de sa fenestre Le desespoir de son Amant.

Mais la mort d'Iphis fut vangée De cette ame sans amitié ;

Le Ciel n'en eut point de pitié.

L'ingrate en pierre fut changée.

Craignez donc vn peu son couroux.

Pour mesme crime il peut de vous Faire quelque roche ou quelqu'arbre.

Mais vos destins sont arriuez.

Nature a desia fait de marbre Tous les membres que vous auez.

LES AMOVRS DV S'' TRISTAN

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